- Une forte tempête tropicale, ayant pu déplacer des rames de wagons à quai et soulever en l’air des conteneurs, a frappé la ville portuaire de Toamasina, sur le littoral Est malgache, le soir du 10 février 2026.
- Sur la trajectoire du cyclone, se trouvent deux aires protégées qui en ont subi l’effet dévastateur et en souffrent beaucoup.
- Aménagée en 1927, la Réserve naturelle intégrale de Betampona, l’une des toutes premières aires protégées créées à Madagascar, a été touchée de plein fouet à un an de son centenaire.
- Outre les impacts du cyclone, le renforcement de la sécurisation des sites victimes contre la permanence de la menace des feux durant la saison chaude, qui pointe son nez en mai, est une autre pente à remonter pour leurs protecteurs.
TOAMASINA, Madagascar — Le cyclone tropical intense Gezani, qui a atteint le littoral Est de Madagascar, au niveau de la ville portuaire de Toamasina, le soir du 10 février 2026, a dévasté deux aires protégées situées sur sa trajectoire. Les deux aires ont littéralement été dans l’œil du cyclone, ce jour-là.
Avec des pluies battantes et des vents violents ayant tourbillonné à 211-250 kilomètres à l’heure, la forte tempête tropicale a été capable de déplacer, sur quelques mètres, des rames de wagons à quai et de soulever en l’air des conteneurs, comme dans les films hollywoodiens. Effectivement, le cyclone a détruit, jusqu’à 90 %, la Station forestière d’Ivoloina (SFI), située à une quinzaine de kilomètres au nord de la capitale économique de la Grande île.
Couvrant 282 hectares, environ six fois et demi la superficie de la cité du Vatican, le site protégé comporte un parc zoologique et botanique, ayant attiré jusqu’à 25 000 visiteurs par an, avant la COVID-19 en 2020-2021.
Dotée d’un Centre d’éducation à l’environnement (CEE), d’un laboratoire et de diverses infrastructures d’accueil, la SFI est aussi un centre d’études par excellence pour les chercheurs et les étudiants, ceux de l’université de Toamasina, notamment.
Le parc, adulé des croisiéristes, qui débarquent régulièrement au plus grand port de l’île à chaque haute saison touristique, est temporairement fermé au public. Sa réouverture est prévue avant la fin du premier semestre 2026, selon Jean Jacques Jaozandry, le directeur pays de Madagascar Fauna and Flora Group (MFG), une institution de recherche basée au Missouri, aux Etats-Unis, qui gère le Parc Ivoloina et la station forestière autour.
Entre-temps, l’assainissement du site, la réparation des dégâts et la recherche des animaux portés disparus s’exécutent sur le terrain. Trois individus du grand hapalémur (Prolemur simus) ou lémurien du bambou, l’un des primates les plus menacés au monde, restent introuvables quatre mois après le passage de Gezani. « Dans le monde entier, il existe seulement une trentaine d’individus de cette espèce en captivité dans des zoos. Cinq d’entre eux ont vécu à Ivoloina. Il ne nous en reste plus donc que deux, suite à la disparition du trio », a dit Jaozandry lors d’un entretien à son bureau à Salazamay, à Toamasina.

Quid de la Réserve de Betampona
L’une des deux Réserves naturelles intégrales (RNI), que possède le pays, celle de Betampona, localisée à une trentaine de kilomètres plus au nord, est la deuxième aire protégée touchée de plein fouet par Gezani, à un an de son centenaire.
S’étendant sur 2 228 hectares, soit quatre fois moins grande que la capitale malgache, cette RNI est la première aire protégée créée à Madagascar en 1927, avec celle de Tsaratanana (108 610 ha), étant la toute première aire protégée du pays à être bornée et titrée au ministère chargé des Forêts.
Le cyclone, qui a tué plus de 60 personnes et a détruit la ville portuaire de Toamasina à 75 %, a affecté près de la moitié de Betampona. « Ses parties australe et occidentale ont été les plus endommagées », a dit au téléphone Jean Fidelis Rakotomanana, directeur des Réserves Betampona et Mangerivola, pour le compte de Madagascar National Parks (MNP), le gestionnaire attitré des RNI.
Considérée comme l’un des derniers sanctuaires sauvages du pays, et donc un site de plusieurs découvertes, ladite RNI, classée en catégorie I de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), se prête exclusivement aux activités de recherche scientifique, ou à des rituels préalablement agréés, dont les résultats aident à améliorer les mesures de conservation de la biodiversité.

Les équipes du MNP et du MFG coopèrent pour la facilitation de la venue des chercheurs, la collecte mensuelle de données et le suivi écologique sur la Réserve de Betampona. A ce titre, le nom d’une espèce de petite grenouille terrestre, (Strumpffia jeannoeli Rakotoarison), découverte sur le site et décrite en 2017, est attribué à Jean Noël Rakotoarison, le chef de site de recherche à Betampona pour MFG.
L’accès et l’utilisation des ressources naturelles dans une RNI sont formellement interdits. Les plus grandes perturbations humaines connues à Betampona datent de 1975, où l’équivalent de 250 terrains de foot a été défriché à des fins agricoles.
Par le processus naturel couplé avec des mesures de protection renforcée, des formations forestières ont recouvert les zones dégradées. Mais une tempête tropicale intense s’est déchainée sur elle un demi-siècle plus tard.
Des activités conduites avec la communauté, sur le site et à ses alentours, ont dû s’estomper au lendemain du cataclysme naturel. Elles comprennent la restauration forestière par la plantation des espèces présentes dans la réserve et la lutte contre les espèces envahissantes comme la malaguette (Aframomum anguistifolium), le takohaka (Rubis mauricana) et, dans la moindre mesure, les goyaviers-fraises (Psidium cattleyanum). « Nuance. Des espèces autochtones trouvées autour de la réserve n’y sont pas introduites si elles ne sont pas répertoriées en son sein », a précisé Jaozandry.
Le cyclone a fait tomber 85 troncs d’arbres qui ont encombré les pistes menant aux points d’inventaire d’animaux et de plantes. « Ce sont pour la plupart des espèces pionnières qui ont poussé sur les zones anciennement défrichées. Les espèces pionnières sont moins résistantes que les espèces autochtones », a expliqué Rakotomanana. Il a fallu une autorisation spéciale du MNP avant de pouvoir enlever les débris végétaux.

La vulnérabilité des sites naturels protégés à Madagascar
La dévastation d’Ivoloina et de Betampona démontre une fois encore la vulnérabilité des sites naturels protégés à Madagascar, face aux cataclysmes naturels qui gagnent en intensité, sous l’effet du réchauffement climatique. La résilience de ces sites est en points de suspension.
Les dégâts subis ne disparaîtront pas de sitôt. La luxuriance de la nature, mise à rude épreuve, demande des années à se rétablir. Mais les feux, encore plus dévastateurs que le cyclone qui paraît épisodique quelle qu’en soit l’ampleur, constituent un danger guettant en permanence les deux aires protégées victimes de la tempête.
Après Gezani, le renforcement de la sécurisation des deux aires protégées se concentre plus particulièrement sur la prévention des feux. La situation de la RNI de Betampona – entourée de zones de culture – s’avère délicate.
Le risque s’annonce élevé en ce début de saison sèche [de mois de mai] en dépit de l’intensification de la sensibilisation au niveau des villages. Puisque le cyclone a réduit à néant des plantations, la tentation serait forte pour les pauvres ruraux de se rattraper en défrichant de nouvelles terres non loin de la réserve.
C’est justement pour faire baisser les pressions humaines sur les zones environnantes, que le programme de conservation, intégrant l’agroforesterie, a été lancé en 2019. A cette fin, la plantation des girofliers, des cocotiers, des caféiers et d’autres produits de rente, afin d’assurer une source de revenu durable aux ménages, occupe une place de choix dans l’approche.
Ce, outre la gestion contractualisée des îlots de forêt présentant les mêmes caractéristiques que la réserve, le développement de la riziculture irriguée [contre la culture sur brûlis] et la promotion de production à cycle court en partenariat avec les exportateurs.

La bande épaisse de 100 mètres sur 22 kilomètres entourant la réserve forme une zone tampon d’une grande sensibilité, où toute mise à feu est prescrite d’un commun accord avec les planteurs. La dotation en jeunes plants de girofliers en est la contrepartie souhaitée par ces derniers.
À cause de la catastrophe naturelle, ceux possédant des plantations à une distance de 50 à100 mètres de la réserve sont particulièrement ciblés. « Ces paysans sont naturellement amenés à prendre part activement à la lutte contre les feux. Pour l’entretien de leurs cultures, ils enlèvent les strates herbacées au lieu de brûler les champs », a indiqué Rakotomanana.
De plus, des structures de surveillance comme le Comité local de parc et la Brigade mixte [administration forestière-gendarmerie] sont en place pour sensibiliser la population, signaler des infractions et agir en conséquence.
Parallèlement, la dotation des établissements, dans les contrées lointaines, en équipements scolaires, et l’appui à la promotion de la santé communautaire sont des motivations supplémentaires, pour la population locale associée à la protection de la réserve.

Foyers à bois économiques
Pour diminuer la pression sur les ressources forestières en termes de bois-énergie, les ménages reçoivent chacun deux foyers à bois économiques contre la plantation d’un lot de 40 pieds d’arbres. « La formule fonctionne bien. Entre 50 et 100 ménages, par chacun des cinq fokontany [la plus petite subdivision administrative à Madagascar, ndlr] attenants de la réserve, en tirent profit », a dit Jaozandry.
Pour la SFI, les conditions sont plutôt clémentes. La communauté riveraine est suffisamment éduquée à la protection du site pour être facilement mobilisable en cas de besoin. « Les résidents locaux évitent de toucher aux animaux et de pénétrer dans la forêt. Mieux, ils nous prêtent main forte pour éteindre tout feu se déclarant à proximité du pare-feu [12 kilomètres de longueur sur 10 mètres de large] ceinturant Ivoloina », a souligné le responsable.
Le site bénéficie également de la mise en œuvre de la responsabilité sociétale des entreprises présentes à Toamasina. Celles-ci contribuent constamment à la restauration écologique par le reboisement annuel et à l’entretien de la station forestière.
Selon un rapport de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge au 1er avril 2026, le cyclone tropical intense Gezani a affecté 478 000 personnes, en a déplacées 20 800 en inondant ou démolissant 101 606 maisons et cases, outre les décès et les dégâts matériels cités plus haut.
Les séquelles de la forte tempête dans la ville de Toamasina et ses environs immédiats, ses points d’impact sur l’île, sont encore bien visibles quatre mois plus tard. Leur coût est chiffré à plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de millions USD. Les répercussions du cataclysme naturel sur le Parc d’Ivoloina et la Réserve de Betampona se ressentiront durablement.
Image de bannière : Les dégâts subis par la station de recherche de Madagascar Fauna and Flora Group à Betampona après le passage du cyclone tropical intense Gezani le soir du 10 février 2026. Image fournie par MFG.
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