- La situation des communautés autochtones dans la province du Sud-Kivu s’est fortement dégradée au cours des mois de mars et avril 2026.
- Au moins six personnes ont été tuées dans la région, dont cinq femmes, après avoir subi des violences sexuelles.
- Le conflit armé a engendré une crise alimentaire, poussant les Batwa à la recherche de nouvelles terres agricoles.
- La société civile plaide en faveur d’une réponse humanitaire d’urgence au profit des Batwa, devenus des « victimes invisibles » du conflit à l’est de la République démocratique du Congo.
Le 6 mars 2026, des hommes armés ont tué au moins six personnes à Kalehe, dans la province du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Parmi les victimes, figurent cinq femmes et un homme âgé entre 17 et 50 ans. Le rapport, publié en avril 2026, par l’ONG Congo basin conservation society (CBCS), et consulté par Mongabay, souligne que toutes les victimes sont des membres de l’ethnie Batwa, un peuple autochtone, que l’on retrouve majoritairement à l’est de la RDC.
L’identité des hommes armés n’est pas précisée dans le rapport, alors que la région est en proie, depuis 2021, à d’intenses combats opposant les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et leurs alliés Wazalendo aux rebelles du M23, pour le contrôle du territoire et de ses ressources naturelles.
Selon Faustin Byakongo, un leader de la communauté Batwa de Kalehe, joint au téléphone par Mongabay, ce sont les Wazalendo, alliés des FARDC, qui ont perpétré les tueries du 6 mars 2026, contre les membres de la communauté Batwa. Il précise que ces hommes armés appartenaient à l’ethnie Batwa, et se sont engagés aux côtés de l’armée congolaise dans la guerre contre le M23.
« Un membre de la communauté Batwa a été recruté par les Wazalendo, pour mobiliser beaucoup d’autres jeunes. Ils ont évolué et ont commencé à faire des maltraitances dans la communauté, par des agressions, des tueries, le pillage des maisons », raconte Byakongo, également coordonnateur de l’Initiative pour le développement des peuples autochtones pygmées en milieu rural (IDPMR).

Cette organisation locale œuvre notamment dans la sensibilisation sur la santé de la reproduction des femmes et l’accompagnement psychosocial des Batwa, dans le Sud-Kivu.
Byankongo affirme que ce même groupe est allé à Mubugu, en territoire de Kalehe, en mars 2026, et s’en est pris aux jeunes ayant refusé d’adhérer à leur mouvement, provoquant la mort d’un jeune, de deux femmes et blessant d’autres membres de la communauté.
Il dit aussi que les rebelles du M23 ont violé trois filles et incendié des maisons, à Mubugu, en mars 2026.
« Victimes invisibles » du conflit doublement marginalisées
L’ONG CBCS dénonce, dans son rapport, les attaques subies par les Batwa, devenus, selon elle, des « victimes invisibles d’un conflit prolongé, pris en étau entre les violences armées, l’insécurité alimentaire et les conflits d’usage des terres ».
Pour sa part, Minority Right Group (MRG, sigle en anglais), une ONG internationale plaidant pour les droits des peuples autochtones en Afrique, a condamné l’assassinat barbare des Batwa, dans un communiqué publié en mars dernier sur son site internet.
Samuel Ade Ndasi, responsable chargé du Plaidoyer et contentieux à l’Union africaine pour cette ONG, déplore que les activités d’extraction minières illégales, menées par les groupes armés et les multinationales en RDC, contraignent toujours ces communautés autochtones à quitter leurs terres, par peur d’être tuées.
« Ces violences, qui se traduisent par le délogement des peuples autochtones de leurs terres, signifient qu’elles ne peuvent plus surveiller, ni signaler les activités (minières) illégales sur leurs territoires », dit-il à Mongabay, par courriel.
Ces massacres surviennent dans un contexte de marginalisation systémique des membres de la communauté autochtone Batwa, en particulier dans la zone autour du Parc national de Kahuzi-Biega, où ils subissent régulièrement des violences, des discriminations et des déplacements forcés. Face à l’insécurité persistante, les familles n’ont d’autre choix que de fuir leurs habitations, abandonnant leurs terres et leurs biens.
La majorité trouve refuge dans des zones jugées plus sûres, mais souvent dépourvues d’infrastructures d’accueil. Dans leur quête de subsistance, certaines familles se sont installées sur les champs expérimentaux de l’Institut national pour l’étude et la recherche agronomiques (INERA), une entité rattachée au ministère congolais de l’Enseignement supérieur, à Mulungu, au Sud-Kivu, indique l’ONG CBCS.
« Nous sommes négligés sur la question de la terre. Nous sommes les premiers occupants comme ils disent souvent, mais on est toujours délogés. On demeure des nomades. On a besoin de la terre, de l’appui social, des connaissances pour pouvoir développer notre communauté », souligne Byakongo.

Selon Ndasi, l’escalade des violences à l’est de la RDC a favorisé l’exploitation forestière illégale et la destruction des habitations et abris des peuples autochtones, leurs lieux sacrés pour leurs pratiques culturelles, appauvrissant la riche faune et flore de ces forêts.
« Les communautés autochtones vivant dans les zones de conflit se trouvent actuellement dans une situation de vulnérabilité particulière, en raison des déplacements répétés et prolongés, des difficultés d’accès à l’aide humanitaire et de leur situation préexistante de profonde marginalisation ».
Les ONG exhortent les belligérants au respect des normes internationales relatives aux droits humains, notamment dans les zones, qu’ils ont conquises ou qu’ils contrôlent, en veillant à la protection des droits de tous. Elles préconisent d’organiser une réponse humanitaire d’urgence, en déployant immédiatement une assistance multisectorielle (vivres, kits d’hygiène, soins obstétricaux) spécifiquement adaptée aux besoins des déplacés Batwa. Elles demandent surtout de renforcer la sécurisation foncière en application effective de la loi portant protection et promotion des droits des peuples autochtones, pour garantir leur accès aux ressources, sans crainte d’expulsion.
Image de bannière : Une femme Batwa à l’entrée de son habitation. Image de Owobusingye via Wikimedia Commons (CC BY 4.0).
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