- Des chercheurs de l’université de l’Arkansas aux États-Unis ont découvert que les plants de riz peuvent piéger et tuer certaines jeunes chenilles légionnaires d’automne, un terrifiant ravageur des cultures.
- La légionnaire d’automne est désormais présente dans toute l’Afrique et attaque plus de 80 cultures, notamment le maïs, le sorgho, le millet, le coton, la tomate et le chou.
- Les experts estiment que cette découverte est importante, même si elle ne résoudra qu’une partie du problème, car le mécanisme n’agit que pendant une courte période et seulement sur de jeunes chenilles.
Selon une étude de l’université de l’Arkansas aux Etats-Unis, les plants de riz sont capables de piéger et de tuer les chenilles de la légionnaire d’automne, un insecte ravageur majeur des cultures.
Les chercheurs ont découvert que l’épillet du riz, la structure où se forment les grains, s’ouvre, lors de sa phase de floraison, pour permettre la pollinisation, et libère en même temps une odeur qui attire les jeunes chenilles. En tentant de se nourrir, elles pénètrent dans l’épillet qui se referme et les empêche de ressortir.
Les expériences réalisées en laboratoire ont montré « qu’environ 50 % des chenilles de la légionnaire d’automne, âgées d’environ une semaine, ont été piégées et sont mortes dans les épillets de riz, alors qu’elles tentaient de se nourrir des fleurons. Environ la moitié d’entre elles sont mortes en moins de 48 heures », indique l’étude publiée en mars 2026, dans la revue Ecological Processes.
Les chercheurs estiment que ce mécanisme constitue une forme de défense naturelle du riz contre les insectes herbivores, qui attaquent ses structures reproductrices.
La chenille légionnaire d’automne (Spodoptera frugiperda), originaire des Amériques, et présente dans toute l’Afrique, peut détruire, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), « plus de 80 » cultures céréalières, plantes maraîchères et industrielles très répandues telles que le sorgho, le millet, le coton, la tomate ou encore le chou, en dévorant les feuilles et en creusant des galeries dans les tiges, les épis et parfois les fruits des plantes.

Pour Dr Pa Aï Vivien Nenwala, chercheur à l’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD) du Cameroun, cette découverte est à féliciter, même si elle ne va résoudre que partiellement le phénomène des attaques.
Il explique à Mongabay que le riz et les autres céréales subissent des attaques venant par exemple des chenilles légionnaires, des foreurs de tiges, des plieuses de feuilles, des punaises ou encore des pucerons. Le mécanisme de défense découvert sur le riz ne s’active que pendant la floraison, lorsque l’épillet s’ouvre pour la pollinisation.
« Cette période ne dure que quelques jours sur l’ensemble du cycle de la plante. Le reste du temps, les chenilles peuvent dévorer les feuilles et les tiges sans aucun problème, car le piège est fermé. L’étude montre que le piège fonctionne sur les larves précoces âgées d’environ une semaine. Les chenilles plus âgées peuvent donc continuer les ravages. Malgré ces limites, cette découverte est importante pour la science et pour l’agriculture, car c’est un pas de plus vers la solution globale », dit Nenwala qui n’a pas participé à l’étude.

Quand les chenilles résistent aux pesticides
Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les chenilles de la légionnaire d’automne causent, chaque année, des millions de tonnes de pertes de cultures, tandis que les producteurs utilisent diverses solutions chimiques pour contrer les attaques.
Dans ses guides d’action, la FAO alerte que l’utilisation massive d’insecticides chimiques accélère l’apparition de légionnaires d’automne hautement résistantes, rendant les traitements chimiques classiques inefficaces.
Nenwala, qui travaille avec les producteurs de céréales du Cameroun, cite à Mongabay une liste de produits chimiques qu’ils utilisent régulièrement. « Le plus efficace coûte 45 000 francs CFA (80 USD) la bouteille et sert à traiter quatre hectares de champ. C’est trop cher pour les producteurs. Ils sont toujours tentés de ne pas utiliser les bons dosages, cela rend le produit inefficace et crée des résistances », dit Nenwala.
À terme, cette découverte pourrait ouvrir la voie à de nouvelles méthodes biologiques de lutte contre la légionnaire d’automne. Les chercheurs envisagent de copier et de recréer l’odeur de la fleur de riz, pour fabriquer un spray naturel, qui permettra d’attirer et de piéger les chenilles dans les champs, sans utiliser de pesticides chimiques.
Cyrille Mbouomboua, aujourd’hui employé dans une ferme, a été pendant trois ans producteur de tomates à Kouoptamo, à l’ouest du Cameroun.
Joint par téléphone, il explique à Mongabay qu’il y a deux ans, toutes ses tomates cultivées sur cinq hectares ont pourri en 72 heures. Il a dû arrêter l’agriculture, faute d’argent pour démarrer une nouvelle plantation.
« Une attaque de chenilles se déroule comme un film de science-fiction. C’est tellement rapide qu’on a l’impression d’être dans un cauchemar. Tu visites ton champ la veille, tout va bien. Le lendemain, tu vois seulement les tiges tomber les unes après les autres. Tu n’as même pas le temps de réagir ; en 24 H, 48 H, tout le champ est perdu », explique-t-il à Mongabay.
« C’est encourageant de savoir que les chercheurs développent de nouvelles solutions. Mais, souvent, les solutions les plus efficaces ne sont pas disponibles dans nos pays, ou alors sont trop chères. Il faut aussi voir le volet prix et disponibilité, pour les pays en développement ».

Raymond Haman Dawai, ingénieur agronome et délégué régional du ministère de l’Agriculture et du développement rural (Minader) dans l’Adamaoua, une région septentrionale du Cameroun, explique à Mongabay qu’il y a des méthodes biologiques à base de feuilles de neem, de moringa, de tabac, mais que ces méthodes sont contraignantes et plus efficaces à titre préventif.
« Lorsqu’on commence déjà à observer les perforations ou les déjections sur les feuilles, cela signifie que les chenilles se sont déjà installées dans la plante. À ce stade, elles ont déjà attaqué l’intérieur des tiges, ce qui rend l’utilisation des produits inefficace », souligne Dawai au téléphone à Mongabay.
« L’idéal avec les insecticides biologiques est de commencer à les utiliser de manière préventive, avant l’apparition des attaques. Mais certains producteurs trouvent cela trop contraignant, parce que la durée d’action de ces insecticides est de quelques jours à deux semaines maximums. Il faut donc les utiliser régulièrement pendant plusieurs mois », ajoute-t-il.
Selon Nenwala, les conséquences des attaques de chenilles dépassent les seules pertes agricoles. « Un producteur peut se lever un matin et être ruiné, parce que toute sa production est détruite par les chenilles. Souvent, on pense seulement à l’aspect alimentaire, et on oublie l’aspect social. La destruction du champ peut empêcher les parents d’inscrire leurs enfants à l’école, empêcher des familles de se soigner », dit-il.
Image de bannière : Une légionnaire d’automne sur une feuille de maïs qu’elle vient de détruire dans une exploitation agricole au Kenya. Image de Jennifer Johnson/CIMMYT via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)
Citation :
Lippey, M., et al. (2026). Rice spikelets trap and kill caterpillars using trichomes. Ecological Processes, 15. https://doi.org/10.1186/s13717-026-00683-8
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