- L’épidémie d’Ebola, en République démocratique du Congo, a enregistré 23 nouveaux cas en 24 heures au 1er juin, pour un cumul de 363 cas confirmés, dont 62 décès et 6 guérisons.
- Dans les zones touchées, la restriction des mouvements des populations inquiète les planteurs de cacao.
- Si la maladie devrait durer longtemps, elle pourrait peser sur la production de fèves, car les ouvriers n’acceptent plus se rendre dans les champs.
Avec 23 nouveaux cas en 24 heures au 1er juin, pour un cumul de 363 cas confirmés, dont 62 décès et 6 guérisons, l’épidémie d’Ebola a forcé les pays des Grands Lacs africains à fermer leurs frontières, pour éviter toute propagation de la maladie sur leur territoire à partir des régions du Kivu et de l’Ituri, l’épicentre de cette 17e épidémie d’Ebola, en République démocratique du Congo (RDC).
Dans le Nord-Kivu, les mouvements des populations sont limités. Au cœur du bassin de la production du cacao, dans les territoires de Beni, Butembo et Lubero, d’importantes quantités de fèves de cacao attendent d’être exportées vers l’Ouganda, a pu observer Mongabay.
Il est en ce moment difficile pour les acheteurs d’accéder aux zones reculées de la région cacaoyère du Nord-Kivu, explique Kakule Kasule, employé dans une plantation de cacao à Beni, dans cette région.
L’Ouganda, particulièrement la capitale Kampala, constitue la principale destination du cacao congolais. Depuis la déclaration de l’urgence internationale par l’OMS, les entrées en Ouganda depuis le Nord-Kivu sont assez filtrées, témoignent les habitants de Beni, où s’est rendu un contributeur de Mongabay.
Au poste frontalier de Kasindi, principal corridor commercial entre la RDC et l’Ouganda, les contrôles ont été renforcés. Ces contrôles ralentissent l’écoulement des produits agricoles, mais aussi l’importation des intrants agricoles, notamment des matériels agricoles, pour ceux qui s’approvisionnent à Kampala.

Ebola dans une zone agricole en insécurité
Surtout, il demeure difficile d’exporter même un seul camion de fèves de cacao pour les commerçants, qui en exportaient quatre le mois, avant l’épidémie, souligne Kakule. Bien plus, indique ce dernier, l’épidémie rend difficiles les conditions de travail pour les agriculteurs dans un contexte de persistance des violences armées dans la région. « À part l’épidémie, il y a surtout l’insécurité qui nous affecte à plus de 70 % », explique Kakule.
La région limitrophe entre le Nord-Kivu et l’Ituri, vers le territoire de Mambasa, selon le planteur Jean-Pierre Vulivire, est l’une des plus exposées : elle est fréquentée par le groupe armé ougandais ADF (Allied Democratic Forces), responsable des massacres dans la région.
Dans ce contexte d’insécurité, il faut une moto pour aller vite, explique Mumbere Wasingya, un planteur de Beni. Or, plusieurs préfèrent prendre une moto à 2 ou à 3, pour se partager le coût à payer.
« Si nous étions portés sur une moto à trois, on nous aurait obligés qu’une seule personne soit transportée en plus du taximan. Donc, atteindre nos champs devient difficile : les charges qui étaient divisées entre trois passagers retombent sur la tête d’une seule personne. Si on payait 10 000 francs congolais (environ 4 USD) par personne, aujourd’hui, je dois payer 30 000 (environ 28 USD) moi seul. Là, c’est une charge qui augmente parce qu’il y a apparition de la maladie à virus Ebola. Dans les entretiens, il faut voir : on a peur qu’on puisse être contaminé. Le nombre d’ouvriers a diminué sur le terrain », explique Mumbere.
« Là, les mouvements sont limités, et nous avons du mal à accéder à nos champs. Surtout, il y a les mesures barrières qui demandent à la population de ne pas se déplacer. Cela risque de jouer sur nos revenus », explique Vilivire.

Les ouvriers deviennent rares dans les plantations de cacao
Selon Tasule, par respect pour les mesures-barrières contre Ebola, le nombre de travailleurs dans les plantations a été réduit conformément aux mesures de lutte contre l’épidémie en cours. Les ouvriers deviennent rares dans ce cas, pour ceux qui ont besoin de main d’œuvre dans les plantations.
Or, pour s’assurer de meilleures récoltes, explique pour sa part Vilivire, il faut un meilleur suivi des plantes et, éventuellement, des traitements précoces en cas de maladies.
« Ici, nous ne recourons pas à la mécanisation. Nous avons de la main d’œuvre ouvrière. Aujourd’hui, les ouvriers ont peur de venir travailler dans les hautes terres. Ils craignent l’épidémie. Imaginez, vous avez une concession de 30 hectares : vous n’avez même pas 10 personnes qui supportent de travailler pendant cette période rouge. C’est bien compliqué », dit pour sa part Mumbere. Pourtant, insiste Vulivire : « Il nous est recommandé d’être dans les champs en permanence, pour surveiller et traiter les plantes. Pourtant, nous avons du mal à y accéder ».
Si l’épidémie devrait se prolonger, s’inquiète la même source, il n’y aurait pas de bonnes récoltes. « Nous sommes obligés de rester à la maison pour que la maladie passe vite. Parce que nous avons appris qu’il n’y a pas encore de vaccin », poursuit-il, conseillant dans ce cas le respect strict des mesures-barrières, afin que l’épidémie passe vite.
Pour les plantations situées dans les zones éloignées, les cacaoculteurs avouent la paralysie dans leurs activités, se limitant à des surveillances visant à détecter les urgences telles que les maladies, en attendant la saison des récoltes qui approche.
Si les mesures de prévention contre Ebola sont outre globalement visibles dans les centres urbains, certains habitants de la région de Beni continuent d’exprimer des réserves face à la maladie. Certains adhèrent encore aux rumeurs sur l’épidémie.
Image de bannière : Les mesures de lutte contre l’épidémie paralysent les activités des cacaoculteurs qui n’arrivent plus à trouver des travailleurs dans les plantations ni faire écouler leurs productions vers l’Ouganda, la principale destination du cacao congolais, touché également par la maladie, et ayant fermé sa frontière avec la RDC.
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