- La conférence mondiale sur les océans se tient du 16 au 18 juin 2026, à Mombasa, au Kenya, une première en Afrique.
- En prélude à cet événement, les Organisations de la société civile internationale ont élaboré la « Déclaration de Mombasa », comme un document de référence visant à garantir une meilleure protection des océans.
- Ledit document a été signé par 15 pays, le 17 juin 2026, sans pour autant avoir un statut contraignant pour les signataires.
La conférence mondiale sur la protection des océans se tient du 16 au 18 juin 2026, à Mombasa, au Kenya. Ce rendez-vous crucial pour l’avenir des océans, qui se tient pour la première fois sur le continent africain, revêt une importance capitale pour les Organisations de la société civile (OSC), réunies autour de la Coalition pour la transparence des pêches. Celles-ci sont engagées dans un plaidoyer auprès des États pour l’adoption de meilleures pratiques. Objectif : garantir un meilleur avenir des océans pour la lutte contre le réchauffement de la planète, en préservant les ressources halieutiques indispensables pour la survie des communautés côtières.
Un document stratégique, dénommé « Déclaration de Mombasa », est adopté le 17 juin 2026 par plusieurs pays : la Belgique, le Cameroun, le Chili, la République dominicaine, la France (au nom de ses territoires d’outre-mer), la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Libéria, le Panama, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Pérou, la République du Congo, la Somalie et la Corée du Sud. Ces nations s’engagent à renforcer la gouvernance des océans et à mener l’action mondiale, en matière de transparence, dans le secteur de la pêche.
L’ONG anglaise Environmental Justice Foundation (EJF), activement engagée dans la lutte contre la pêche illicite en Afrique, notamment dans les eaux ouest-africaines, a oeuvré à l’élaboration de ce document. Mongabay s’est entretenu à Dakar avec Bassirou Diarra, représentant de cette organisation au Sénégal, sur les attentes de la société civile en matière de lutte contre la pêche illicite, et les actions qu’appelle la Déclaration de Mombasa, pour garantir une meilleure protection des océans.

Mongabay : Que symbolise pour vous la tenue de la Conférence sur les océans en Afrique, pour la première fois ?
Bassirou Diarra : Les océans sont très importants pour l’Afrique, un grand continent d’environ 30 millions de kilomètres carrés. C’est l’un des plus grands continents couverts par des océans du nord au sud, de l’est à l’ouest. C’est donc un grand continent, où les populations sont vulnérables et vivent de la mer. La tenue de cette conférence en Afrique, pour la première fois, est donc un enjeu ; elle montre aussi que nous devons prendre en compte la question de la protection des océans. Parce que, comme vous le savez, les océans régulent le climat, la température et les ressources. Donc à travers le monde, les océans donnent aussi de l’oxygène que l’on prend. 50% de l’oxygène, que nous respirons ici et à travers le monde, sont produits dans les océans. Même si on ne le sait pas souvent, ce sont les océans qui sont les poumons, les grands poumons à travers le monde. Voilà pourquoi ça a été un grand challenge, et c’est une fierté pour l’Afrique de montrer, au reste du monde, que nous nous préoccupons de la santé de nos océans.
Mongabay : Quels sont les enjeux de cette conférence pour l’Afrique ?
Bassirou Diarra : Pour notre continent, les enjeux, comme je le dis, c’est la protection des ressources halieutiques, la pêche, la biodiversité, les aires marines protégées, mais aussi les communautés qui dépendent de ces ressources-là.
La lutte contre la pêche illicite est un enjeu extrêmement important, parce que les pertes sont énormes en Afrique de l’Ouest. Au Sénégal seulement, il a été évalué en 2017 que les pertes, dues à l’activité illicite, avoisinent presque 70 milliards francs CFA (123 millions USD). Dans la zone CSRP (Commission sous-régionale des pêches), c’est-à-dire la zone ouest-africaine allant de la Mauritanie à la Sierra Leone, c’est presque 2,5 millions USD. C’est beaucoup d’argent. Donc, tout ça, ce sont des pertes qui devaient servir l’économie de la zone région, donc les communautés de cette zone. Et ces pertes se sont envolées du fait de ce phénomène de pêche illicite.
À côté de la lutte contre la pêche illicite, il y a aussi la sécurité alimentaire pour les communautés, qui ne sont pas des communautés côtières, mais des communautés dans l’hinterland vivant de poisson transformé, de poisson séché, de poisson fumé, etc. Donc, là aussi, il y a une question de sécurité alimentaire qui se pose. Mais également, il y a globalement le problème de la biodiversité qui se pose. C’est-à-dire qu’il y a de plus en plus une perte de la biodiversité qui entraîne une perte de culture. Il est très peu probable que nos enfants aient une connaissance du Thiof [Mérou blanc (Epinephelus aeneus)] comme nous. Donc, il y a une perte en matière de culture culinaire et de pratique culturelle relativement à nos océans. Tous ces questionnements-là sont des défis que nous devons travailler à conserver pour nous et pour les générations futures.
Mongabay : Alors, comment le Sénégal a-t-il contribué à l’élaboration de la Déclaration de Mombasa ?
Bassirou Diarra : La Déclaration de Mombasa a été proposée par différentes ONG, dont Environmental Justice Foundation (EJF), la nôtre. Donc, ce sont des spécialistes, des experts en matière d’océan qui se sont réunis, qui ont dit que c’est la première fois que ça se passe en Afrique, qu’on veut donc vraiment proposer une déclaration. Le gouvernement du Sénégal et les experts que nous sommes, à savoir le bureau de EJF au Sénégal, ont œuvré, avec d’autres bureaux à travers le monde, comme Global Fishing Watch ou encore Coalition for Fisheries Transparency (CFT), à proposer ce document aux décideurs et aux ONG, pour qu’il y ait plus de transparence dans la gestion des pêches. Nous sommes très fiers d’avoir contribué à cette déclaration qui appelle les communautés et les décideurs à souffler, à mettre de la transparence dans la gestion des pêches.

Mongabay : Cette déclaration est-elle contraignante ?
Bassirou Diarra : C’est difficile parfois, on voulait la faire plus contraignante, mais ce n’est pas évident de mettre tout le monde d’accord sur certaines choses. Donc, on a dit que ça pourrait être une déclaration non contraignante, une convention, mais qui appelle les pays à signer et à s’engager. Il y a un certain nombre de points qui sont liés à la publication de la liste des navires et des bateaux de pêche, la lutte contre le pavillon de complaisance, la lutte contre le déficit d’informations. Et aussi l’immatriculation identique pour tous les bateaux. Donc, toutes ces questions-là, ce n’est pas facile, mais on a quand même pu ramener tout le monde à une déclaration non contraignante, à un engagement que les gens vont prendre d’eux-mêmes.
Mongabay : Quelles orientations avez-vous voulu donner à la prise des décisions au terme de cette conférence, en publiant cette déclaration ?
Bassirou Diarra : On voulait que les pays comprennent un peu ce que l’on veut qu’ils fassent, avant de venir à cette conférence, où des équipes d’EJF International sont présentes. Donc, on voudrait les préparer à venir là et à dire publiquement qu’ils sont d’accord à signer cette déclaration ou pas. On a fait sortir la déclaration avant la conférence pour que les gens se préparent, pour qu’on leur donne aussi l’attribut pour dire effectivement qu’ils sont prêts à s’engager. En tout cas, au Sénégal, les autorités nous ont assurés qu’elles vont faire une déclaration, pas ici, mais à Mombasa, pour dire qu’elles sont d’accord de signer.
Elles ont envoyé une lettre officielle. Il y a eu des engagés qui sont d’accord pour signer la Déclaration de Mombasa de manière officielle et publiquement. Je pense que c’est bien que l’autorité du Sénégal, qui est la ministre des Pêches, prenne la parole, et qu’elle le dise clairement sur la base de cette déclaration-là, comme l’a dit l’ancienne ministre qui était là. En tout cas, elle avait dit qu’elle était d’accord sur la Déclaration de Mombasa, avec ses techniciens. Si je dis le ministre, ce n’est pas seulement le ministre, c’est le directeur des Pêches, le secrétaire général, le directeur de cabinet. Tous nous ont aidés aussi à faire comprendre au ministre que c’est bien de signer la Déclaration de Mombasa, et de montrer que le Sénégal s’engage à apporter de la transparence dans la pêche.
Mongabay : Qu’est-ce qui est attendu de la société civile après la signature officielle du document ?
Bassirou Diarra : Après la signature du document, justement, il y a un certain nombre d’engagements. Si vous regardez bien, c’est la publication des listes. Maintenant, on attend que le Sénégal publie régulièrement. Si je dis publier, ce n’est pas publier cette année et attendre trois ans, non ! Donc, il y a une publication régulière. Et il y a aussi la lutte contre les transbordements, la transship. Il y a aussi la lutte contre les pavillons de complaisance. Il s’agit d’apporter plus de publications et de transparence dans la gestion des pêches. Que les femmes qui sont, par exemple, les communautés les plus fragiles soient intégrées dans les prises de décisions. Je pense que ce sont aussi des aspects sur lesquels les pays s’engagent. On attend qu’ils les appliquent effectivement dans la gestion quotidienne. C’est plus compliqué. Mais voilà ! Notre tâche, c’est aussi de faire le suivi.

Mongabay : Quels sont les instruments mis en place par le Sénégal pour lutter contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée ?
Bassirou Diarra : Les instruments que nous avons, c’est déjà, la charte mondiale pour la transparence sur la pêche. C’est un instrument international. On pense que si tous les pays du monde appliquent la charte de manière transparente, ça devrait améliorer beaucoup la gestion de la pêche, et lutter aussi contre la pêche illicite, parce que ce qui se passait sous la table va être connu. Et on va collecter les informations de manière transparente pour aider à la prise de décision. Il y a aussi un autre instrument qu’on appelle le Post-State Measure Agreement, qui signifie en français Accord sur les mesures du ressort de l’État du port (AMREP). C’est un instrument contraignant du FAO, qui commande que les pays qui ont des ports contrôlent leurs ports, parce que les ports sont des interfaces entre le milieu marin et le marché.
On demande aussi aux pays d’élaborer ce qu’on appelle les Plans d’action nationaux de lutte contre la pêche illicite. Le Plan d’action national de lutte contre la pêche illicite prend en compte son potentiel, ses capacités, ses vulnérabilités pour essayer de prendre en charge les questions illicites, etc. Il y a plusieurs instruments, mais voilà quelques-uns que nous recommandons pour que les pays prennent en charge la lutte contre la pêche illicite, dans leur zone.
Mongabay : Comment Environmental Justice Foundation (EJF) agit-elle dans la lutte contre l’INN et dans la protection des océans en Afrique de l’Ouest ?
Bassirou Diarra : Nous travaillons sur beaucoup de leviers. Nous travaillons avec le gouvernement du Sénégal et les communautés. Par exemple, nous avons une application sur le téléphone qu’on donne aux communautés, que ce soit à Saint-Louis, Ngaparou, Fass Boye, jusqu’à CapKiring. Et les pêcheurs, dès qu’ils voient une activité illicite, une incursion de bateau, ils font une photo à partir de cette application installée dans leur téléphone. Et la photo géo-référencée est transmise dans une base de données accessible aux autorités locales, mais aussi aux autorités nationales pour constater l’infraction. Donc, ça fait de la distraction, parce que les bateaux savent que dès qu’ils rentrent dans la zone, même les pêcheurs peuvent les photographier ; même si l’administration n’est pas là, ces photos vont lui parvenir par tous les moyens. Cette solution a permis de lutter contre la pêche illicite, et nous avons 15 sites pilotes et plus de 200 appareils configurés sur la côte sénégalaise.
Mongabay : Qu’est-ce que vous espérez comme résolutions au terme de la conférence dans le souci d’améliorer la protection des océans en Afrique ?
Bassirou Diarra : Nous espérons qu’il y ait le maximum de pays qui signent la déclaration. Déjà, la Gambie a été d’accord, il y a deux semaines. Le Sénégal, il y a un mois. Donc, d’autres pays sont en train de dire qu’ils sont d’accord. Le Ghana est un pionnier depuis longtemps. Nous voulons que le maximum de pays signe. Et après, on applique. Nous ferons tout pour que les pays qui s’engagent, amicalement, appliquent ces principes de la publication régulière, essayent de lutter contre le pavillon de complaisance, d’assurer un peu la numérotation unique. Nous sommes un peu dans cette perspective-là.
Image de bannière : Deux pêcheurs posent devant un grand poisson au milieu d’un bateau de pêche industrielle. Image fournie par Environmental Justice Foundation avec leur aimable autorisation.
L’Afrique mobilisée pour la transparence et la lutte contre la pêche illégale
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