- Selon les données officielles du ministère de l’Eau et de l’énergie du Cameroun, 120 000 à 170 000 personnes sont connectées à une mini-centrale solaire, au 31 décembre 2025, dans le pays.
- Le projet, lancé en 2016 par le gouvernement camerounais, vise à électrifier 350 villages sans nuisance ni sur l’environnement ni sur les communautés riveraines, encore moins sur la biodiversité.
- En plus de ce programme, il y a des communes à éclairer par des lampadaires solaires dans le cadre de l’éclairage public, et des particuliers à doter en équipements pour sortir des riverains des ténèbres, malgré le défi du matériel de qualité et du personnel qualifié à relever.
Avec ses 600 âmes pour 104 ménages, Mpalampouam, une localité située dans la région de l’Est du Cameroun, est l’un des cinq villages éclairés par le champ solaire qu’il abrite. Plusieurs agglomérations de la région connaissent un boom dans l’éclairage solaire, malgré la proximité avec le barrage hydroélectrique de Lom-Pangar, produisant 30 mégawatts et servant plutôt de réservoir pour les grandes métropoles camerounaises. Pourtant, la construction de cet ouvrage avait suscité l’espoir pour ces communautés qui croyaient sortir de l’obscurité, même si juste quelques privilégiés reçoivent l’électricité de ce barrage.
Grâce au solaire photovoltaïque, la vie a changé. « Nous avons l’électricité, ça fait près d’un an. Depuis ce temps, nous n’avons pas de problème de délestage d’avant », explique Patrick Sambe, chef de troisième degré de Mpalampouam. Dans sa cour, où il a échangé avec Mongabay, le 12 mai 2026, l’homme de 48 ans, marié et père de six enfants, explique comment il était difficile de vivre sans électricité. « C’était vraiment pénible. On utilisait de petites lampes solaires ; la seule et même petite lampe devait éclairer la cuisine, le salon et les chambres. Aujourd’hui, les enfants n’ont plus de problèmes pour étudier », dit-il.
« Le branchement m’a coûté 55000 francs CFA [100 USD]. J’ai bénéficié, comme tous les autres, de 2500 francs CFA [4,37 USD] de consommation gratuite, avant de commencer à payer ma consommation. J’utilise seulement ce que j’ai payé, parce qu’il s’agit d’un système de pré-payé. A partir de mon téléphone portable, je souscris un forfait qui correspond à un volume de kilowatts et dès que je l’atteins, on me suspend. C’est un peu comme avec le crédit de communication appel ou Internet. Tous les deux opérateurs de téléphonie mobile permettent de souscrire. Avec 1000 francs CFA [2 USD], ma maison peut être alimentée pendant un mois entier, voire plus », dit Sambe.

Celui-ci sert de relai entre la communauté et les équipes du ministère de l’Eau et de l’énergie (MINEE), qui pilotent ce projet à travers l’Agence d’électrification rurale (AER) créée en 1998. Sambe collecte les frais d’abonnement, et une fois qu’il y a dix demandeurs, l’équipe technique passe installer l’électricité, que ce soit à Mpalampouam, Anjou, Bagbeze II ou à Mpoundou. Au moins 3000 personnes dépendront du champ solaire de Mpalampouam. Elles se comptent parmi les 120 000 à 170 000 citoyens éclairés par cette énergie au Cameroun, au 31 décembre 2025, selon le MINEE.
L’Agence d’électrification rurale
Le projet d’électrification par système solaire photovoltaïque est mis en œuvre depuis 2016, après le premier accord signé en 2012 avec l’entreprise chinoise Huawei.
Prévues sur trois phases, 350 mini-centrales solaires ont été installées pour les phases 1 et 2. La première tranche de la phase 3 a été bouclée en avril 2025 dans 87 localités. 62 agglomérations sont en train d’être électrifiées pour la 2e étape, qui prend fin en novembre 2026, phase après laquelle 51 villages seront aussi électrifiés. Le gouvernement camerounais entend ainsi réduire la fracture énergétique, tout en assurant sa transition vers les énergies dites propres pour contribuer à la réduction du réchauffement climatique, à la protection de l’environnement et de la biodiversité, dans un pays où le taux global d’accès à l’électricité est de 71 % avec 94 % en zone urbaine et 25 % en zone rurale, selon un article publié sur le site de la Banque mondiale, le 16 janvier 2025.
D’autres projets communautaires pour des particuliers ont aussi vu le jour. Il s’agit de l’installation des lampadaires dans les collectivités territoriales décentralisées du territoire national, grâce aux financements du Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale (FEICOM), connu comme la banque des communes et dont le siège est à Yaoundé.

Dans la ville d’Abong-Mbang, par exemple, il y a près de 300 lampadaires solaires qui éclairent les rues et permettent de lutter également contre le banditisme. « Nous avons déjà installé plus de 300 poteaux avec des ampoules solaires pour l’éclairage public dans la ville d’Abong-Mbang. Mais, c’est coûteux, comparé à l’éclairage classique. Un poteau avec le système solaire nous revient à un million et demi francs CFA (soit 3000 USD) et ne dure que dix ans ou moins, alors qu’avec le réseau classique, cette somme finance une centaine de poteaux qui durent plus de 10 ans. L’installation du solaire est un lourd investissement. L’approche des plaques et poteaux solaires ne semble pas satisfaisante », souligne Charmant Oyal, maire d’Abong-Mbang dans un entretien avec Mongabay.
« Pour la fiabilité des installations solaires, il convient d’apporter plusieurs nuances. Dans notre expérience de terrain, des systèmes installés depuis 2012 sont encore en fonctionnement aujourd’hui. Bien que certaines batteries aient été remplacées au cours du temps ; les panneaux et les principaux équipements continuent d’assurer leur mission de production d’énergie », a indiqué Prosper Biloa, spécialiste des énergies renouvelables et opérateur économique dans le domaine à Yaoundé.

La durée de vie parfois décourage plus d’un. « Il est important de distinguer les installations réalisées par des professionnels qualifiés de celles mises en œuvre sans véritable maîtrise technique. De nombreuses défaillances attribuées au solaire sont souvent liées à un mauvais dimensionnement, à des erreurs de conception ou à l’utilisation d’équipements de faible qualité.
À l’inverse, les équipements de fabricants reconnus bénéficient généralement de garanties allant à plus de vingt-cinq ans pour les panneaux photovoltaïques », ajoute Biloa.
Malgré les défis liés à la qualité et au coût des équipements, l’on note une ruée de certains Camerounais sur les plaques, lampes et batteries solaires. D’autres élites installent des champs qui alimentent aussi leurs voisins. Le souci d’accès à l’eau à travers des forages pousse aussi des personnes à installer de l’énergie solaire et à connecter des riverains à cette source.
Image de bannière : Champ solaire au village Mpalampouam au Cameroun. Image de Adrienne Engono Moussang.
L’énergie solaire renforce l’hydroélectricité en déclin au nord du Cameroun
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