- Les systèmes alimentaires africains dépendent à 80 % d’engrais importés en grande partie des pays du Golfe.
- Les engrais les plus importés en Afrique sont les engrais azotés, qui sont fabriqués à partir de gaz fossile et de charbon.
- L’agroécologie s’avère une alternative crédible et efficace pour assurer la sécurité alimentaire et la résilience des exploitations en Afrique.
- Des efforts de prise de décision sont parfois insuffisants pour soutenir la transition agroécologique en Afrique.
Alors que la guerre en cours au Moyen-Orient représente une menace directe sur l’agriculture africaine avec la hausse des prix des engrais, les experts proposent l’agroécologie comme une alternative pour assurer la sécurité alimentaire et la résilience des exploitations.
Les pays du Moyen-Orient sont considérés comme de grands producteurs d’engrais et d’autres intrants nécessaires à la production des nutriments indispensables à l’agriculture en Afrique.
Selon les experts, l’extension des conflits au Moyen-Orient risque de provoquer de fortes inflations sur les prix des engrais, de l’ammoniac, du souffre, de l’urée, des phosphates et d’autres intrants agricoles.
D’après les données du Centre international de développement des engrais (IFDC, sigle en anglais), basé dans l’État d’Alabama, aux Etats-Unis, l’Afrique importe plus de 80 % de ses engrais. La crise autour de ce produit survient au pire moment, alors que les pays entrent dans les saisons de production agricole.
D’après ce rapport publié en mars dernier, la crise des engrais en vue [en Afrique] exige une réponse continentale coordonnée orientée vers l’adoption des solutions agroécologiques, qui réduisent de 20 à 40 % les dépenses en intrants chimiques (engrais, pesticides).

Des systèmes agricoles capables d’absorber les chocs
S’exprimant lors d’un webinaire animé en avril 2026, Barnaby Pace, chercheur principal au Centre de droit international de l’environnement (CIEl, sigle en anglais), affirme que les engrais les plus importés en Afrique sont les engrais azotés, fabriqués à partir de gaz fossile et de charbon importés du Moyen-Orient.
Selon lui, le blocage du détroit d’Ormuz a perturbé le trafic d’environ 30 % du commerce mondial d’engrais, qui transite par cette région. « Avec la flambée des prix des engrais, il est grand temps pour l’Afrique de concevoir des systèmes agricoles capables d’absorber les chocs », affirme Pace.
Outre l’impact sur le prix des engrais, certains experts affirment que le gaz fossile représente aujourd’hui entre 60 à 80 % du coût des engrais synthétiques.
« Parce qu’une large partie des fertilisants est fabriquée à partir de gaz naturel, l’adoption des approches agroécologiques reste la seule voie de sortie pour les producteurs de denrées alimentaires en Afrique, pour réduire les coûts de production », affirme Pace dans une brève interview à Mongabay.
Alors que les estimations du Programme alimentaire mondial (PAM) montrent que l’invasion russe de l’Ukraine, qui a commencé en février 2022, a eu des répercussions néfastes sur la sécurité alimentaire d’environ 349 millions de personnes en Afrique, l’Agence onusienne estime, à environ 45 millions, le nombre de personnes qui risquent de basculer de nouveau dans les niveaux les plus aigus d’insécurité alimentaire, par un effet de la guerre au Moyen-Orient.
Le professeur Fadhel Kaboub, enseignant- chercheur en Économie à l’université Denison, située dans l’État d’Ohio aux États Unis, souligne que les pratiques agroécologiques en Afrique doivent être adaptées aux potentialités productives du continent.
« Le constat actuel est qu’une grande partie des importations d’engrais en Afrique ne permet pas, non plus, au continent de garantir des modes de consommation et de production durables », affirme-t-il à Mongabay.
En effet, l’Afrique dépend fortement des importations pour satisfaire sa consommation d’engrais. Les estimations de la Banque africaine de développement (BAD) montrent qu’au moins 80% des engrais consommés en Afrique sont importés notamment du Moyen Orient.
L’expérience a montré qu’au lieu de se focaliser sur les cultures vivrières pour assurer la sécurité alimentaire, une grande partie des intrants agricoles importés est plutôt utilisée en grande partie dans la production des cultures d’exportation comme le café, le thé, le tabac ou bien le cacao.
Le professeur Kaboub affirme ainsi qu’une grande partie des cultures de rente du système colonial en Afrique fait partie d’un important marché des exportations agricoles. Aux yeux des experts, la plupart des pays africains sont contraints de se focaliser sur l’exportation de cultures de rente pour répondre aux goûts des consommateurs des pays du Nord.
« Alors qu’il y avait moyen d’intégrer des approches agroécologiques, le continent est désormais soumis à adopter des cultures non indigènes et à des engrais chimiques importés », souligne le professeur Kaboub dans une interview à Mongabay.

Afrique de l’Ouest, épicentre du mouvement agroécologique mondial
Toutefois, Swathi Seshadri, spécialiste de l’énergie et de la pétrochimie à l’Institut d’économie de l’énergie et d’analyse financière (IEEFA, sigle en anglais), basé dans l’État d’Ohio aux Etats-Unis, affirme que si de nombreuses économies africaines dépendent fortement des engrais importés des producteurs du Golfe, cela se justifie parfois par des multinationales ayant tendance à peser sur les décisions gouvernementales en Afrique.
« Les efforts de prise de décision sont parfois insuffisants pour soutenir la transition agroécologique, les agriculteurs étant exclus du processus d’élaboration des politiques, car leur autonomie est parfois confisquée par les multinationales », dit-elle.
Les données récentes, publiées par le Groupe international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-FOOD, sigle en anglais), un groupe international de réflexion basé en Belgique, montrent que l’Afrique de l’Ouest réunit tous les atouts pour devenir un épicentre du mouvement agroécologique mondial.
Cette situation se justifie notamment par le fait que les petites exploitations familiales de cette partie du continent y produisent 90 % de son alimentation, et les systèmes alimentaires contribuent à hauteur de 35 % au Produit intérieur brut (PIB) au niveau de la sous-région.
Le professeur Olivier De Schutter, vice-président de l’IPES-FOOD, souligne lors d’un webinaire, la nécessite d’encourager les pays à améliorer leur productivité agricole, afin de satisfaire leurs besoins de consommation sur le plan local.
« Il est important pour les pays africains de réduire leur dépendance de la production alimentaire aux marchés de l’énergie, notamment au pétrole et au gaz », affirme De Schutter, pour qui tous les maillons de la chaîne alimentaire [en Afrique] doivent dépendre en grande partie de l’accès à une énergie bon marché.
Image de bannière : En Afrique, les acteurs du secteur agricole s’inquiètent de l’envolée du prix des engrais à cause du conflit au Moyen-Orient. Image de Aimable Twahirwa.
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