- Les termitières participent à la transformation profonde des sols, de la végétation et même au stockage du carbone par les paysages.
- Une étude menée au Bénin met en évidence leur important rôle dans la restauration des écosystèmes et la lutte contre le changement climatique en Afrique de l’Ouest.
- Les spécialistes invitent les communautés à conserver les termites et termitières en évitant de les détruire et à investir dans la recherche orientée vers la stimulation des activités des termites.
Une étude met en évidence l’impact des termitières dans la transformation profonde des sols, de la végétation et même dans le stockage du carbone par les paysages.
Menée dans la commune de Banikoara au nord du Bénin, l’étude révèle que les termitières construites par de petits insectes appelés termites, plus que de simples structures de terre, pourraient jouer un rôle central dans la restauration des écosystèmes, et la lutte contre le changement climatique en Afrique de l’Ouest.
Les chercheurs ont étudié des zones connues localement sous le nom de bowé, caractérisées par des sols fortement appauvris, éprouvant fortement la régénération naturelle de la végétation à cause de leur pauvreté en azote et en phosphore assimilable, rendant ces paysages vulnérables à l’érosion et à la désertification progressive.
Au cœur de ces milieux difficiles, les termitières jouent un rôle structurant en fonctionnant comme des « ingénieurs des écosystèmes », capables de transformer la qualité des sols et les dynamiques végétales.
Construites à partir de la terre, de la salive et des matières organiques, elles abritent des colonies de termites capables de modifier en profondeur leur environnement.
« Les termites arrivent à transformer les terres dégradées en espaces propices à la vie à travers la bioturbation. Celle-ci consiste à dégrader les débris végétaux (bois, feuilles) digérés dans l’intestin postérieur des termites, sous l’effet de la cellulase et des protistes. Les défécats sont libérés sur le sol pour l’approvisionner en matière organique, qui est ensuite minéralisée, afin de le fertiliser », explique à Mongabay, Babatokpè Calèb Babatunde, doctorant en écologie et foresterie tropicale à l’université nationale d’agriculture du Bénin.
« Certaines espèces sont observées exclusivement dans les zones influencées par les termitières, indiquant que celles-ci créent des habitats de niche essentiels à leur survie », peut-on lire dans les résultats de l’étude.
Selon les chercheurs les termitières sont de véritables “îlots de fertilité” capables de soutenir la biodiversité dans des environnements dégradés. «Les termites créent l’hétérogénéité spatiale et des galeries reliées à l’eau souterraine pour permettre l’accès à l’eau aux systèmes racinaires des végétaux, ce qui leur permet de résister à la sécheresse », souligne Babatunde, coauteur de l’étude publiée fin avril dernier dans la revue Journal of Vegetation Science.

Une transformation de la structure des communautés végétales
Au-delà de la diversité, les termitières influencent aussi la structure des peuplements des plantes végétales. La densité des arbres y est visible et beaucoup plus élevée que dans les zones sans influence. Selon les chercheurs, « la densité des arbres est significativement plus élevée dans les zones à termitières, suggérant que ces structures jouent un rôle clé dans l’installation et le maintien des espèces ligneuses ».
Cette dynamique est liée à l’action des termites sur les sols. Leur activité modifie les propriétés physiques et chimiques du milieu. « Les termites agissent comme des ingénieurs des écosystèmes en augmentant la porosité du sol, sa capacité de rétention en eau et la disponibilité des nutriments essentiels », indique l’étude. Ces différents apports favorisent la germination des graines et la survie des jeunes plants, même dans des environnements fortement contraints.
Dans un champ situé au sud de Goungoun, un village de l’arrondissement de Guéné, dans la commune de Malanville au nord du Bénin, Soumanou Amadou, agriculteur de la quarantaine, qui attend le début de la saison des pluies pour effectuer ses labours, indique que l’argile d’une termitière est riche pour les cultures des céréales. «Lorsque nous cultivons nos champs, la différence entre les plantes est nette. Le sorgho, le maïs, ou tout autre culture, vous constaterez une certaine verdure aux alentours des termitières. Les plantes sont verdoyantes sans même y mettre de l’engrais. On comprend aisément que c’est le résultat de la fertilisation du sol apportée par la termitière, même si nous ne connaissons pas le mécanisme », confie l’agriculteur.
Un rôle émergent dans le stockage du carbone
L’un des résultats les plus importants concerne la capacité des termitières à amplifier le stockage du carbone dans les paysages dégradés. « La biomasse aérienne et le stock de carbone sont significativement plus élevés dans les zones à termitières », indiquent les chercheurs dans leur étude, précisant que cette dynamique est directement liée à la structure de la végétation, notamment « la densité des arbres et leur hauteur qui sont des facteurs déterminants de la variation du carbone aérien ».
«Les termites, une fois garantis la fertilité du sol et l’accès à l’eau pour faciliter la résistance des végétaux, spécifiquement des ligneux, séquestrent un important carbone atmosphérique lors de la photosynthèse. Or le carbone est l’élément majeur chimique polluant l’atmosphère en occasionnant le plus le changement climatique. Alors les termites contribuent indirectement à l’atténuation des effets du changement climatique, en favorisant la résilience de la flore », souligne Babatunde.

Souvent négligés dans les politiques environnementales, les termites apparaissent pourtant comme des acteurs majeurs du fonctionnement écologique des savanes tropicales.
« Reconnu comme une espèce clé, le termite influence le cycle du carbone en utilisant la matière organique du sol pour construire ses termitières, créant une hétérogénéité spatiale qui favorise la colonisation des plantes et le stockage du carbone », indique l’étude.
Cette hétérogénéité est essentielle, car elle permet la coexistence de différentes espèces et renforce la résilience des écosystèmes face aux perturbations climatiques, selon toujours l’étude.

Une piste pour la restauration des terres
Au-delà des résultats écologiques, l’étude ouvre des perspectives pour les stratégies de restauration des terres dégradées.
D’après les auteurs de l’étude, « l’intégration et la conservation des termitières dans les stratégies de gestion des terres pourraient améliorer la résilience des paysages dégradés, augmenter la productivité de la végétation et contribuer à l’atténuation du changement climatique ».
Seulement au niveau local, la valorisation des termitières reste un défi. « Nous n’avons pas entendu parlé d’initiative pour les accroître. Chez nous, elles viennent naturellement. Pas d’initiatives dédiées à cela », explique Amadou. Dans certaines régions, où les coûts de restauration des sols sont élevés et les ressources limitées, les termitières apparaissent comme une solution fondée sur la nature, déjà présente dans les écosystèmes. Pour restaurer durablement les terres dégradées, Babatunde soutient que l’intégration des termitières sur ces sols s’impose. Pour y parvenir, le chercheur recommande : «Il revient aux communautés d’adopter des initiatives de conservation des termites et termitières tout en évitant de casser les termitières, d’appliquer les herbicides et insecticides sur les termites. Pour les décideurs, il leur revient de sensibiliser les communautés, d’investir dans la recherche orientée vers la stimulation des activités des termites ».
Image de bannière : Termitières à Alfa Koara dans la Commune de Kandi au nord du Bénin. Image de Loukoumane Worou Tchéhou.
Citation :
Babatunde, B. C., E. A. Padonou, A. B. Akakpo, D. Turk, and T. de Zoeten. (2026). “Impact of Termite Mounds on the Composition, Structure and Carbon Stock of Tree Communities in Altered Lands of Benin (West Africa).” Journal of Vegetation Science37, no. 2: e70132. https://doi.org/10.1111/jvs.70132.
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