- Un nouveau rapport, portant sur 13 pays africains producteurs de pétrole et de gaz, révèle que des décennies d’exploitation ont apporté des bénéfices limités aux populations, tout en exposant leurs économies à la volatilité et aux chocs extérieurs.
- L’étude avertit que certains nouveaux producteurs risquent des revers économiques, en fonction de la diminution de la demande mondiale de combustibles fossiles.
- Si le rapport présente les énergies renouvelables comme une voie vers la création d’emplois et la résilience économique, certains gouvernements africains affirment qu’ils continueront à développer les combustibles fossiles, estimant qu’une transition progressive est nécessaire pour soutenir la croissance.
Les combustibles fossiles ont enrichi une minorité aisée, affaibli le développement économique et exposé les économies africaines aux chocs extérieurs, selon un nouveau rapport publié aujourd’hui à Nairobi au Kenya.
En passant en revue 13 pays producteurs de pétrole et de gaz, le rapport conclut que des décennies d’exploitation ont apporté peu de bénéfices aux Africains lambda. « Le pétrole et le gaz n’ont pas et ne permettront pas d’assurer le développement de l’Afrique », a déclaré Thuli Makama, directrice Afrique d’Oil Change International.
« Ce modèle concentre la richesse entre les mains des entreprises et des élites politiques, tandis que les communautés subissent la pollution, la perte des moyens de subsistance et la hausse du coût de la vie ».
Intitulée “Pipe Dreams: How Oil and Gas Fail to Deliver Economic Development in Africa”, l’étude est une publication conjointe d’Oil Change International et de Power Shift Africa.
Elle a été rendue publique en marge du sommet Afrique–France qui se tient la semaine prochaine au Kenya avec plus de 30 chefs d’État africains, des dirigeants d’entreprises et d’autres responsables économiques d’Afrique et de France.

Le rapport soutient que le pétrole et le gaz créent peu d’emplois locaux, fragilisent les moyens de subsistance liés à l’agriculture et à la pêche, et exposent les économies à des cycles d’expansion et de récession liés aux fluctuations des prix mondiaux.
Il avertit que de nouveaux producteurs, comme l’Ouganda, le Mozambique, la Namibie, la Tanzanie, la République démocratique du Congo et la Côte d’Ivoire, pourraient faire face à des actifs échoués et à un endettement croissant, à mesure que la demande mondiale de combustibles fossiles diminue.
« Une fois de plus, on vend à l’Afrique un conte de fées fossile qui promet la prospérité, mais engendre la dépendance », a déclaré Mohamed Adow de Power Shift Africa. Selon lui, l’avenir de l’Afrique se trouve ailleurs. « La véritable opportunité est claire : des énergies renouvelables locales qui créent des emplois, élargissent l’accès à l’énergie et maintiennent la valeur au sein des économies africaines ».

Energies renouvelables comme une voie vers la résilience économique
Le document présente les énergies renouvelables comme une voie vers la résilience économique et une « démocratie énergétique », permettant aux pays de produire leur propre électricité, de soutenir les industries locales et de réduire leur dépendance aux importations.
L’Agence internationale pour les énergies renouvelables estime qu’une transition, assurée par les énergies renouvelables, pourrait créer jusqu’à 14 millions d’emplois en Afrique d’ici à 2030, bien plus que l’exploitation des combustibles fossiles.
Le débat reste toutefois ouvert. Lors de récentes discussions mondiales sur la sortie des combustibles fossiles en Colombie, des pays africains riches en pétrole ont affirmé qu’ils continueraient à forer pour soutenir leur croissance économique.
Onuoha Magnus Chidi, conseiller du ministre nigérian du Développement régional, a déclaré à l’AFP que le Nigeria ne prévoit pas d’abandonner les combustibles fossiles. « Nous parlons de réduction progressive, et nous disons qu’il faut une planification en amont… Cela doit être équitable pour tous », a-t-il indiqué.
Le rapport affirme que, dans des pays comme le Nigeria, la Guinée équatoriale et le Mozambique, le gaz est extrait et exporté pour répondre à la demande des marchés extérieurs, tandis que les besoins énergétiques domestiques restent insuffisamment satisfaits.
Mais, pour le responsable nigérian, la transition hors des combustibles fossiles ne sera pas immédiate. Chidi a souligné que la réduction progressive de leur utilisation prendra du temps au Nigeria.
Image de bannière: Une plateforme pétrolière au large des côtes de l’Angola. Image de Strohm Thermoplastic Composite Pipe via Wikimedia Commons.
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