- Une série de mesures prises par le gouvernement togolais a renforcé les conditions d’exploitation, de transport et de commercialisation du bois, dans l’objectif de lutter contre l’exploitation illégale et de mieux protéger les ressources forestières.
- Depuis la mise en œuvre de ces mesures, les marchés locaux font état d’une raréfaction du bois d’œuvre et d’une flambée des prix dépassant 20 % selon les essences et les catégories. Plusieurs acteurs attribuent cette hausse, non seulement à la réduction de l’offre, mais aussi à des phénomènes de spéculation, qui accentueraient la tension sur les prix.
- L’interprofession de la filière du bois qualifie de vitale cette décision, tout comme les Organisations de la société civile engagées dans la préservation de l’environnement qui demandent un accompagnement du gouvernement dans l’application de ces nouvelles mesures.
À Lomé, la capitale togolaise, que ce soit dans les scieries comme dans les dépôts de vente, les stocks de bois d’œuvre s’amenuisent, tandis que les prix connaissent une hausse marquée. Sur certains axes routiers reliant les zones de production du nord du pays aux marchés de la capitale, les camions chargés de bois se font également rares. En cause, une série de mesures prises, depuis octobre 2025, par le gouvernement togolais, visant à renforcer le contrôle de l’exploitation forestière, afin de mieux encadrer le secteur et de préserver les ressources forestières du pays.
Dans un communiqué en date du 16 octobre 2025, le ministère chargé des Ressources forestières a invité tous les détenteurs d’autorisations d’importation, de permis de coupe ou d’autorisations de transport de produits forestiers ligneux en cours de validité à déposer des copies certifiées conformes de leurs documents, auprès des directions préfectorales et régionales compétentes. Selon l’administration forestière, cette opération vise à renforcer la fiabilité de la base des données forestières nationale.
Pour le ministre de l’Environnement, des ressources forestières, de la protection côtière et du changement climatique, Professeur Komla Dodzi Kokoroko, cette démarche vise à « assurer une meilleure gestion et un suivi plus rigoureux des activités liées à la filière bois et à la protection des ressources naturelles au Togo ».
Au-delà de ce communiqué, le ministre a signé, quelques semaines plus tard, un nouvel arrêté fixant les modalités d’obtention des attestations, agréments, autorisations, permis et certificats dans le secteur forestier. L’objectif est de renforcer la régulation et la préservation des ressources naturelles.
Ce nouveau texte réglemente la coupe du bois au Togo. « La coupe du bois est strictement encadrée avec une autorisation préalable du ministre chargé des Ressources forestières. L’autorisation est délivrée sous vingt jours et précise sa durée de validité », précise l’arrêté publié et dont Mongabay a obtenu une copie.
Le texte prévoit également qu’aucune activité d’importation ou d’exportation de produits forestiers ne peut être exercée sans autorisation préalable. L’ouverture d’un dépôt ou d’une scierie à but lucratif est désormais soumise à un agrément comprenant notamment la géolocalisation précise du site concerné.

Freiner les coupes illégales de bois et protéger les essences forestières
Dans les zones d’exploitation du bois, les agents des Eaux et forêts, en application des nouvelles mesures, ont renforcé la surveillance et le contrôle des activités, empêchant les acteurs ne disposant pas d’autorisations formelles d’opérer.
« Maintenant, tout est devenu difficile. Avant, on exerçait l’activité sans un papier délivré par les autorités, que ce soit l’agrément ou les autorisations. S’il advenait que nous soyons interpellés, on paie des amendes raisonnables, et, pour la plupart, nos véhicules chargés de bois d’œuvre passaient, mais depuis l’arrêté du ministre en charge de l’Environnement, j’avoue que nous sommes nombreux à cesser nos activités pour défaut de papiers légaux », a dit Togbé Koffi, exploitant de bois, à Danyi Amégapé, dans l’ouest de la région des Plateaux, joint au téléphone par Mongabay.
De même, le transport des produits forestiers est désormais soumis à une double exigence : une autorisation et un permis de circulation. En outre, selon l’arrêté publié le 16 mars 2026, « la circulation du bois de chauffe et des produits dérivés (portes, bancs, cadres) requiert un laissez-passer délivré par la direction préfectorale du ministère chargé des Ressources forestières ».
Sur les routes, le contrôle des services de douanes est désormais strict. « Avant, les agents de contrôle ne comptabilisaient pour les taxes à payer que ce que nous indiquions sur les papiers, mais depuis l’arrêté réglementant la filière du bois, les ils procèdent au comptage systématique des bois chargés dans les camions, et appliquent les taxes fixées par les services compétents en la matière. Ce renforcement de contrôle agit sur le coût final du bois sur le marché », a dit à Mongabay un acteur du maillon importation de la filière du bois, qui a requis l’anonymat.
Par ailleurs, le renforcement du contrôle a permis de fermer les circuits informels. « Les réformes mises en place par le ministre concernent le resserrement des mécanismes de contrôle et la réorganisation des circuits d’exploitation et de commercialisation du bois. Les autorités ont procédé à la fermeture de plusieurs circuits ne respectant pas la réglementation forestière. Il s’agit des mesures destinées à freiner les coupes illégales de bois et à protéger les essences forestières menacées », a dit le Lieutenant-colonel Essodina Konzahou, inspecteur général de l’Environnement et des ressources forestières et du littoral. Il s’exprimait ainsi au cours d’une séance de sensibilisation initiée par le ministère en charge de l’Environnement, à l’endroit des acteurs de la filière, quelques jours après la publication de l’arrêté.

Entre rareté et spéculation des prix sur le marché
À Lomé, principal marché de destination du bois d’œuvre, extrait des régions des Plateaux et de la Centrale au nord de Lomé, ou encore importé du Ghana voisin, les prix ont connu une hausse avec les nouvelles réglementations. Aux dires des différents acteurs du secteur interrogés par Mongabay, certaines catégories de bois d’œuvre (Iroko, acajou, teck, kapokier, ébène, frake) ont connu une hausse de 20 à 50 % auprès des détaillants, selon les essences et les catégories.
« Le bois est devenu cher et se fait rare. Ce matin, je reviens encore du point de vente, où je paie et travaille le bois ; je n’ai pas trouvé le nombre voulu, pour la simple raison que le ministère a pris un arrêté, qui rend difficile la circulation du bois. Sinon avant, au moins, le bois est livré deux fois par semaine ici. Maintenant, c’est difficilement qu’un camion décharge du bois toutes les deux ou trois semaines », a dit Atsu Kossiga, menuisier installé à Sagbado dans la banlieue nord-ouest de Lomé.
Ce menuisier de la quarantaine précise à Mongabay, que les prix du bois ont fortement augmenté dans cette banlieue, où il s’approvisionne.
« Le bois de type chevron d’Iroko, que nous achetions, par exemple, à 4 200 francs CFA [environ 7,3 USD] est subitement vendu à 5 500 francs CFA [9,6 USD]. Les planches de type bois blanc sont passées de 7 000 francs CFA [12,2 USD] à 10 000 francs CFA [17,4 USD]. Le bois dur planche Iroko est aujourd’hui vendu à 13 500 francs CFA [23,5 USD], contre 10 000 francs FCFA [15,7 à 17,4 USD] avant la restriction. Celui de l’Acajou est passé de 11500 francs CFA [20,2 USD] à 16 000 francs CFA [28,2 USD]. Les planches d’Iroko de catégorie 20 plein, que nous achetions à 15 000 francs CFA [26,1 USD], atteignent aujourd’hui 20 000 francs CFA [34,8 USD]. La planche de bois dur (Iroko) dite double, passe de 25 000 francs CFA [43,5 USD] à 30 000 francs CFA [52,2 USD]. Tous les types de bois ont connu une hausse, et nous ne savons pas jusqu’à quand cela va durer », a dit Kossiga à Mongabay.
Interrogé par Mongabay, le Conseil interprofessionnel de régulation et de promotion des essences forestières (CIRPEF) soutient que la hausse réelle des prix constatée sur le marché ne serait que d’environ 500 à 1 000 francs CFA [soit 0,88 à 1,77 USD], et que les prix pratiqués sont de la spéculation.
« Le prix actuel est un prix raisonnable et la hausse n’est pas aussi importante. Elle est liée aux taxes imposées à l’importation du bois. Ce sont les menuisiers et les responsables des unités de vente, qui s’arrangent pour entretenir la spéculation », a dit David Adangba, président du CIRPEF, section préfecture de Wawa, située dans la région des Plateaux, à environ 243 kilomètres au nord-ouest de Lomé, et secrétaire général de l’Association nationale des exploitants et importateurs de bois au Togo (ANEIBT).

Une décision « vitale »
Si la hausse du prix du bois d’œuvre est réelle tout comme la rareté, les Organisations de la société civile (OSC) estiment que l’arrêté réglementant l’exploitation et la commercialisation du bois, dans le pays, contribuera à freiner la déforestation.
« Face à l’ampleur croissante du déboisement, cette décision arrive à point nommé. Elle devrait contribuer à réduire la pression sur les ressources forestières et favoriser la préservation des écosystèmes, ainsi que de la biodiversité. Il faut que chacun contribue à la bonne application de cette mesure, et il faut surtout planter et entretenir les arbres », a dit Germain Assih, président du Conseil d’administration du Réseau des organisations de la société civile sur le climat et l’environnement au Togo (ROSCCET).
Pour le CIRPEF, cette décision du ministère en charge des Forêts est vitale pour les forêts et pour l’humanité.
« Si beaucoup parlent de pénurie, nous parlons pour notre part d’un retour à la normale, parce que les gens coupaient en désordre et décimaient nos forêts, ce qui créait, en plus des importations, une abondance du bois sur le marché, et on était obligé de revoir les prix à la baisse. Parfois, le bois se dégradait dans nos dépôts sans qu’on ne puisse les vendre », a dit Adangba.
«Dans ce contexte, la décision du ministre est vitale pour chacun de nous, parce qu’elle concourt à la préservation de nos forêts, à une gestion rationnelle des essences forestières en disparition et contribue ainsi au bien-être des populations, si l’on considère les impacts positifs des arbres sur l’économie et la survie humaine », a-t-il précisé.
Pour l’interprofession, cette décision a permis de réduire le désordre sur le marché, causé par des acteurs non affiliés au CIRPEF.
Ce dernier plaide pour une réduction des taxes sur les bois importés, afin d’inciter la réduction de la coupe du bois sur le territoire national. En attendant, l’Interprofession poursuit ses efforts en faveur de la politique nationale de reboisement. De fait, les statistiques fournies à Mongabay montrent qu’entre 2022 et 2025, le CIRPEF a contribué au reboisement de 173 hectares, avec la plantation de 345 595 arbres, participant ainsi aux efforts nationaux de restauration du couvert forestier.
Image de bannière : Du bois stocké dans une unité de vente à Sagbado dans la banlieue nord-ouest de Loméau Togo. Image de Charles Kolou.
Podcast Planète Mongabay #9 Déforestation : les forêts africaines sous pression
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