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Côte d’Ivoire : Les producteurs se préparent pour obtenir la carte obligatoire pour commercialiser le cacao et le café

  • À partir du 1er septembre 2026, la carte du producteur deviendra obligatoire pour toutes les transactions de café et de cacao effectuées dans le cadre du système national de traçabilité en Côte d’Ivoire.
  • Dans les zones de production comme Agboville, plusieurs planteurs ont déjà engagé les démarches pour obtenir leur carte, tandis que d’autres attendent encore sa délivrance.
  • Les principales préoccupations exprimées par les producteurs concernent les modalités de paiement, les retraits d’argent et l’accès au dispositif dans les localités les plus reculées.
  • Cette réforme s’inscrit dans le cadre de la préparation de la filière cacao aux nouvelles exigences de traçabilité imposées par le règlement européen contre la déforestation.

À Gbalékro, dans le département d’Agboville, ville située dans le sud-est de la Côte d’Ivoire, Koné Aboudramme n’a pas encore obtenu sa carte de producteur. Ce cultivateur de 41 ans, exploitant quatre hectares de café-cacao, explique que les difficultés d’accès à son village ont retardé ses démarches.

« Le problème se situe au niveau du déplacement. Compte tenu du problème de voies pour l’accès à mon village, je n’ai pas encore eu la possibilité de m’y rendre, pour voir comment pouvoir acquérir cette carte », explique-t-il.

Le producteur affirme avoir été informé par sa coopérative de l’importance du document dans le nouveau système de commercialisation. « Les informations que j’ai reçues sont que, sans cette carte, nous ne pourrons plus écouler notre production de cacao », dit-il.

Comme lui, plusieurs planteurs rencontrés dans la ville d’Agboville disent avoir appris l’existence de la réforme à travers les coopératives ou les pisteurs intervenant dans la collecte des fèves.

À Petit Yapo, Abdoul Aziz Sawadogo, 26 ans, ne possède pas encore sa carte. Il avoue ne pas avoir entamé les démarches nécessaires, mais affirme connaître les conséquences de cette obligation. « J’ai compris que si tu n’as pas la carte du producteur, tu ne pourras pas vendre ton cacao », dit-il.

Le jeune planteur estime toutefois que le nouveau système pourrait contribuer à sécuriser davantage les paiements. « L’argent ne va plus circuler directement dans la main des planteurs. Ça peut faciliter un peu les choses », affirme-t-il.

Charles Koffi Kouakou présentant sa carte de producteur lors de la conférence de presse du Conseil café-cacao à Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire. Image de Ella Djiguimde pour Mongabay.
Charles Koffi Kouakou présentant sa carte de producteur lors de la conférence de presse du Conseil café-cacao à Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire. Image de Ella Djiguimde pour Mongabay.

Entre attente et préoccupations

En effet, dans le cadre du système national de traçabilité des productions, à partir du 1er septembre 2026, les producteurs de café et de cacao devront obligatoirement détenir une carte de producteur, pour commercialiser leurs récoltes. Présentée par les autorités comme un outil destiné à répondre aux nouvelles exigences du marché international, la réforme suscite à la fois adhésion et interrogations, dans les zones de production.

D’autres producteurs ont déjà engagé les démarches administratives nécessaires, mais attendent encore la délivrance de leur carte. C’est le cas d’Ouedraogo Madi, producteur de cacao à Agboville. « J’ai fait les démarches, mais je n’ai pas encore reçu la carte. Elle est en cours de traitement », explique-t-il.

S’il considère que la réforme est devenue incontournable pour continuer à vendre sa production, il s’interroge sur les modalités de retrait des paiements. « Quand tu as la carte, ils vont virer ton argent. Maintenant, comment retirer ton argent en cas de besoin ? C’est ça l’inquiétude », dit-il.

Ces préoccupations dépassent le seul département d’Agboville

Lors d’une conférence de presse organisée, le 12 juin à Abidjan, par le Conseil café-cacao, organisme public placé sous la tutelle du ministère de l’Agriculture, Charles Koffi Kouakou, membre d’une coopérative à Yamoussoukro, ville située au centre de la Côte d’Ivoire, a attiré l’attention sur la situation des producteurs vivant dans les campements les plus éloignés. « Il y a des parents qui sont illettrés, et qui vivent dans des zones reculées. Comment vont-ils retirer leur argent s’ils n’ont pas de banque à proximité ? », s’est-il interrogé.

Le producteur estime que des efforts supplémentaires de sensibilisation seront nécessaires, afin de permettre à tous les planteurs de disposer de leur carte, avant l’échéance de septembre 2026.

Madi Ouedraogo, dans son champ de cacao à Agboville dans le sud-est de la Côte d’Ivoire. Image de Ella Djiguimde pour Mongabay.
Madi Ouedraogo, dans son champ de cacao à Agboville dans le sud-est de la Côte d’Ivoire. Image de Ella Djiguimde pour Mongabay.

Une réforme liée aux exigences de traçabilité

Pour le Conseil café-cacao, la carte du producteur constitue l’un des principaux outils du système national de traçabilité déployé, depuis plusieurs années dans la filière.

Lors de la même conférence de presse, son directeur général, Yves Brahima Koné, a indiqué que l’utilisation de la carte deviendrait obligatoire, dès l’ouverture de la campagne principale du 1er septembre 2026 au 28 février 2027. « Grâce au système national de traçabilité, chaque produit pourra être suivi depuis la parcelle du producteur jusqu’au client en Europe », a-t-il déclaré.

Selon le Conseil Café-Cacao, plus de 1,1 million de producteurs avaient été recensés au 31 décembre 2025, près de 900 000 cartes produites et distribuées, et environ 3 millions d’hectares géolocalisés.

Les autorités présentent également la carte comme un outil permettant de sécuriser les paiements, de garantir le respect du prix bord champ fixé par l’État, et de faciliter l’accès à certains services sociaux.

Abdoul Aziz Sawadogo, dans sa plantation de cacao à Petit Yapo, une localité située dans le département d’Agboville en Côte d’Ivoire. Image de Ella Djiguimde pour Mongabay.
Abdoul Aziz Sawadogo, dans sa plantation de cacao à Petit Yapo, une localité située dans le département d’Agboville en Côte d’Ivoire. Image de Ella Djiguimde pour Mongabay.

La réforme intervient dans un contexte marqué par l’entrée en application du règlement européen 2023/1115, relatif aux produits associés à la déforestation.

Ce texte prévoit que les entreprises commercialisant du cacao sur le marché européen devront être en mesure de démontrer que leurs produits ne proviennent pas des parcelles ayant fait l’objet d’une déforestation, après le 31 décembre 2020. Il impose également la collecte d’informations permettant de géolocaliser les parcelles de production.

Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire cherche ainsi à adapter sa filière aux nouvelles exigences de traçabilité imposées par l’un de ses principaux marchés d’exportation.

Dans les villages producteurs d’Agboville, les planteurs interrogés disent majoritairement avoir compris que la carte deviendra bientôt indispensable à la commercialisation de leurs récoltes. À quelques semaines de son entrée en vigueur, plusieurs attendent sa délivrance ou des précisions supplémentaires sur les modalités pratiques du nouveau système.

Image de bannière : Charles Koffi Kouakou présentant sa carte de producteur lors de la conférence de presse du Conseil café-cacao à Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire. Image de Ella Djiguimde pour Mongabay.

Côte d’Ivoire : Quand le Règlement européen sur la déforestation bouleverse la filière cacao

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