- Le gouvernement camerounais a délivré, en avril 2026, des permis pour l’exploration de blocs pétroliers et gaziers situés dans le sud-ouest du pays.
- Un récent rapport de l’ONG Earth Insight révèle qu’environ 68 % des aires protégées marines et côtières de cette région du pays sont recouvertes par ces blocs, représentant une superficie de plus de 4000 km².
- Les communautés redoutent des conséquences irréversibles avec la destruction des mangroves, la pollution environnementale et un déclin de la pêche artisanale pouvant entraîner une insécurité alimentaire.
Fin avril 2026, le Cameroun a attribué des permis d’exploration pour cinq blocs pétroliers et gaziers, à la compagnie américaine Murphy Oil Corporation et à la société britannique Octavia Energy Corporation, dans deux bassins côtiers situés au sud-ouest du pays, à la suite d’un appel d’offres international lancé en août 2025.
Ces blocs pétroliers et gaziers se trouvent superposés à plusieurs aires protégées marines et côtières, et leur exploitation constitue une menace sérieuse pour la biodiversité et les communautés riveraines.
Un rapport de l’ONG Earth Insight, publié le 4 juin 2026, en amont de la conférence « Our Ocean », le principal forum mondial dédié aux océans, qui se tiendra à Mombasa, au Kenya, du 16 au 18 juin 2026, souligne qu’environ 68 % de ces aires protégées marines sont recouvertes par les blocs pétroliers et gaziers, représentant une superficie de plus de 4 000 km², soit près de deux fois la taille du Luxembourg.
Dans le bassin du Rio del Rey, les blocs empiètent sur l’Estuaire du Rio del Rey, l’un des écosystèmes côtiers les plus importants du Cameroun et du golfe de Guinée, avec ses forêts de mangroves constituant l’habitat de nombreuses espèces menacées et endémiques telles que la grenouille Goliath (Conrara goliath).
Dans le bassin de Douala/Kribi-Campo, les blocs prévus se trouvent à l’intérieur du Parc national de Douala-Édéa, et de la zone proposée pour le Parc national de Ndongere au sud-ouest du pays, ainsi que de la zone marine proposée de Kribi-Campo, considérée comme une zone marine d’importance écologique.

Selon Jordan Lara, Spatial Analyst à Earth Insight, « les études sismiques menées dans le cadre de l’exploration menacent les zones côtières protégées d’importance écologique et les points chauds de biodiversité situés près des régions de Rio del Rey, de Douala-Édéa et de Campo Ma’an, abritant des tortues marines, des oiseaux migrateurs, des dauphins et d’autres espèces sensibles, en perturbant leur comportement alimentaire, leur migration, leur communication et leur reproduction ».
Lara explique aussi dans un courriel à Mongabay que les mangroves et les estuaires constituent le pilier de la pêche artisanale sur l’ensemble du littoral camerounais, et que la dégradation de ces habitats et leur pollution pourraient réduire l’abondance des poissons et avoir des répercussions négatives sur la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance des communautés locales.
Craintes des communautés côtières
Le processus d’attribution de ces blocs pétroliers par la Société nationale des hydrocarbures (SNH), principale compagnie pétrolière du Cameroun, n’aurait fait l’objet que d’une consultation limitée auprès des communautés, d’après l’ONG camerounaise Ajemalebu Self Help (AJESH), partenaire local de Earth Insight.
Le président exécutif de AJESH, Harrison Nnoko, a expliqué à Mongabay par email que les communautés, qui dépendent directement des ressources marines et côtières pour leur sécurité alimentaire, leurs moyens de subsistance et leur identité culturelle, redoutent de graves conséquences de cette exploitation pétrolière sur leurs activités.
« Toute dégradation des stocks halieutiques, toute pollution des eaux de pêche ou toute restriction d’accès aux zones de pêche traditionnelles pourraient avoir des répercussions négatives sur les revenus des ménages, la nutrition et la stabilité sociale », dit-il.

Nnoko a précisé que les communautés s’inquiètent également en raison du manque de transparence ayant prévalu lors de l’attribution de ces blocs, ainsi que pour l’absence de garanties claires concernant les mesures de protection de l’environnement, les mécanismes d’indemnisation et la préparation aux interventions d’urgence.
AJESH a engagé des discussions avec des organisations communautaires, des groupes de défense de la nature et des experts juridiques et environnementaux, afin de soutenir les communautés concernées par le renforcement des capacités, l’engagement politique et la promotion des approches de gestion côtière plus inclusives et durables.
« Les organisations de la société civile plaident également en faveur des évaluations d’impact environnemental plus rigoureuses, des processus de consultation transparents et d’une meilleure harmonisation entre les projets de développement et les engagements du Cameroun en matière de biodiversité et de climat », souligne Nnoko.
À l’approche de la conférence « Our ocean » de Mombasa, Earth Insight lance un appel aux gouvernements du monde à prioriser la réalisation et le dépassement des objectifs de conservation « 30×30 ». L’organisation les invite également à s’engager en faveur de zones protégées d’une grande intégrité, exemptes d’activités nuisibles et d’exploitation.
Image de bannière : Singes dans la réserve de faune de Douala – Edea. Image de David djibril via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).
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