- La réserve de biosphère transfrontière du Mono est entre le Bénin et le Togo. La partie béninoise est située au sud-ouest avec une combinaison d’écosystèmes terrestres, marins et côtiers.
- Cette réserve subit, depuis plusieurs années, une pression humaine conduisant à la dégradation de ses ressources naturelles.
- Pour éviter le pire, le gouvernement du Bénin entreprend de restaurer la diversité biologique de cette réserve avec un plan d’action et de gestion impliquant divers acteurs et les communautés riveraines.
La réserve de biosphère transfrontalière du Mono est répartie en neuf Aires communautaires de conservation de la biodiversité (ACCB). Dans chacune de ces aires communautaires, la mission est de restaurer, conserver et promouvoir les ressources qui s’y trouvent.
Mais selon des sources proches des gestionnaires des aires communautaires, l’inquiétude est présente dans les esprits, s’agissant des menaces qui planent sur la réserve. Selon Cyprien Linha, membre du groupement des chasseurs convertis en conservation des ressources naturelles, cette réserve permet de conserver les espèces faunique et floristique en voie de disparition, comme le sitatunga (Limnotragus spekei), le guib hamaché (Tragelaphus scriptus), le singe vervet (Chlorocebus sabaeus).
Ce chargé de la surveillance de la forêt de Naglanou, dans la commune d’Athiémé, à 106 kilomètres de Cotonou, confie ses impressions sur la réserve : « Il y avait des animaux qui séjournaient dans cette forêt, mais qui ont disparu au fil des années ». Il cite en exemple le phacochère (Phacochoerus africanus). Il regrette le fait qu’il y a des maux que pourraient guérir la médecine traditionnelle avec les plantes, qui n’existent plus dans cette forêt. « A cette allure, nous allons tout perdre », dit-il.
Allant dans le même sens, François Dossa, président de Accb de la Bouche du Roy, située entre les communes de Comé et de Grand-Popo, a aussi exprimé ses craintes et pense que la conservation de cette aire va permettre aux générations futures de bénéficier de ses ressources naturelles. Mais si on ne fait pas attention, dit-il, cette partie de la réserve va disparaitre à cause de la dégradation qu’elle subit.

Montrant les infractions enregistrées dans les aires communautaires, Gautier Dotou, rencontré par Mongabay à Bopa, une localité située au sud-ouest à 104 km de Cotonou, se souvient d’un cas de braconnage dans l’Accb du lac Ahémé. On retient de son récit que des chasseurs ont fait irruption dans la réserve et ont abattu un sitatunga. Suite à l’alerte de la communauté, ces individus ont été appréhendés et sept fusils de chasse ont été saisis. Cette espèce d’antilope est intégralement protégée par la loi n°2002-16 du 18 octobre 2024, portant régime de la faune en République du Bénin. Ce cas de braconnage illustre la disparition d’animaux bénéficiant de protection légale dans les aires protégées.
« A Kpomassè, les forêts sont rognées et réduites à des arbres sacrés. Et c’est l’arbre qui abrite l’esprit du dieu des forêts concernées », souligne Félix Danvi, directeur exécutif de l’Ong Creuset de recherche pour l’identification et la promotion des alternatives de développement durable (Cripadd), basée à Kpomassè, au sud-ouest dans le département de l’Atlantique, à 58 kilomètres de Cotonou.
Evoquant la question de la forte population en lien avec la pression humaine dans la zone de la réserve, Patrice Bada, directeur exécutif de l’Ong Africa Mobile Nature (Amn), basée à Lokossa au sud-ouest du pays, caricaturant la situation, lâche : « A l’allure où les choses se passent, on va se rendre compte qu’on est proche du rouge qui veut dire que tout est dégradé ».
Dans les aires communautaires de Bopa, Athiémé, Grand-Popo et des autres localités hébergeant la réserve, la destruction des ressources naturelles se fait sentir. La réserve transfrontalière de biosphère du Mono couvre une superficie de 207381,91 hectares et s’étend sur six communes des départements du Mono et du Couffo situés au sud-ouest du Bénin.
Appréciant la situation, Laurent Houessou, spécialisé dans la gestion des aires protégées, explique que la réserve conserve plus ou moins bien ses caractéristiques écologique et biologique. Pour l’enseignant-chercheur à la Faculté d’agronomie à l’université de Parakou, au nord du pays, des efforts sont menés pour renforcer et accompagner les populations dans la conservation des ressources écologiques de la réserve, notamment les écosystèmes de mangroves, les populations d’oiseaux de zone humide, les populations d’hippopotames, le lamantin d’Afrique et le crocodile nain.

Les efforts de restauration du gouvernement
Le gouvernement béninois pose des actions en vue de restaurer les différents écosystèmes de la réserve, dont l’objectif est de protéger le bassin versant du fleuve Mono et ses affluents, ainsi que les ressources biologiques et écosystèmes associés, notamment les mangroves et forêts marécageuses. Avec le plan d’actions et de gestion de la réserve, dont dépendent plus de deux millions d’habitants, y menant différentes activités, il est prévu de réduire la pression liée au prélèvement des ressources biologiques et minières, en sensibilisant les populations sur les textes de lois interdisant la coupe de bois non autorisée, la chasse illicite et les techniques de pêche inappropriées.
Danvi et Bada s’accordent sur le fait que, dans les zones rurales, les populations ne maîtrisent pas la règlementation. Il faut, selon eux, intensifier la vulgarisation des lois qui protègent la biodiversité, et les contraindre à les respecter. Les actions concernent aussi la lutte contre la pollution, le comblement et l’eutrophisation des cours et plans d’eau ; la sécurisation de l’aire centrale, de la zone tampon et l’aménagement des habitats dégradés. Il sera développé l’éducation environnementale renforcée avec la mise en place d’un programme de lutte contre la criminalité environnementale.
En plus de ces actions, Houessou pense qu’il faut prioriser la mise en place des organes de gestion et les doter de moyens, renforcer la lutte contre la destruction et l’exploitation abusive des ressources naturelles au sein des aires centrales et des zones tampons de la réserve. Il s’agira également, dit-il, de promouvoir des modes d’exploitation écologiquement durables, compatibles avec la conservation des écosystèmes et le maintien de la capacité de régénération des ressources naturelles. Pour y arriver, selon lui, les gestionnaires doivent penser à un mécanisme de financement durable, afin d’inscrire les actions dans la durée.

Les attentes des communautés riveraines
Les personnes impliquées dans la gestion des aires communautaires sont conscientes, que les actions du gouvernement seraient salutaires pour la restauration de la diversité biologique de la réserve. De Grand-Popo à Bopa, en passant par Athiémé, Lokossa et Kpomassè, les communautés attendent divers soutiens du pouvoir central pour continuer à mener des activités en cas d’interdiction d’accès à certaines zones de la réserve.
Exprimant ses attentes, Linha souhaite que le gouvernement soutienne la communauté par des aménagements au niveau du plan d’eau qui traverse la forêt de Naglanou, pour permettre aux animaux de s’abreuver, et faciliter la survie d’autres espèces faunique et floristique. Aussi, il fait remarquer que cette forêt manque de pistes et d’outils pour améliorer la surveillance.
Cet activiste de la conservation, à Athiémé, estime qu’il faut recruter et former des écogardes pour contribuer à la préservation des ressources. « Dans l’aire de conservation, il y a des frayeurs installées dans certaines zones pour la reproduction des ressources halieutiques. Nous en avons besoin un peu partout dans la réserve, pour que les communautés riveraines en bénéficient », dit Dossa pour l’aire de la Bouche du Roy. D’une zone à une autre, les besoins varient.
« L’exploitation des ressources de la réserve en soi n’est pas un problème. C’est le prélèvement non rationnel et pire, dans des zones interdites d’exploitation, qui constituent le véritable danger », a souligné Houessou.

Selon ce dernier, la protection des ressources n’est pas contre la population ; la préservation est pour le bien-être de ceux qui dépendent de cette réserve pour de nombreux services écosystémiques.
Pour que ces services soient profitables aux riverains, les différentes équipes de gestion des aires communautaires plaident pour qu’il y ait une prise de conscience, afin que les œuvres de restauration des écosystèmes de la réserve puissent porter ses fruits. Bada demande aux autorités nationales et internationales d’appuyer les actions en cours pour que les ressources puissent être conservées de façon pérenne. Car, il estime qu’une bonne gestion de la réserve contribue à l’atteinte des objectifs de développement durable. « Protégeons ensemble notre réserve pour notre survie, notre santé et nos activités socioéconomiques », dit Houessou.
Image de bannière : Un Sitatunga dans une aire de conservation dans la réserve de biosphère du Mono. Une image de l’Ong AMN avec leur aimable autorisation.
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