- Dans la station de l’Institut national pour l’étude et la recherche agronomique à Mvuazi, dans le territoire de Mbanza-Ngungu, dans la province du Kongo central en République démocratique du Congo, des variétés améliorées de manioc, de patate douce et des légumineuses sont déjà utilisées par des agriculteurs avec des rendements pouvant atteindre 10 à 15 tonnes à l’hectare en conditions réelles et jusqu’à 45 tonnes en station.
- Conçues pour résister aux maladies, aux ravageurs et aux aléas climatiques, certaines variétés comme Ilona et Kansakako montrent une meilleure adaptation à la sécheresse et aux variations de pluies, dans un contexte de changement climatique en République démocratique du Congo.
- Malgré ces résultats, l’adoption reste limitée dans certaines zones, en raison de difficultés d’accès aux semences et du manque de vulgarisation auprès des agriculteurs.
« Depuis que j’utilise les variétés améliorées, je ne peux revenir aux anciennes », confie Hélène Sonda dit Ma Hélé, agricultrice à Mvuazi, qui souligne notamment l’augmentation des rendements.
Dans cette localité sise au Kongo central, dans le territoire de Mbanza-ngungu, en République démocratique du Congo (RDC), les variétés améliorées de manioc comme Ilona ou Kansakako, des patates douces comme Matumbalele ou Mugande, et des légumineuses ne sont pas seulement testées en laboratoire ; elles sont déjà utilisées dans les champs, où elles montrent des résultats concrets.
Selon Tevo Ndomateso, chercheur et chef ad intérim au Programme national de manioc à l’Institut national pour l’étude et la recherche agronomique (INERA), les rendements observés en milieu réel varient entre 10 à 15 tonnes à l’hectare, contre 30 à 45 tonnes en conditions contrôlées au sein de la station. Un écart qui s’explique notamment par le suivi technique plus rigoureux en environnement de recherche, alors que les pratiques agricoles restent parfois moins encadrées sur le terrain.
Parmi les variétés les plus adoptées, figure Ilona, un manioc apprécié pour son rendement et sa capacité d’adaptation. Sonda, agricultrice à Mvuazi, souligne une nette amélioration de sa production avec Ilona.

Même constat chez Antoine Nketiwadio, agriculteur, pour qui ces variétés représentent un avantage concret. « Ce sont des variétés sélectionnées avec un meilleur rendement, et elles ne pourrissent pas sous terre comme certaines variétés locales », explique-t-il.
Du côté des patates douces, les variétés comme Mugande, à chair blanche et peau rouge, se distinguent par leur cycle court, permettant des récoltes plus rapides. D’autres comme Matumbalele, à chair orange, ont été développées pour leur richesse en bêta carotène, un élément important dans la lutte contre la malnutrition.
Au-delà des rendements, ces variétés améliorées sont également conçues pour répondre aux effets du changement climatique, qui perturbent de plus en plus les cycles agricoles en RDC.
Selon le chercheur Ndomateso, certaines variétés comme Ilona présentent une bonne résistance à la sécheresse et une capacité d’adaptation à des conditions climatiques variables. D’autres ont été sélectionnées pour leur tolérance à des maladies fréquentes, notamment la mosaïque du manioc, la bactériose ou encore l’anthracnose.
Pour Glory Matondo, ingénieur agronome phytotechnicien indépendant et superviseur du projet ADBA PAM dans le territoire de Madimba, au Kongo central, ces caractéristiques font de ces variétés « une véritable option d’adaptation au changement climatique ». Il souligne également leur résistance à certains ravageurs, comme l’acarien vert ou les cochenilles, qui affectent régulièrement les cultures.

Les légumineuses comme les haricots, le niébé, l’arachide ou encore le soja ne sont pas en reste. À la station de l’INERA de Mvuazi, leur développement suit un processus rigoureux, incluant des essais participatifs impliquant producteurs et commerçants, afin de mieux sélectionner les variétés les mieux adaptées aux réalités locales. Cette collaboration a permis de développer une nouvelle variété d’oignons adaptée à la culture en contre saison, appelée « variété pluviale » à cause de sa capacité à croître en saison pluvieuse, contrairement à d’autres variétés dites locales, indique Cathérine Betezi, ingénieure agronome au Programme de légumineuse à l’INERA Mvuazi.
Cependant, malgré ces avancées, les performances de ces cultures restent fortement dépendantes des conditions environnementales. En cas de sécheresse prolongée, d’inondations ou de prolifération de ravageurs, même les variétés améliorées peuvent atteindre leurs limites, rappelant que l’adaptation agricole repose sur un ensemble de facteurs, au-delà du seul choix des semences.
Un processus scientifique long, ancré dans les réalités du terrain
Derrière ces résultats, le développement des variétés améliorées repose sur un processus rigoureux pouvant s’étendre sur plusieurs années. A la station de l’INERA Mvuazi, la mise au point d’une nouvelle variété peut prendre jusqu’à cinq à sept ans, depuis les premières phases de croisement jusqu’à sa validation finale. D’ailleurs, le développement de ces variétés testées par des chercheurs pour répondre aux défis du changement climatique ont commencé depuis les années 1960.
Une particularité de ce processus réside dans l’implication directe des agriculteurs. À différentes étapes, les essais participatifs sont organisés, réunissant producteurs et commerçants, qui évaluent les variétés selon leurs propres critères, entre autres, leur rendement, goût ou capacité de conservation.
Cette approche permet d’adapter les innovations scientifiques aux réalités du terrain, tout en favorisant leur acceptation par les communautés locales.

Une diffusion encore limitée
Malgré leurs performances, les variétés améliorées peinent encore à atteindre l’ensemble des agriculteurs. À cause d’un système de diffusion qui reste fragmenté.
À l’INERA Mvuazi, les chercheurs développent et testent les variétés, mais leur vulgarisation dépend d’autres structures, créant de disparité entre zones.
Une enquête, menée en 2018, par le chercheur Tevo Ndomateso dans cinq provinces du pays (Equateur, Kongo central, Kasaï oriental, Bandundu et Kinshasa/maluku), a révélé que sur 146 champs étudiés, aucune variété améliorée n’avait été identifiée, les agriculteurs continuant à utiliser des variétés locales.
L’éloignement géographique, le manque d’information et l’accès limité aux semences constituent autant d’obstacles à leur adoption.
Pour ces chercheurs et experts, les variétés améliorées représentent une réponse concrète aux défis posés par le changement climatique. Mais leur impact à grande échelle dépendra de leur diffusion et de leur adoption effective par les agriculteurs.
Contacté par Mongabay, un responsable du ministère de l’Agriculture a indiqué que toute prise de parole nécessite une autorisation préalable.
Dans un contexte marqué par la sécheresse, les inondations et la prolifération des ravageurs, ces innovations apparaissent comme une partie de la solution, sans pour autant suffire à elles seules.

À l’INERA Mvuazi, les variétés améliorées témoignent des avancées de la recherche agricole en RDC. Sur le terrain, leurs effets sont déjà visibles pour certains agriculteurs, mais ces progrès restent inégalement répartis.
Face aux effets du changement climatique, l’enjeu ne réside plus seulement dans le développement de variétés performantes, mais dans leur accès pour le plus grand nombre.
Alors que les effets du changement climatique continuent de perturber les cycles agricoles en RDC, ces variétés améliorées illustrent le potentiel de la recherche agronomique face aux défis de la sécurité alimentaire. Mais pour plusieurs chercheurs et agriculteurs rencontrés à l’INERA, leur efficacité dépendra surtout de leur diffusion à plus grande échelle, dans un pays où de nombreux producteurs restent encore éloignés des innovations agricoles.
Image de bannière : Ilona, une variété améliorée de manioc à maturité en 12 mois. Image de Yanne Mbiyavanga pour Mongabay.
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