- Une étude, menée au Mozambique, révèle que les ruches d’abeilles sont efficaces pour limiter les intrusions d’éléphants dans les champs et dans les villages.
- Les abeilles contribuent à la sécurité alimentaire, à la protection des éléphants, et à générer des revenus pour les communautés.
- La solution des barrières électriques est également pratiquée sur le continent, en l’occurrence au Gabon; mais elle est jugée très onéreuse et difficile à entretenir.
Entre 2019 et 2022, des chercheurs du Durrell Institute of Conservation and Ecology de l’université de Kent, en Angleterre, ont étudié le comportement des éléphants, face aux clôtures à base de ruches d’abeilles, érigées aux abords du Parc national de Gorongosa, situé au centre-est du Mozambique.
Ils ont révélé, dans une étude publiée en mars 2026, dans la revue Conservation Biology, que les clôtures en ruches ont bloqué le déplacement des éléphants dans 69,3 % des cas, contrairement à une barrière fluviale dans la zone qui ne l’a érigée qu’à 35,9 % des cas.
Ils notent que le niveau des conflits entre les humains et les éléphants a diminué après la construction de la clôture en ruches, passant d’une moyenne de 566 incidents causés aux cultures et aux infrastructures par an en 2018 et 2019, à une moyenne de 117,5 incidents par an en 2020 et 2021. Ils sont alors arrivés à la conclusion que les clôtures à ruches, gérées par les communautés, peuvent constituer des barrières efficaces et réduire le niveau global des conflits entre les humains et les éléphants dans les paysages agricoles.
« Les éléphants ont naturellement peur des abeilles, car les piqûres autour de leur trompette et de leurs yeux sont extrêmement douloureuses. C’est pourquoi les éléphants ont tendance à éviter les exploitations agricoles protégées par des clôtures à ruches actives », explique dans un courriel, à Mongabay, l’écologiste mozambicaine Dominique Gonçalves, experte en conservation des éléphants et co-auteure de l’étude.

Sécurité alimentaire et protection des éléphants
Les communautés riveraines du Parc national de Gorongosa subissent des attaques saisonnières des éléphants sur leurs cultures, menaçant par ailleurs leur existence. En réponse, les gestionnaires du parc ont construit des clôtures à ruches, dans le but de réduire l’intensité du conflit homme-éléphant. Ces clôtures consistent en une série de ruches suspendues, espacées de 7 mètres, et reliées par des cordes. On compte entre un à douze ruches par clôture, reparties autour de huit communautés, exposées à des risques élevés de conflits avec les éléphants. Les chercheurs soulignent que les éléphants ne peuvent franchir cette barrière sans déranger les abeilles, et, en retour, les mouvements des insectes modifient leur itinéraire.
Les gardes forestiers et les membres de la communauté recourent également à d’autres méthodes réactives et traditionnelles, notamment des feux d’artifice et des tambours, pour effrayer les éléphants s’ils sont repérés à proximité des champs agricoles.
L’usage des ruches, pour repousser les éléphants du Parc national de Gorongosa, est une solution basée sur la nature, sans préjudice pour l’environnement, d’autant que les abeilles jouent un rôle écologique important dans l’écosystème, car elles transportent le pollen et favorisent la fécondation et la production de graines et de fruits, en tant qu’agents pollinisateurs.
Selon Gonçalves, les clôtures de ruches constituent aussi à la fois une source de revenus pour les communautés, et contribuent de manière indirecte à garantir la sécurité alimentaire des villageois, et par ricochet à une meilleure conservation des éléphants.
« Pour les communautés vivant à proximité du parc, cela a permis d’améliorer la sécurité alimentaire, car les agriculteurs subissent moins de pertes de récoltes – telles que le maïs, le haricot et la patate douce – dues aux incursions d’éléphants. Les familles peuvent ainsi conserver une plus grande partie de leurs récoltes, ce qui renforce la stabilité des ménages et réduit la faim », souligne-elle.
« Lorsque les agriculteurs subissent moins de pertes de récoltes, ils sont moins enclins à s’opposer à la conservation des éléphants ou, plus généralement, à la zone protégée », ajoute-t-elle.

Barrières électriques et accessibilité
Plusieurs solutions émergent au cours de ces dernières années dans le cadre de la lutte contre le conflit homme-éléphant. Au nombre de ces solutions, figure l’adoption des clôtures électriques, une issue adoptée par le Gabon depuis 2022, et pratiquée dans le pays par Space For Giants, une ONG kényane.
Dans un récent article de Mongabay, Éric Chehoski, directeur de cette ONG au Gabon, explique qu’une enquête, menée par son organisation en 2025 auprès de 913 personnes touchées par les clôtures électriques, révèle que 80 % des agriculteurs interrogés déclarent que les attaques d’éléphants sur les cultures ont fortement augmenté au cours de ces trois dernières années.
Le Gabon abrite plus de 95 000 éléphants de forêts, selon une étude de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), représentant plus de 70 % de la population mondiale de cette espèce.
Les barrières électriques sont considérées désormais au Gabon comme la solution idoine pour lutter contre les attaques d’éléphants, bien que le président du Réseau national des acteurs de l’agriculture biologique du Gabon, Dieudonné Biloussa, estime que l’acquisition de ce dispositif est très coûteuse pour les communautés. « Les coûts de ces barrières électriques sont vraiment excessifs, et elles ne sont pas accessibles à toutes les bourses des villageois », a dit Biloussa à Mongabay, au téléphone.
Gonçalves partage également le même avis , trouvant que les clôtures électriques constituent des barrières physiques solides pouvant réduire les conflits de manière très efficace dans les zones à haut risque.
Elle dit cependant que « leur installation et leur entretien sont coûteux, nécessitent de l’électricité et un soutien technique, et peuvent entraver les déplacements de la faune sauvage si elles sont mal conçues ». « De plus, si les besoins des communautés ne sont pas pris en compte de manière adéquate, ces clôtures peuvent devenir une source de matériaux utilisés contre la faune sauvage, et ainsi créer des tensions entre les aires protégées et les communautés », ajoute la chercheuse mozambicaine ».
Au Gabon, Biloussa et son organisation travaillent sur d’autres solutions alternatives aux barrières électriques, parmi lesquelles les clôtures à ruches d’abeilles, mais également des barrières à base de campêché, une espèce de plante disposant d’épines, capable d’empêcher les pachydermes de s’introduire dans les paysages agricoles.
Image de bannière : Un éléphant (Loxodonta africana), au Parc national de Gorongosa, au Mozambique. Image de Judy Gallagher via Wikimedia Commons.
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