- Alors que le monde passe progressivement des énergies fossiles aux énergies vertes, un nombre croissant d’investisseurs se tourne vers l’Afrique, afin de sécuriser l’accès aux minerais critiques nécessaires à cette transition.
- Le président kényan, William Ruto, a appelé à un nouveau modèle économique capable de développer des chaînes de valeurs industrielles en Afrique et d’éviter de répéter les erreurs extractivistes du passé.
- Alors que plusieurs pays africains renforcent leurs législations minières et négocient de nouveaux accords avec des investisseurs étrangers, des organisations de la société civile et des chercheurs avertissent que la ruée mondiale vers les minerais critiques africains risque de reproduire des modèles extractifs ayant historiquement alimenté la destruction de l’environnement, les déplacements de populations, les inégalités et de faibles retombées économiques locales.
- Des pays au passé controversé en matière d’exploitation des ressources naturelles en Afrique, comme la France, reconnaissent de plus en plus que les minerais critiques et les terres rares devraient être transformés localement sur le continent.
Le président kényan, William Ruto, a appelé à un nouveau modèle économique pour la transition verte de l’Afrique, avertissant que le continent ne doit pas répéter le schéma historique consistant à exporter des matières premières sans transformation locale.
S’exprimant lors du sommet France–Afrique Forward tenu à Nairobi, Ruto a déclaré que les importantes réserves africaines de minerais critiques — essentiels à l’économie mondiale des énergies propres — doivent être développées de manière à bénéficier directement aux Africains.
« Nous ne pouvons pas accepter un avenir dans lequel l’Afrique se contente d’exporter des minerais verts bruts pendant que la transformation industrielle, la fabrication avancée et l’innovation technologique se déroulent ailleurs. Ce modèle appartient au passé », a déclaré Ruto aux délégués.
« L’industrialisation verte offre à notre continent une opportunité, non seulement de contribuer de manière significative aux solutions climatiques mondiales, mais aussi de créer des emplois, d’élargir les capacités industrielles, de renforcer les exportations, d’approfondir les chaînes de valeurs régionales et d’accélérer la transformation économique structurelle ».

L’Afrique détient plus de 30 % des minerais critiques verts du monde, notamment le cobalt, le lithium, le manganèse et les terres rares indispensables à la fabrication des batteries, des éoliennes et des panneaux solaires, selon la Stratégie africaine sur les minerais verts. Alors que le monde passe des combustibles fossiles aux énergies renouvelables, les experts estiment que la demande va fortement augmenter. Des estimations de l’Union africaine montrent que la demande pour ces minerais devrait doubler d’ici à 2040.
Le sommet de Nairobi, coorganisé par les gouvernements français et kényan, du 11 au 12 mai dernier, a réuni des dirigeants, des investisseurs et des experts des politiques climatiques d’Europe et d’Afrique.
Ruto a souligné que l’Afrique possède l’un des plus grands potentiels en énergies renouvelables au monde, allant de la géothermie à d’immenses possibilités dans le solaire, l’éolien, l’hydroélectricité et l’hydrogène vert. Il a ainsi appelé l’Afrique à jouer un rôle moteur dans la future transition énergétique.
« L’Afrique a une opportunité historique, non seulement de participer à la transition énergétique mondiale, mais aussi d’aider à la diriger », a-t-il affirmé.
« L’Afrique doit devenir un pôle industriel mondialement compétitif, alimenté par une énergie propre, des infrastructures modernes, l’innovation et des partenariats d’investissement stratégiques ».

Ruée vers les minerais critiques africains
Les compagnies minières étrangères se précipitent pour acquérir des licences et investir dans des activités d’exploration en Afrique, selon une étude de 2024 intitulée « The Race for Critical Minerals in Africa : A Blessing or Another Resource Curse? ». Les auteurs de cette étude, publiée dans la revue Science Direct, soutiennent que la ruée vers le lithium, par exemple, sert principalement les intérêts géostratégiques et économiques des pays occidentaux et de la Chine, tout en laissant derrière elle des impacts socioécologiques, notamment la perte de la biodiversité, le déplacement des communautés et l’émergence de nouvelles formes d’illégalité dans le secteur extractif.
Un récent accord sur les minerais critiques entre la République démocratique du Congo (RDC) et les États-Unis a également été critiqué par des organisations de la société civile.
« C’est une course aux minerais à n’importe quel prix », a déclaré Jean-Claude Mputu, porte-parole de la coalition d’organisations de la société civile Le Congo n’est pas à vendre, à Mongabay, au début de cette année.
« Dans cette course, les États africains et tous les pays qui possèdent des minerais sont les grands perdants, car aucune promesse n’a été faite en matière de droits humains. Aucune. Les droits humains, la justice et la protection de l’environnement sont les principaux angles morts de ces accords », a ajouté Mputu.
La RDC possède environ 24 000 milliards USD de réserves minières inexploitées, ce qui en fait l’un des pays les plus riches du monde en ressources naturelles. Environ 70 % du cobalt utilisé dans les véhicules électriques et les smartphones provient de la RDC.
Un reportage de Mongabay, publié en 2023, a montré comment la ruée vers les minerais nécessaires à la transition énergétique risque de reproduire des modèles extractivismes nuisibles en Afrique. Citant une enquête de Global Witness sur des projets miniers liés au lithium au Zimbabwe, en RDC et en Namibie, le reportage montrait que le secteur reproduit le même modèle extractif ayant appauvri les pays africains pendant des siècles.
Ces dernières années, la Russie est également devenue un nouvel acteur du secteur minier en Afrique. Publié en 2023 par le Carnegie Endowment for International Peace, un article indiquait qu’un groupe, lié à la Russie, fournissant un soutien sécuritaire au gouvernement centrafricain, avait aussi obtenu l’accès à des actifs miniers lucratifs.

Durcissement des législations minières
Face à l’intérêt croissant des investisseurs pour le secteur minier et aux inquiétudes grandissantes concernant les impacts environnementaux, les appels se multiplient pour moderniser les législations minières, afin de préserver la confiance des investisseurs tout en garantissant des bénéfices concrets pour les économies locales.
Le Ghana, premier producteur d’or en Afrique, a révisé ses lois minières. Madagascar figure également parmi les derniers pays à avoir modifié sa législation minière. Des reportages de DSW indiquent aussi que le Mali, la RDC et la Tanzanie ont introduit des changements dans leurs politiques relatives aux minerais critiques.
Des partenariats en mutation ?
La France reste l’un des pays européens ayant les liens historiques les plus profonds avec l’Afrique. Près de deux douzaines de pays africains ont été colonisés par la France, et cette relation a souvent été marquée par des tensions, notamment autour de l’extraction et de la gestion des ressources naturelles.

Mais le gouvernement français actuel estime que cette relation est en train d’évoluer. Dans un entretien accordé à The Africa Report avant le sommet France–Afrique Forward, le président français, Emmanuel Macron, a affirmé que la France ne devrait plus être perçue à travers le prisme des anciennes relations extractives.
« Les Européens l’ont peut-être été autrefois. Mais ils ne le sont plus aujourd’hui », a déclaré Macron à The Africa Report.
Il a reconnu que si la France a besoin de minerais critiques et de terres rares, elle comprend également que les pays africains souhaitent extraire et transformer ces ressources localement.
Cette position a également été soutenue par un groupe d’experts de Brookings dans un article publié en janvier 2026, affirmant que « la course aux minerais critiques représente une opportunité unique de promouvoir l’Afrique comme un partenaire fiable pour les pays ayant besoin de ces ressources ».
« Les erreurs du passé liées à l’extraction des ressources sans développement durable, aux accords opaques et aux occasions manquées ne doivent pas se répéter », d’après le groupe d’expert.
Image de bannière : Le président kényan William Ruto lors d’un événement organisé dans le cadre du récent sommet France-Afrique Forward à Nairobi. Image publiée avec l’aimable autorisation de la Présidence du Kenya.
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