- Avec une estimation comprise entre 20 et 30 individus, la population de la gazelle dama est essentiellement confinée dans le massif Takolokouzet.
- Appelée « Mèna », la gazelle dama est aussi le nom porté par l’équipe nationale de football du Niger. Un symbole illustrant à quel point cette espèce est profondément ancré dans l’identité et la culture du pays.
- Le déclin de cette gazelle est étroitement lié au braconnage, pratiqué notamment par les orpailleurs pour satisfaire leurs besoins en protéines, ou diversifier leurs sources de revenus, mais aussi par certaines populations locales chassant à l’aide d’armes, de motos et de véhicules.
Espèce emblématique du Sahara, la gazelle dama est aujourd’hui classée en danger critique d’extinction. Dans un contexte marqué par un manque de données scientifiques et de documentation sur les populations de la gazelle dama à l’état sauvage, Abdoul Razack Moussa Zabeirou, spécialiste en conservation de la faune sauvage, avec plus de dix ans d’expériences dans le suivi écologique et la gestion des aires protégées en milieux sahélo-sahariens, et représentant de Sahara Conservation au Niger, a consacré une thèse de doctorat à cette espèce. Sa recherche a pour objectif de produire des données scientifiques fiables, afin d’appuyer et d’orienter les efforts de conservation.
Selon lui, la gazelle dama est aujourd’hui classée en danger critique d’extinction. « Ses populations sont extrêmement réduites et fragmentées entre le Niger et le Tchad. Les estimations récentes issues des données de terrain indiquent qu’il resterait moins de 200 individus à l’état sauvage, dont environ 85 à 120 individus dans cette région », précise-t-il.
Les résultats de ses travaux mettent en évidence plusieurs failles : « une situation démographique critique, notamment une très faible densité de population ; une structure d’âge déséquilibrée caractérisée par un déficit marqué en juvéniles, indiquant un faible recrutement et compromettant la viabilité à long terme de la population ».
A cela, dit-il, s’ajoutent une fragmentation avancée de l’aire de répartition, limitant les échanges génétiques entre sous-populations et « une forte sensibilité aux pressions anthropiques et environnementales ».

Le conservateur de la Reserve naturelle nationale de l’Aïr et du Ténéré (RNNAT), le commandant des Eaux et forêts, Amadou Ganda, partage ces constats. Selon lui, la gazelle dama est en régression en raison de plusieurs facteurs humains et naturels. Au nombre de ces causes, il pointe du doigt « l’orpaillage à travers la pollution de l’eau, des sols et de l’air que peuvent provoquer les produits chimiques utilisés pour extraire l’or, la destruction des habitats naturels par le défrichement pour satisfaire les besoins en bois énergie et de construction ou pour l’exploitation agricole ».
À cela, s’ajoute, selon lui, le braconnage pratiqué par les orpailleurs pour satisfaire leurs besoins en protéines ou élargir leurs sources de revenus, les populations locales chassant au moyen d’armes, de motos et de véhicules. « Mieux, l’insécurité résiduelle par la prolifération et la circulation d’armes illicites, les sècheresses agissant sur la quantité et la qualité du fourrage, ainsi que les érosions dégradant les milieux naturels », précise-t-il.

Combat des services de l’environnement et des communautés locales
Sur le terrain, les services des Eaux et forêts assurent la mise en œuvre des politiques de conservation à travers des patrouilles régulières et des dispositifs de surveillance.
Selon Ganda, la RNNAT dispose d’une Unité de gestion de l’aire protégée (UGAP) composée d’une dizaine d’agents, ainsi que de postes de contrôle aux entrées des principales localités, notamment Arlit, Agadez et Tchirozérine.
Pour Zabeirou, plusieurs actions doivent être renforcées, à savoir l’intensification de la lutte contre le braconnage, la restauration des habitats, le suivi scientifique à long terme, les programmes d’élevage en captivité et l’implication accrue des communautés locales.
La protection de la gazelle dama repose aussi sur l’engagement des populations locales, notamment les communautés pastorales.
Aux côtés de l’État, l’organisation Sahara Conservation joue un rôle majeur en appuyant le suivi des espèces, la restauration des habitats et les initiatives de réintroduction. Elle contribue également au renforcement des capacités locales et à la coordination régionale des actions.
Selon Ganda, Sahara Conservation appuie la RNNAT à travers des équipements, des formations et le financement des missions de lutte anti-braconnage, tout en soutenant les communautés locales par des actions sociales. « Les populations locales participent activement à la protection de la RNNTA, avec notamment 52 écogardes et chefs de vallées recrutés au sein des communautés », souligne-t-il.
Pour Zabeirou, la survie de la gazelle dama dépend avant tout d’une mobilisation collective, avec les communautés locales au cœur des solutions.
Image de bannière : La population de la gazelle dama est essentiellement confinée dans le massif Takolokouzet au Niger. Image prise dans la Reserve naturelle nationale de l’Aïr et du Ténéré (RNNAT) fournie par Souleymane Brah.
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