- La République démocratique du Congo (RDC) enregistre, en mai 2026, 31 nouvelles Concessions forestières de communautés locales (CFCL) attribuées aux paysans de la province de Tshopo.
- Ces forêts communautaires portent à 6,2 millions d’hectares le nombre de forêts sécurisées contre l’accaparement des terres et les projets miniers.
- Le peuple autochtone Mbuti (Twa) est engagé en même temps que des Bantu dans neuf CFCL, encourageant ainsi la cohésion sociale selon les défenseurs de l’environnement.
La foresterie communautaire réalise une percée avec l’attribution, le 14 mai 2026, de 31 titres fonciers perpétuels aux paysans dans la province de Tshopo, en RDC. Ces CFCL, encadrées par un consortium d’ONG conduit par Tropenbos RDC, une ONG locale spécialisée dans la protection de l’environnement, passent ainsi à 45 au total et couvrent 1,2 millions d’hectares juridiquement sécurisés dans la province.
« Les forêts communautaires sont menacées et pillées par l’exploitation minière, forestière et agricole au profit des élites, des personnes et autres compagnies étrangères, s’appropriant plus ou moins légalement de vastes espaces. Parallèlement, l’extrême pauvreté gagne du terrain chez les peuples autochtones et les communautés locales, dont la forêt est davantage l’habitat qu’une source de biens et services vitaux », explique Alphonse Maindo, directeur de Tropenbos RDC.
L’événement est célébré à Kisangani en présence des autorités provinciales dont le gouverneur de province, Paulin Lendongolia, et les représentants des ONG engagées dans le projet « Sécurisation Foncière et des Moyens d’Existence des Peuples Autochtones et Communautés locales (SEFOMEPAC) », financé par Tenure Facility. Basée à Stockholm en Suède, cette organisation internationale est spécialisée dans l’appui financier aux terres et aux droits des peuples autochtones. Ce projet, confie Maindo, est à la hauteur des urgences foncières ressenties.

La Tshopo connaît une déforestation croissante, entraînée à la fois par la coupe de bois d’œuvre et de charbon de bois, ainsi que l’exploitation minière. D’après Global Forest Watch, cette province a perdu environ 910 000 hectares de forêts primaires humides, ce qui représente 46% de sa perte totale de la couverture arborée, entre 2002 et 2025. La superficie totale de forêts primaires humides, quant à elle, a diminué de 5 % au cours de cette période. L’année 2024 atteint, en outre, le pic (63,000 hectares) de perte de couverture forestière, selon la même source.
Ces dégradations, selon Maindo, déstabilisent l’habitat et le mode alimentaire des peuples autochtones, reconnus comme d’importants gestionnaires des forêts.
Pour les autorités provinciales, ces titres constituent avant tout un outil de sécurisation foncière.
« Ils protègent les espaces contre les spoliations par des exploitants qui ne reconnaissent pas les droits coutumiers », explique le gouverneur de la Tshopo, Paulin Lendongolia lors de la Conférence des gouverneurs de la RDC, en mai 2026.
Une superficie un peu plus grande que le Togo
D’après la base de données de la foresterie communautaire en RDC, en 2025, ce pays comptait 236 CFCL dûment attribuées et 91 en cours de validation. Toutes constituent une superficie de 6 274 664 ha (2,67 % de la superficie de la RDC, soit à peu près comme le Togo) avec le pic de 56 CFCL validées en 2023, dont 20 dans la province du Haut-Katanga.
Reconnue par la loi, le Code forestier congolais et le décret de 2014 notamment, la foresterie communautaire apporte la garantie de non-expropriation foncière par des industriels ou des tiers. Sauf avec consentement libre et préalablement éclairé des communautés détentrices des titres fonciers dûment attribués par les autorités compétentes.

Dans la Tshopo, les CFCL engagent BaMbuti et Bantu au sein des mêmes projets de conservation et agricoles. Parmi elles, neuf engagent à la fois les Bantu et les Mbuti, un peuple autochtone de l’Afrique centrale vivant dans la forêt, appelé également Twa (BaTwa au pluriel en langues locales) dans le sud-est.
« Nous souhaitons avoir BaMbuti et Bantu présents à la réception des titres le 14 mai », a indiqué, à Mongabay, Nathalie Longonya, coordonnatrice de communication à Tropenbos RDC, au cours d’un entretien par vidéoconférence.
Selon Longonya, parmi les projets impliquant les Mbuti et localisés dans le secteur de Bimili dans le territoire de Bafwasende, chaque entité a choisi des projets qu’elle espère embrasser durant la phase de développement, après l’attribution des titres fonciers.
« Des Mbuti ont souhaité se lancer dans l’apiculture. D’autres, comme les Bantu qui cohabitent avec eux dans les mêmes villages, ont choisi de se lancer dans la culture du cacao », explique Longonya.
L’appui aux communautés qui « consacrent 70% de la superficie des CFCL à la conservation » revient à soutenir l’agenda 30×30, un objectif mondial visant à protéger et conserver au moins 30 % des terres, des eaux douces et des océans de la planète d’ici 2030, espèrent les sources. L’objectif a été adopté dans le cadre du Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal en 2022.
L’objectif, insiste cette même source, est de renforcer la cohabitation entre les deux peuples, les Mbuti étant encore marginalisés. Ces conflits portent notamment sur la propriété foncière, les territoires étant souvent revendiqués par des Bantu.

« Il est ressorti que les Bantu ont reconnu des droits forestiers et fonciers aux peuples autochtones Mbuti. Le consentement libre informé et préalable est un principe clé dans toutes nos interventions. Nous avions ainsi voulu obtenir des CFCL propres aux peuples autochtones, mais ces derniers ont eux-mêmes fait le choix stratégique de mettre leurs forêts et celles des Bantu ensemble pour ces CFCL mixtes. La foresterie communautaire permet ainsi de renforcer la cohésion sociale, l’inclusion et de réduire la stigmatisation et les conflits ou tensions sociales », explique Maindo.
Peuples autochtones Mbuti (Twa) et Bantu pour des CFCL communes
Pour garantir la mixité, et prévenir des tensions dans la gestion de ces forêts, explique Maindo, les communautés ont établi des règles de gestion de leurs terres garantissant l’équité, l’inclusion, la solidarité, l’égale participation et la représentativité dans tous les organes des CFCL.
« C’est pourquoi [des peuples autochtones,ndlr], des femmes, des jeunes et autres groupes marginalisés sont élus à des postes de responsabilité dans les organes de gestion, où ils ne font pas de la figuration, mais participent aux décisions sur la CFCL et bénéficient des activités spécifiques », explique Maindo.
La gouvernance locale des CFCL intègre en outre 31 % de femmes et accorde une place croissante aux peuples autochtones, notamment dans les territoires de Bafwasende. Cette inclusion des femmes dans la gestion forestière en Tshopo connaît des avancées encore limitées, selon Kakule Thavugha, expert en foresterie communautaire, joint au téléphone par Mongabay.
Un rapport de la Banque mondiale de 2026 met en lumière les inégalités d’accès au foncier dans la région, avec une prévalence de 70 % pour les populations rurales, en majorité des femmes. En 2017, selon Tropenbos RDC, des études sur la gestion des ressources naturelles dans l’ex-province orientale ont confirmé la précarité des droits fonciers féminins, souvent dépendants du statut marital.

Des terres sécurisées, des projets sans financement
Dans ce contexte, les projets de foresterie communautaire suscitent des espoirs pour réduire la précarité et les inégalités économiques. Mais, comme l’a montré Mongabay dans un reportage sur les CFCL au Katanga, la fin des financements marquant la phase d’acquisition des permis fonciers, consacrant la naissance légale des CFCL, n’est souvent pas suivi de démarrage des projets consignés dans les Plans simples de gestion accompagnant les dossiers administratifs des CFCL.
Il manque, en effet, des financements pour des populations généralement démunies.
Selon Maindo, en renforçant les instruments juridiques nationaux et en procédant par des investissements fiables en faveur des économies forestières durables, il y a moyen de réduire la dégradation forestière, dont la cause principale est la pauvreté. Il note, par exemple, que les modèles classiques de conservation de la biodiversité ne parviennent pas à « enrayer la mécanique infernale de perte de la biodiversité et de la protection des droits humains des populations forestières ».
Trésor Wayitsomaya a contribué a ce reportage.
Image de bannière: Planter des acacias, Yangambi, RD Congo. Image de Axel Fassio/CIFOR via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0).