- Ademola Ajagbe, directeur général pour la région Afrique de « The Nature Conservancy » invite à instituer des systèmes de conservation durable, menés et dirigés par les peuples autochtones au niveau de la sous-région.
- Pour lui, les savoirs et pratiques traditionnels des peuples autochtones, dans le bassin du Congo, doivent permettre de mieux utiliser les ressources naturelles de façon durable et contribuer à la préservation de la biodiversité.
- Pour cela, les États ont besoin de reconnaître, respecter et protéger tous les droits fonciers et leurs titulaires, y compris les peuples autochtones et les autres communautés ayant des systèmes fonciers coutumiers dans la sous-région.
Bien que de nombreux pays en Afrique centrale et de l’Ouest aient entamé des réformes de leurs systèmes de tenure forestière, l’implication active des peuples autochtones en faveur de la protection de leurs droits sur les terres reste déterminante pour freiner la déforestation, affirment les défenseurs de l’environnement.
Dans une interview à Mongabay, Ademola Ajagbe, directeur général pour la région Afrique de « The Nature Conservancy » (TNC), une ONG américaine dédiée à la conservation de la biodiversité à travers le monde, met un accent particulier sur la nécessité à instituer des systèmes de conservation durable, menés et dirigés par les peuples autochtones au niveau la sous-région.
« Les efforts de conservation de la nature et de la biodiversité en cours sont caractérisés par un système de gestion centralisé des aires protégées par les États et leurs partenaires internationaux », souligne-t-il.

Mongabay : Quels sont les enjeux actuels concernant l’engagement pour la tenure forestière des peuples autochtones en Afrique centrale et de l’Ouest ?
Ademola Ajagbe : Il y a un besoin pressant de renforcer les capacités des organisations et des peuples autochtones, notamment dans le bassin du Congo, pour mieux assurer la gestion durable des ressources naturelles sur leurs territoires, et cela s’avère indispensable pour la transparence et la redevabilité.
Pour l’instant, nous pensons que le respect des droits fonciers reste un impératif pour garantir la propriété et le contrôle communautaires des terres et des ressources. Nous œuvrons au renforcement de la gouvernance, afin que ces communautés autochtones dans la sous-région puissent décider et bénéficier des avantages dans la gestion de leurs terres.
De nombreuses activités d’exploitation des ressources forestières en Afrique centrale et de l’Ouest se déroulent dans des zones éloignées, où il est difficile d’effectuer un contrôle ou de demander des comptes aux responsables de violations des droits humains, de la déforestation ou de la dégradation de l’environnement. L’approche de ‘The Nature Conservancy’ en matière de conservation consiste notamment à travailler avec les communautés locales, les gouvernements et les organisations, pour conserver et valoriser les ressources partagées en Afrique.
Les peuples autochtones de la sous-région ont acquis des connaissances profondes de leur nature, et il est déplorable qu’ils soient souvent exclus de la conception et de la gestion des projets de conservation.

Mongabay : À quoi ressemble concrètement l’approche « Community First » (priorité à la communauté) défendue par l’ONG ‘The Nature Conservancy’ dans le bassin du Congo ?
Ademola Ajagbe : Nous associons les droits fonciers et d’accès aux ressources à des retombées concrètes : réserves communautaires, pêcheries cogérées, initiatives locales de restauration et accès au financement climatique. Nous œuvrons à renforcer la gouvernance, afin que les communautés puissent décider et bénéficier des avantages. Ces droits fonciers garantis sont d’une importance capitale pour les peuples autochtones dans le bassin du Congo.
En Afrique centrale et de l’Ouest, nous tirons parti d’approches éprouvées localement et de l’expertise autochtone, pour concevoir des solutions résolument adaptées au niveau local et d’une efficacité unique. Nous voulons nous rassurer que les savoirs et pratiques traditionnels des peuples autochtones, dans le bassin du Congo, permettent d’utiliser mieux les ressources naturelles de façon durable et contribuent à la préservation de la biodiversité.
Dans les zones déjà attribuées aux aires protégées dans le bassin du Congo ainsi que dans d’autres régions forestières, les peuples autochtones doivent y avoir accès, car ils y dépendent pour leur subsistance, ainsi que pour leurs activités traditionnelles. Il faut que l’utilisation des ressources naturelles de leurs terres traditionnelles soit prise en compte et respectée, conformément aux droits qui leur sont accordés.
Par exemple, dans certains pays comme la République démocratique du Congo (RDC) ou le Liberia, certaines provinces ont adopté des codes forestiers nationaux comme un outil leur permettant d’assurer la protection et la gestion des ressources forestières, avec l’aide des communautés autochtones.
Ces instruments soulignent la nécessité de reconnaître et de promouvoir les droits des peuples autochtones dans les politiques forestières et de conservation, afin de garantir une gestion durable des ressources naturelles respectant les besoins et les intérêts de ces communautés. Des réformes agraires et la planification infranationale, par exemple, au niveau provincial en RDC sont les leviers permettant à ces changements de se concrétiser.
Mongabay : Quels sont les principaux défis à relever pour mettre en œuvre des initiatives de conservation menées par la communauté autochtone dans la région ?
Ademola Ajagbe : Il y a tout d’abord la nécessité de renforcer les capacités des organisations des peuples autochtones et ensuite le besoin de sensibiliser le public et de développer des mécanismes de financement durable, pour soutenir les initiatives visant la mise en place des mesures de conservation efficaces soutenues par cette catégorie de la population.
Un autre aspect important reste la gouvernance autochtone forestière, qui nous permettra de restaurer quelques-uns des 30 millions d’hectares de forêt et des 5 millions d’hectares de terres dégradées dans le bassin du Congo.
Les États ont besoin de reconnaître, respecter et protéger tous les droits fonciers et leurs titulaires, y compris les peuples autochtones et les autres communautés ayant des systèmes fonciers coutumiers dans la sous-région.
Image de bannière : Des représentants des peuples autochtones au Congrès international des peuples autochtones et du bassin du Congo du 26 au 30 mai 2025, à Brazzaville, en République du Congo. Image de Africany via Wikimédia Commons (Domaine public).
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