- Les changements climatiques s’avèrent de plus en plus un risque macroéconomique majeur pour les pays africains, affectant la croissance, les recettes publiques, les investissements et la soutenabilité de la dette.
- Réunis à Lomé, dans le cadre de l’initiative du Réseau panafricain des ministres des Finances pour l’action climatique, des responsables des budgets et finances africains ont plaidé pour un leadership accru des ministères des Finances, afin d’intégrer systématiquement les risques climatiques dans la planification, la budgétisation et les stratégies d’endettement.
- Ces experts des finances publiques ont identifié trois leviers prioritaires, pour améliorer le financement de l’action climatique en Afrique : orienter les budgets vers la résilience climatique, mobiliser davantage de ressources nationales et internationales, et renforcer le suivi des dépenses climatiques pour améliorer la transparence, la redevabilité et l’efficacité des investissements.
Les changements climatiques s’avèrent aujourd’hui un risque macro-économique majeur qui bouleverse les économies et met sous pression les équilibres budgétaires en affectant la croissance, les recettes publiques, les investissements et aussi la dette de nombreux pays africains.
Tel est le constat fait par les hauts cadres des unités macro-budgétaires, des directions du budget et offices de la dette d’une dizaine de pays d’Afrique, dont le Cameroun, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Sierra Leone, l’Ouganda et le Togo, réunis à Lomé, au Togo, du 9 au 11 juin dernier, à l’occasion du premier atelier régional du Réseau panafricain des ministres des Finances pour l’action climatique (PAFCA).
Face à cette situation, ces cadres appellent à renforcer le leadership budgétaire et fiscal des pays africains, en intégrant les risques climatiques dans les politiques budgétaires et macroéconomiques.
Cela permettra, d’après Hoafa Amé Mawusé Akomegni, macro-économiste et député de la coalition des ministres des Finances pour l’action climatique, de mieux anticiper les impacts du changement climatique sur les finances publiques, la croissance économique et les investissements publics.
« Le climat devient une contrainte et une opportunité que les Finances doivent intégrer en amont, dans la loi de finances, la stratégie d’endettement et dans la politique fiscale », a dit Hoafa-Akomegni.
Lancée en décembre 2025, lors de la deuxième rencontre annuelle africaine de la Coalition des ministres des Finances pour l’action climatique, l’initiative PAFCA a pour but de faire des ministères en charge des Finances et des budgets, « des architectes de la résilience climatique, et non plus seulement les payeurs en dernier ressort ».

Orienter, mobiliser et assurer la redevabilité
Les États africains ne devraient plus uniquement attendre l’aide extérieure, pour agir face au changement climatique ; ils devront changer de paradigme, et prendre le lead de la mobilisation des financements.
Cette nouvelle dynamique, soutenue par les ministres des Finances réunis au sein du PAFCA, repose sur trois actions majeures.
Il s’agit premièrement d’orienter la planification et la budgétisation, afin que chaque politique publique intègre la dimension climatique.
« Il s’agit d’améliorer la qualité de la dépense publique, en investissant davantage dans la prévention, l’adaptation et la résilience, plutôt que de supporter, année après année, le coût des urgences », a dit Akou Mawusse Adetou Afidenyigba, directrice de cabinet du ministre des Finances et du budget du Togo. « Il s’agira de passer du financement à la budgétisation du climat ».
D’après Antti Ernesti Inkinen, représentant Afrique de l’Ouest et finance durable de l’Institut mondial de la croissance verte (GGGI), « la question n’est plus de savoir s’il existe des politiques et des plans climatiques, mais comment les intégrer dans les systèmes nationaux et d’investissement, les processus budgétaires et les stratégies de financement ».

La seconde action devra consister à mobiliser des ressources à la hauteur des besoins. « L’enjeu n’est pas seulement d’accéder aux financements extérieurs, mais aussi de renforcer nos capacités nationales, à travers l’amélioration de la mobilisation des recettes, les incitations ciblées, les instruments innovants, les partenariats public-privé et un cadre propice à l’investissement durable. À cet égard, la question de la fiscalité climatique et des incitations vertes mérite une réflexion rigoureuse, adaptée à nos contextes, avec un souci d’équité, de compétitivité et de protection des populations », a dit Adetou Afidenyigba.
Au-delà d’orienter la planification du développement et de mobiliser les ressources, les pays africains devraient aussi en assurer la redevabilité et l’efficacité. Ce dernier levier vise à mieux suivre les dépenses climatiques, à mieux mesurer les résultats, et à mieux produire de l’information budgétaire utile aux décideurs ainsi qu’aux citoyens.
« Le marquage climatique apparaît comme un outil essentiel pour améliorer le suivi des dépenses climatiques et pour mesurer les efforts nationaux. Combien votre pays dépense-t-il vraiment pour le climat ? Combien reçoit-il ? Où sont les trous ? Alors, ce marquage permet de rendre visible l’effort climatique réel et d’identifier les déficits de financement », a dit Mawusé Akomegni à Mongabay.

Pour actionner ces trois leviers, les ministères en charge des Finances et des budgets doivent devenir des ministères leaders de la mobilisation des finances, en fédérant les actions de tous les ministres ou institutions de leur pays respectif.
« Historiquement, l’action climatique a été considérée comme une question environnementale. Mais aujourd’hui, elle doit concerner plusieurs ministères travaillant ensemble, et les ministères des Finances devraient jouer un rôle de leader dans ce processus. Il est donc important que les ministères de l’Environnement, de l’Energie par exemple, et celui des Finances puissent travailler ensemble. Dans cette dynamique, les ministères des Finances ont l’opportunité d’exercer un leadership, parce qu’ils gèrent les budgets et les systèmes financiers des pays. Il s’agit d’un changement important dans les systèmes actuels », a dit Jennifer Bernard, experte du GGGI qui accompagne les pays du PAFCA dans leur nouvelle dynamique de structuration de la finance climatique.
Au-delà de ces trois leviers, les participants ont indiqué que le marché carbone relatif au mécanisme de marché dans l’article 6 de l’Accord de Paris (l’échange bilatéral de quotas et un mécanisme centralisé de crédits carbone) reste un levier essentiel de mobilisation des financements pour les pays africains. Ces derniers devront ainsi transformer le potentiel de séquestration carbone en actif budgétaire.
Image de bannière : Inondations à Cotonou, capitale économique du Bénin. Image de Theresa Carpenter via Wikimédia Commons (CC BY-SA 2.0).
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