- Une étude, publiée en avril 2025, confirme la présence de l’hantavirus chez des rongeurs analysés dans le Nord-Est de Madagascar.
- Une autre étude, rendue publique en mars 2014, indique aussi la présence d’une souche, qui descend de la famille de l’hantavirus rencontré en Asie du Sud-Est et du Sud, dans un corridor forestier au nord d’Antananarivo.
- Une co-auteure de ces deux études affirme qu’il s’agit de traces et que personne n’est encore en mesure de dire s’ils sont pathogènes ou non.
- Aucun cas de contamination n’est signalé à Madagascar jusqu’à présent. Mais la vigilance reste de mise.
ANTANANARIVO, Madagascar — Une étude, publiée en avril 2025, par Ecology and Evolution, confirme la présence de l’hantavirus chez des rongeurs à Madagascar. Jusqu’à preuve du contraire, le rat noir ou rat des champs, ou rat des greniers (Rattus rattus), est la seule espèce porteuse de ce virus sur le territoire, outre une espèce de rongeur endémique infectée.
Des échantillons, prélevés sur environ 2 000 individus de dix-sept espèces de petits mammifères et onze espèces de chauves-souris à la frontière du Parc national de Marojejy (55 885 hectares), dans le Nord-Est de l’île, ont été analysés en laboratoire à La Réunion. Mais le virus est seulement présent chez la R.rattus.
Les chercheurs sont quand même surpris de découvrir, que les rats sont plus affectés dans les champs agricoles que dans les habitations humaines. Ils suggèrent alors que les résidents seraient plus exposés au risque dans leurs champs qu’à la maison.
Derrière cette trouvaille, se lit le besoin de bien gérer les terrains agricoles, dont l’exploitation pourrait affecter la santé des animaux sauvages. En effet, aucun des rats capturés dans la forêt pluviale n’est infecté comparativement à ceux attrapés dans les champs d’agroforesterie, c’est-à-dire les zones déboisées.
À juste titre, une étude mise en ligne en mars 2026 met en exergue que les populations des rongeurs envahissants tendent à dominer celles des espèces indigènes, comme il a été observé dans la Réserve spéciale de Manombo.

Selon le résultat publié par le Journal of Mammology, la diversité des populations de rongeurs peut constituer un rempart contre les maladies humaines. Lorsque les forêts sont saines et riches en espèces indigènes, le risque de transmission de maladies est généralement minime. Si cette diversité diminue et qu’une seule espèce devient dominante, le risque augmente.
Une autre étude, publiée en mars 2014 par Vector-Borne And Zoonotic Diseases, rend aussi compte de la présence de l’hantavirus chez des individus de R.rattus dans le paysage harmonieux protégé du complexe d’Anjozorobe-Angavo (52000 ha), à 70 kilomètres au nord d’Antananarivo. Le rat à queue touffue de Major (Eliurus majori) – une espèce nocturne, arboricole et frugivore endémique de Madagascar, présente sur les zones côtières orientales de l’île – est aussi infecté.
La souche d’Anjozorobe, le nom donné au virus découvert sur les Hautes Terres centrales malgaches, a été identifiée comme un nouveau variant des espèces de virus thaïs (THAIV) qui appartiennent à la famille rencontrée en Asie du Sud-Est et du Sud, dont est native la R.rattus, introduite à Madagascar entre 2 000 et 3 000 ans passés, époque où les premiers migrants sont supposés avoir atteint les côtes de Madagascar. Cette espèce est aussi un réservoir de peste.
La co-auteure des deux études citées plus haut, Voahangy Soarimalala de l’Association Vahatra basée à Antananarivo, apporte des précisions supplémentaires à Mongabay au téléphone. « Il s’agit de traces, ce qui ne signifie pas que c’est déjà la maladie. On ne savait pas non plus si l’hantavirus trouvé à Madagascar cause des maladies ou non. Seulement, il appartient à la famille proche des virus responsables de zoonoses [maladies transmises par les animaux aux humains, ndlr] ».
« Nous devons nous rendre à l’évidence que les virus évoluent, et que le hantavirus de chez nous pourrait se développer dans ce sens. Mais personne ne le sait encore, d’où la vigilance et la précaution à prendre. Pour l’heure, personne n’est en mesure de dire que les souches découvertes à Madagascar sont pathogènes ou non », a-t-elle ajouté.

Dans un document de sensibilisation produit au cours de la première moitié de mai 2026, l’équipe du ministère malgache de la Santé publique (MinSan) dit que le hantavirus est un groupe de virus transmis principalement par certains rongeurs sauvages infectés tels que les rats et les souris sauvages. Chez l’être humain, cette infection peut provoquer des maladies graves touchant surtout les poumons, les reins et parfois le cœur.
La source précise que le hantavirus constitue un problème de santé publique mondial en raison de son potentiel épidémique, de sa gravité clinique et de la difficulté de prévention dans les zones à forte présence de rongeurs. Il représente un risque important sur la santé publique en raison de sa létalité élevée dans certaines formes, de l’absence de traitement spécifique, du risque de retard diagnostique, des facteurs environnementaux favorisant les rongeurs, et du changement climatique pouvant influencer la prolifération des réservoirs.
Dans une interview en ligne, le directeur général de la médecine préventive auprès du MinSan, Dr Andrianina Désiré Rakotoarimino, dit à Mongabay que les mesures de surveillance aux frontières sont renforcées, afin de prévenir toute éventuelle contamination provenant de l’étranger. « Jusqu’à présent, aucun cas n’est signalé à Madagascar. Mais la prévention reste de mise », a-t-il souligné par rapport à l’actualité sanitaire mondiale marquée par la contamination par la souche des Andes, à bord du navire de croisière MV Hondius, au début de mai 2026. La situation a provoqué une éco-anxiété au niveau mondial.
Selon Rakotoarimino, un plan de contingence pour faire face à l’éventuelle arrivée de la maladie au pays est en cours d’élaboration, dans le cadre de l’approche One Health, qui connecte la santé humaine, celle des animaux et des milieux naturels, d’autres départements, surtout le ministère de l’Agriculture et de l’élevage, y sont associés.
Image de bannière : Deux individus de rat des greniers capturés à Andrindra Morarano Gara (MLA), Moramanga, Hautes Terres orientales de Madagascar, dans la journée du 26 septembre 2019. Image fournie par Rivonala Razafison.
Citations :
Dubrulle, J., Kauffman, K., Soarimalala, V., Randriamoria, T., Goodman, S.M., Herrera, J., Nunn, C. and Tortosa, P. (2025), Effect of Land-Use on Hantavirus Infection Among Introduced and Endemic Small Mammals of Madagascar. Ecol Evol, 15: e70914. https://doi.org/10.1002/ece3.70914
Paietta, E. N., Randrianarisoa, S. F., Razanamahenina, T. T., Ramboninarimalala, A., Raherinirina, T. G., Raveloson, L., … Johnston, R. A. (2026). Complete mitochondrial DNA sequences of Eliurus webbi and Eliurus minor, endemic tufted-tailed rats in Madagascar. Mitochondrial DNA Part B, 11(4), 561–566. https://doi.org/10.1080/23802359.2026.2638673
Reynes JM, Razafindralambo NK, Lacoste V, Olive MM, Barivelo TA, Soarimalala V, Heraud JM, Lavergne A. (2014). Anjozorobe hantavirus, a new genetic variant of Thailand virus detected in rodents from Madagascar. Vector Borne Zoonotic Dis. 2014 Mar;14(3):212-9. doi: 10.1089/vbz.2013.1359. Epub 2014 Feb 27. PMID: 24575755; PMCID: PMC3952587.
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