- D’après des chercheurs, les réponses pour ramener la paix et favoriser la résilience des zones touchées par Boko Haram dans le bassin du lac Tchad, ont contribué à réduire les conflits violents liés aux groupes armés.
- Mais les facteurs de stress climatiques et environnementaux compromettent la pérennité des progrès réalisés jusqu'à présent, et contribuent à l'émergence de nouveaux conflits intercommunautaires.
- Les chercheurs recommandent notamment de prioriser la résilience des moyens de subsistance et le rétablissement des capacités productives adaptatives, ainsi que de renforcer la gouvernance des ressources naturelles.
La prise en compte des changements climatiques et des pressions environnementales pourrait servir de levier pour la construction de la paix et de la résilience dans la région du lac Tchad.
C’est ce que révèle une étude publiée en mars 2026 par le Norwegian Institute of International Affairs.
Les pays riverains du lac Tchad, à savoir le Cameroun, le Niger, le Nigéria et le Tchad, ont traversé une série de crises exacerbées par les actes de violence perpétrés par le groupe terroriste Boko Haram.
D’après les résultats, les interventions menées ont contribué à pacifier cette région, à travers la réduction des conflits violents liés aux groupes armés, notamment Boko Haram.
Cependant, les facteurs de stress climatiques et environnementaux compromettent la pérennité des progrès réalisés jusqu’à présent, et contribuent à l’émergence de nouveaux conflits intercommunautaires.
« Le lac Tchad est un écosystème fragile à équilibre précaire, offrant des ressources en eau, pâturages et terres arables précieuses pour le développement socio-économique. Il est très vulnérable aux perturbations environnementales et aux activités humaines, menaçant sa biodiversité et son fonctionnement, ce qui nécessite une gestion durable pour prévenir sa dégradation. Cette spécificité du lac Tchad le rend sensible aux changements climatiques, qui exacerbent sa vulnérabilité », explique à Mongabay au téléphone, Mahamat Ali, coordinateur du Centre d’études pour le développement et la prévention de l’extrémisme (CEDPE), basé à Ndjamena, au Tchad.
« A cause de caractère transfrontalier, sa dégradation a des impacts à grande échelle. La prise en compte du changement climatique est cruciale, car le lac abrite des ressources vitales et joue un rôle clé dans l’équilibre écologique mondial, notamment par la régulation des cycles de l’eau et du carbone », ajoute-t-il.
D’après ce dernier n’ayant pas participé à l’étude, avec la montée de l’extrémisme violent obligeant les communautés de la région à se déplacer, la pression sur le lac Tchad augmente. « Dans ce contexte, au regard des interactions complexes et de la dimension transfrontalière du lac, la lutte contre le changement climatique peut être un facteur de renforcement de la coopération sous-régionale », dit Mahamat Ali.

Nécessité de réajuster la gouvernance des ressources naturelles
L’étude indique notamment que l’adaptation au changement climatique est insuffisamment intégrée au sein de l’arsenal de réponses pour la résilience des communautés, face aux conflits et aux aléas naturels dans cette région.
Il existe donc, pour les chercheurs un potentiel inexploité pour que les changements climatiques et les pressions environnementales servent de leviers pour la construction de la paix et de la résilience climatique.
« Pour mieux considérer la résilience climatique comme un levier de consolidation de la paix, il est nécessaire de réduire de manière proactive les effets aggravants du changement climatique sur les communautés et la région dans son ensemble », affirme dans un courriel à Mongabay, Dr Andrew E. Yaw Tchie, chercheur principal à la Norwegian Institute of International Affairs, et co-auteur de l’étude.
Il précise que « cela passe notamment par la réduction de la concurrence pour les ressources, le renforcement des moyens de subsistance et de la stabilité économique, le soutien à la gouvernance et à la coopération locale, le rétablissement de la confiance des populations locales envers les États et leurs institutions, ainsi que par une meilleure communication sur le sujet et les solutions possibles, et par l’intégration de la consolidation de la paix dans les programmes climatiques ».
Interrogé, Dr Fabrice Tchakossi, enseignant chercheur à l’université de Bertoua au Cameroun, trouve que « l’importance de la prise en compte des changements climatiques, notamment sous l’aspect du réchauffement climatique, se révèle à travers la nécessité de réajuster la gouvernance des ressources naturelles ».
« Le réchauffement climatique a un impact réel sur la quantité des ressources naturelles, notamment les ressources hydriques entre autres ; il se manifeste par l’assèchement des cours d’eau partagés. C’est perceptible pour les cours d’eau africain, dont le lac Tchad, qui a considérablement rétréci et a continué de perdre de sa superficie depuis les années 1960. Le changement climatique impose donc une nouvelle gouvernance des ressources naturelles », précise-t-il.
L’étude recommande notamment de prioriser la résilience des moyens de subsistance et le rétablissement des capacités productives adaptatives.
Elle invite aussi à renforcer la gouvernance des ressources naturelles et la consolidation de la paix environnementale dans les cadres de stabilisation et à intégrer les outils relatifs au climat, à la paix et à la sécurité pour appuyer la mise en œuvre des programmes de pacification et de résilience dans la région.
Elle demande enfin de prioriser les programmes de moyens de subsistance et de résilience axés sur la jeunesse, et d’intégrer les femmes et les programmes de résilience tenant compte du genre.
Image de bannière : La présence militaire a permis de réduire les conflits violents liés aux groupes armés et a favorisé le redressement. Ici, des actions civilo-militaires dans le département du Mayo-Sava au Cameroun en 2025. Image de Joël Maman, prise dans la localité de Kourgui, non loin de Mora (Extrême-nord du Cameroun) en août 2025, avec son aimable autorisation.
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