- Monica Kajivunira, 26 ans, est médecin vétérinaire au Lwiro Primates Rehabilitation Center, dans la province du Sud-Kivu, à l’est de la République Démocratique du Congo.
- Elle est au cœur de la lutte contre la contamination des chimpanzés du centre au virus Ebola, alors que ces animaux sont déjà stressés par la guerre sévissant dans cette partie du pays.
- Elle se dit prête à donner sa vie pour la protection des animaux vulnérables, afin de contribuer scientifiquement à leur survie.
En l’espace de deux ans, Monica Kajivunira est passée par toutes les crises au Lwiro Primates Rehabilitation Center (LPRC). Cette jeune médecin vétérinaire de 26 ans, arrivée en 2024 comme stagiaire dans ce refuge de chimpanzés orphelins se trouvant dans le Sud-Kivu, à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), a, d’abord, été confrontée à l’épidémie du Mpox, ensuite à la guerre opposant, depuis des décennies, l’armée congolaise aux rebelles du M23, et, désormais, à l’épidémie d’Ebola.
La conjugaison de ces crises représentant à la fois une menace pour la vie humaine, mais aussi un risque pour la faune sauvage, précisément pour les chimpanzés du LPRC. « C’est la deuxième fois que je fais face à une crise sanitaire depuis mon arrivée au centre. Il y a eu la crise du Mpox dont la morbidité était élevée, et la mortalité un peu faible. L’allure, que prend Ebola, n’est pas la même qu’à l’époque avec le Mpox. À l’époque du Mpox, on n’a pas confiné un grand nombre d’agents comme c’est le cas aujourd’hui », a dit Kajivunira, dans un entretien avec Mongabay, au téléphone.
Depuis le 21 mai 2026, la médecin vétérinaire, originaire de Lwiro, fait partie d’une équipe de quinze agents complètement confinés au LPRC, à la suite d’une série de décès liés à l’épidémie d’Ebola, dans la région de Lwiro. « L’idée, c’est de rompre la chaîne de transmission de la maladie », ajoute-t-elle.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le virus Ebola se transmet à l’homme par contact direct avec le sang, les sécrétions, les organes ou autres fluides corporels d’animaux infectés. Mais, « pour l’instant, aucun cas de transmission du virus Ebola de l’homme au grand singe n’a été signalé », a indiqué la primatologue Liz Williamson, dans un récent article publié par Mongabay.

Surveillance sanitaire stricte
Le LPRC abrite au moins 129 chimpanzés et 108 singes de diverses espèces, dont le babouin olive (Papio anubis), le babouin jaune (Papio cynocephalus), le cercopithèque de l’Hœst (Cercopithecus l’hoesti), le cercopithèque à diadème (Cercopithecus mitis) et le mangabey agile (Cercocebus agilis). On y trouve également des perroquets, des tortues et des porcs-épics.
Depuis la mise en confinement du sanctuaire, la routine de Kajivunira a changé, et ses journées sont plus chargées qu’avant. Elle procède tous les jours à une surveillance sanitaire stricte, à l’observation des animaux pour détecter des symptômes potentiels chez les chimpanzés, à la prise de température chez les jeunes primates présentant une faible immunité, au diagnostic différentiel avec les autres maladies. Elle veille aussi au renforcement de la biosécurité, à la désinfection de l’aliment avant leur admission au centre, et au contrôle de l’utilisation correcte des équipements (masques, gants, seaux) par les autres agents.
Elle prend aussi la température du personnel en confinement, deux fois par jour, pour détecter d’éventuels symptômes liés à Ebola. « Tous les matins, je me désinfecte, je prends ma température, je prends également celle de tous les agents, et après on peut se rapprocher des animaux pour les nourrir, les observer pour détecter d’éventuels manquements liés à leur santé, car ils peuvent souffrir d’autres maladies en dehors de l’Ebola ».
Guerre, résilience et stress chez les chimpanzés
La dévotion, dont fait preuve Kajivunira pour la prise en charge des chimpanzés du sanctuaire de Lwiro, vise à leur garantir un minimum de sécurité et de réconfort dans un environnement en conflit. Sauvés du braconnage et du trafic illégal, ces primates, passés également par la crise du Mpox, vivent dans une situation de stress permanent, depuis l’arrivée des rebelles du M23 dans la région.
« Ils sont devenus stressés par les coups de feu qui résonnent tout le temps dans la zone. Ils font des mouvements répétitifs, ils crient et ne savent pas ce qui passe. Normalement, ils ont des moments de sieste, mais avec la guerre, ils sont tout le temps agités. Ce stress continue depuis ce temps-là jusqu’à cette période de crise sanitaire d’Ebola », raconte la native de Katana, une localité proche de Lwiro.

Kajivunira explique que ce trouble de comportement, observé chez les chimpanzés, a été exacerbé par une attaque des hommes armés contre le LPRC, en juillet 2025. Ce jour qu’elle décrit comme étant le plus horrible de sa vie, l’ayant poussé presque à l’abandon.
« Ce jour-là, je me suis dit que ce n’est pas un milieu, où je peux continuer de vivre. J’ai eu envie d’abandonner. J’ai appelé ma supérieure, et elle-même était inquiète par cette situation. C’était le jour le plus horrible de ma vie; j’avais très peur; j’ai pleuré parce que je me suis dit qu’ils ont tué tous les animaux. Le lendemain, je me suis levée très tôt, j’ai couru au sanctuaire pour me rassurer que les animaux sont encore vivants, et Dieu merci, rien ne leur était arrivé », raconte-t-elle.
Cette succession de crises lui a forgé un mental d’acier et la vétérinaire ne se voit pas reculer devant d’autres épreuves, tant que c’est pour le bien-être des animaux. Elle en a fait une source de motivation et est plus que jamais déterminée à œuvrer pour la protection des espèces vulnérables telles que le chimpanzé.
« Je considère chaque intervention comme une contribution à la survie des animaux. Ils ont besoin de moi et je ne peux pas les abandonner ». « J’aimerais mourir un jour, dans la faune sauvage, pour ces animaux qui sont vulnérables. Je ne sais pas si ça se réalisera, mais je le souhaite vraiment », dit Kajivunira, dont le séjour au sanctuaire de Lwiro, pour un stage académique, s’est définitivement transformé en une véritable passion pour la conservation de la faune sauvage, alors que ses études ont porté en priorité sur la prise en charge des animaux domestiques.
Au 7 juin 2026, l’OMS a indiqué que le nombre de cas confirmés s’élevait à 471 pour 84 décès recensés en Afrique centrale.
Image de bannière : Monica Kajivunira, médecin vétérinaire prenant soins des jeunes chimpanzés orphelins au Lwiro Primates Rehabilitation Center dans la province du Sud-Kivu, à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC). Image de Monica Kajivunira avec son aimable autorisation.
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