- Des poissons morts ont été découverts, le 5 juin 2026, dans le barrage de Tanghin à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.
- Les résultats des enquêtes menées par les autorités révèlent que cette situation est liée à un déficit d’oxygène dans ce plan d’eau.
- Les pêcheurs, dépendant des ressources halieutiques de ce barrage, déplorent les conséquences immédiates de cette situation sur leurs revenus.
Le barrage de Tanghin, situé en plein cœur de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, est au centre des préoccupations, depuis la découverte d’une mort massive de populations de poissons, le 5 juin 2026. Un phénomène qui ne serait pas nouveau, d’après le témoignage d’Aminata Traoré, une riveraine de ce barrage.
« Il y avait parfois quelques poissons morts par le passé, mais cette fois-ci, c’est beaucoup. Vraiment beaucoup. Par endroit, toute la surface de l’eau est couverte de poissons morts », a-t-elle dit à Mongabay.
Aminata croit savoir que ce phénomène est dû à la pollution de ce plan d’eau. « Je pense que c’est la saleté qui a provoqué tout cela. Les gens jettent toutes sortes de déchets dans ce barrage », ajoute-t-elle.
Les résultats des analyses, réalisées par le ministère burkinabè de l’Agriculture, de l’eau et des ressources halieutiques, corroborent plus ou moins l’hypothèse de cette riveraine, indiquant que plusieurs facteurs sont à l’origine du déficit d’oxygénation du barrage.
On cite entre autres la présence de canaux drainant les eaux usées vers le barrage ; les activités hôtelières générant des rejets d’eaux usées dans le plan d’eau ; les activités maraichères pratiquées autour de la retenue avec l’utilisation de produits phytosanitaires, le lessivage des sols consécutif aux premières pluies de la saison, ayant drainé vers le barrage des matières organiques, des résidus de pesticides et d’autres polluants.
« Au regard des résultats obtenus, la cause principale de cette mortalité est liée à un déséquilibre brutal des paramètres physico-chimiques du milieu aquatique, ayant entrainé une chute critique du taux d’oxygène dissout, et, par conséquent, l’asphyxie des poissons », peut-on lire dans une note d’information publiée par le ministère burkinabè de l’Agriculture sur son compte Facebook.

Ce phénomène trouve une explication scientifique plausible chez l’environnementaliste et hydrogéologue Ali Sawadogo, responsable d’un cabinet d’étude spécialisé dans l’exploration et la gestion durable des ressources en eau, basé à Ouagadougou.
« Le déficit d’oxygène dans un plan d’eau s’appelle l’hypoxie. Cela se produit lorsque les bactéries présentes dans l’eau consomment trop d’oxygène pour décomposer la matière organique. Or, cette matière organique provient souvent des eaux usées, des déchets ménagers ou encore des engrais agricoles transportés par le ruissellement. Lorsqu’elle est présente en trop grande quantité, les bactéries consomment tout l’oxygène disponible. Les poissons, ne pouvant plus respirer, finissent par mourir », explique-t-il à Mongabay au téléphone.

Craintes pour la pêche
Pour Sawadogo, ce barrage est victime de la très forte urbanisation de la cité, et de très fortes pressions humaines. « Ce barrage est entouré de quartiers densément peuplés. Il subit une forte pression humaine. Une grande partie des eaux usées finit dans ce plan d’eau, directement ou indirectement. C’est un milieu relativement fermé n’ayant pas la capacité de se régénérer rapidement », dit Sawadogo.
Kaboré (nom d’emprunt pour des raisons de sécurité), père de deux enfants, est l’un des nombreux pêcheurs qui mènent des activités de pêche sur cette retenue d’eau. Il se dit inquiet par cette situation, qui affecte non seulement la subsistance de sa famille, mais aussi ses revenus. « Nous vivons de ce barrage. Quand les poissons meurent, c’est notre gagne-pain qui disparaît. Avec cette mortalité, nous ne pouvons plus pêcher. Il faut attendre pour voir ce qui va se passer ».
« Il y a déjà eu de petites mortalités. Quelques poissons mouraient de temps en temps. Mais c’est la première fois que la situation est aussi grave », ajoute-t-il.
Sawadogo estime que le phénomène n’est pas encore de nature à craindre des conséquences irréversibles sur la pêche dans ce barrage, quoique « les risques sont réels ». Il ajoute que « si l’hypoxie se répète régulièrement, les conditions ne seront plus favorables à l’élevage ni à la conservation des poissons ; toutefois, je ne pense pas que nous en soyons encore là ».
Le ministère burkinabè de l’Agriculture a procédé à l’enlèvement des poissons morts et à leur destruction. L’on ignore si des mesures ont été prises par les autorités burkinabè pour réduire la pollution de ce plan d’eau, car le ministère n’a pas répondu aux sollicitations de Mongabay.
Image de bannière : Une vue de la retenue du barrage de Tanghin à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, où des populations de poissons ont trouvé la mort suite à un déficit d’oxygène causé par une extrême pollution. Image de Hadepte Da pour Mongabay Afrique.
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