- Les communautés locales n’ont pas suffisamment de moyens pour surveiller les zones sensibles aux feux de brousse en Afrique centrale et de l’Ouest.
- L’intégration de l’intelligence artificielle dans les systèmes de connaissances autochtones, de manière à respecter les cultures de ces communautés et les connaissances qu’elles détiennent, s’avère indispensable.
- Les efforts visant l’association des savoirs autochtones et l'intelligence artificielle, ont permis d’élaborer le tout premier protocole d'intelligence artificielle autochtone.
- Le CIFOR-ICRAF mise sur l’intégration de l’intelligence artificielle aux pratiques de conservation et de gestion des écosystèmes en Afrique centrale et de l’Ouest.
Selon une chercheuse, l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans les pratiques des peuples autochtones, pour combattre les incendies forestiers, s’avère l’une des solutions pouvant permettre de recouvrer l’intégrité écologique des paysages forestiers en dégradation en Afrique.
Dr Eliane Ubalijoro, directrice exécutive du Centre international pour la recherche en agroforesterie CIFOR-ICRAF, basé à Nairobi, au Kenya, affirme dans une interview à Mongabay que l’intelligence artificielle est désormais dotée des capacités pour renforcer les connaissances autochtones en matière de conservation en Afrique.
Le CIFOR-ICRAF travaille avec l’université Concordia au Canada sur la conception d’une intelligence artificielle basée sur les systèmes de connaissances autochtones.
Dans une étude publiée ce mois, cette organisation montre que les feux de forêt pourraient être gérés plus efficacement si les modèles d’intelligence artificielle intègrent davantage les connaissances autochtones en matière d’aménagement du territoire dans certaines régions du monde entier, notamment au niveau des zones critiques de biodiversité en Afrique.
L’étude montre que l’intelligence artificielle générative permet d’accélérer la cartographie à partir des données de télédétection, qui sont par la suite utilisées, pour aider à prédire l’occurrence des incendies.
« Ce que beaucoup de gens ignorent, c’est que les incendies sont devenus un facteur de plus en plus important de la perte de forêts en Afrique qu’ailleurs dans le monde », confie Dr Ubalijoro dans une interview exclusive sur zoom.
Du point de vue des chercheurs du CIFOR-ICRAF, l’importance d’une gestion plus efficace des incendies est de plus en plus évidente à mesure que les changements climatiques exacerbent la fréquence, l’intensité et la gravité des feux de forêt, augmentant ainsi les risques écologiques, économiques et de sécurité publique.
Par exemple, au niveau de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel, les données récentes, publiées en octobre 2025, par le Comité inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS), montrent que quelques 110 404 feux au total de brousse ont été détectés dans cette zone, affectant gravement les écosystèmes régionaux, en brulant plus de 1,4 million d’hectares de terres.
En Afrique de l’Ouest, plus particulièrement, le CILSS affirme que, bien qu’intégrés à certaines pratiques traditionnelles de gestion des terres, les feux de brousse représentent aujourd’hui une menace croissante sur le plan écologique.

Situation alarmante
Au-delà de la perte massive de la biomasse, ces feux détruisent également des habitats naturels essentiels, tout en compromettant la régénération naturelle et la disponibilité du fourrage pour les systèmes pastoraux.
Entre 2024 et 2025, les occurrences de feux ont plus que doublé dans plusieurs pays. En 2024, les niveaux restaient contenus, avec environ 18 000 feux au Mali, 15 000 au Nigeria, 12 000 au Niger et 10 000 au Burkina Faso, tandis que les pays côtiers comme le Bénin, le Togo, la Côte d’Ivoire ou la Guinée en comptabilisaient moins de 5 000.
Par contre, en 2025, la situation s’aggrave brutalement : le Mali dépasse 35 000 feux, le Nigeria 30 000 et le Niger 25 000, confirmant leur statut de foyers critiques. La Mauritanie et le Libéria voient aussi leurs chiffres exploser, passant respectivement de 5 000 à 12 000 feux et de 3 000 à 8 000 feux.
Même les pays côtiers subissent une hausse, bien que plus modérée. Cette dégradation régionale révèle l’urgence de renforcer les systèmes de gestion des feux, la prévention et la coopération transfrontalière.
Amélioration des systèmes d’alerte précoce
Dr Ubalijoro estime que la manière par laquelle les chercheurs restent curieux d’apprendre le succès de la gestion des feux de brousse grâce aux connaissances autochtones, reste cruciale pour la préservation des écosystèmes en Afrique, parce que le continent abrite 13 % de la biodiversité mondiale et environ 20 % des forêts de la planète.
« Les connaissances autochtones, associées aux données satellitaires et à l’intelligence artificielle, restent une solution valable, face à la recrudescence des feux de brousse en Afrique centrale et de l’Ouest », dit-elle.
A Kasongo, une localité dans la province du Maniema située au centre-est en République démocratique du Congo, les acteurs de la société civile déplorent la gestion des incendies de forêts, axée davantage sur la lutte que sur la prévention et l’atténuation.

Zacharie Asumani Kabwende, coordonnateur de la Société civile environnementale et agro-rurale du Congo (SOCEARUCO), une ONG intervenant dans le secteur du développement rural et de la protection des écosystèmes dans la province du Maniema, affirme que, face à la recrudescence des feux de brousse, les technologies modernes pour la surveillance, la détection et le contrôle peuvent aider à anticiper et à détecter de mieux en mieux les incendies.
Selon lui, les communautés locales n’ont pas suffisamment de moyens pour surveiller les zones sensibles. « Il y a un besoin pressant de recourir à ce genre de solutions innovantes, pour protéger les forêts communautaires, qui sont les plus touchées par les incendies », dit-il à Mongabay.
D’après le CIFOR-ICRAF, l’amélioration des systèmes d’alerte précoce grâce à des technologies avancées, de même qu’à l’aide des stratégies de gestion des paysages et des forêts, doit se fonder sur l’intelligence artificielle.
« Plus nous œuvrons à intégrer les systèmes de connaissances autochtones et le meilleur de l’intelligence artificielle en Afrique centrale et de l’Ouest, plus nous avons des chances de prévenir les incendies de forêt », souligne Dr Ubalijoro.
Image de bannière : Les chercheurs de CIFOR-ICRAF misent sur l’exploitation des savoirs autochtones pour améliorer les modèles d’intelligence artificielle pour la gestion des feux de brousse comme celui qui a ravagé une partie du Parc national de Nyungwe, patrimoine de l’UNESCO situé dans le sud-ouest du Rwanda en août 2024. Image de Aimable Twahirwa.
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