- Avec la hausse des températures, les périodes sèches, la diminution des précipitations, la sécheresse et la chaleur extrême, les changements climatiques deviennent un risque structurel pour l’agriculture en Afrique, surtout au Bénin.
- L’impact agricole, lié au dérèglement climatique le plus fréquemment signalé, est la perte de rendement des cultures. De l’avis des spécialistes, l’augmentation de la température moyenne entraînerait des pertes et une variabilité des rendements affectant les systèmes alimentaires.
- Concernés par la question, les communes et les élus locaux sont en première ligne pour contribuer à amoindrir lesdits impacts et renforcer la résilience des communautés.
- Les stratégies expérimentées sont la mise à disposition des producteurs des informations fiables sur le temps et le climat, ainsi que la sensibilisation sur les pratiques agricoles et écologiques, afin de minimiser les effets du réchauffement climatique sur les activités agricoles.
« Si ça continue, je risque de laisser la production de maïs ». Ainsi, s’exprimait à Mongabay, André Abota, agriculteur vivant au centre du Bénin, plus précisément à Igbogana dans la commune de Savè, localité située à 228 km de Cotonou au Bénin.
Il a perdu, pratiquement toute sa production de l’année dernière, à savoir cinq hectares de maïs. « C’est arrivé à la suite d’un déficit pluviométrique, alors que les semis étaient à l’étape de la floraison. Sur un hectare, habituellement, je récolte 10 à 12 sacs de 100 kilogrammes. Pour toute la production, cette fois-ci, je n’ai récolté que sept sacs de 100 kg. À cela, il faut ajouter la dette liée aux engrais. Ce faisant, le métier de paysan devient très compliqué », souligne Abota, dépité.
Selon le chef Cellule communale de Djidja de l’Agence territoriale de développement agricole, pôle 4, Choukouratou Gado Aboudou Salami, ce n’est pas un cas isolé. « De nos jours, on ne peut plus définir avec exactitude les saisons pluvieuses. La pluie commence quand bon lui semble. D’ailleurs, à Djidja, le grenier du zou, on est passé de quatre saisons à deux, ces cinq ou six dernières années », explique-t-elle.
« Pour contourner le phénomène, il est recommandé aux paysans de ne plus semer dès les premières pluies ou de faire des semis échelonnés, de façon à espérer quelque chose de mieux à la récolte. Comme élément de réponse, il est proposé une semence aux producteurs, qui résistent aux effets du réchauffement climatique. Il s’agit du maïs hybride jaune avec un taux de rendement, allant de trois à cinq tonnes à l’hectare, si le producteur respecte rigoureusement les itinéraires techniques prescrits. Les producteurs savent aujourd’hui que c’est un danger pour le sol de le dépouiller des résidus après la récolte », souligne Gado Aboudou.
Ces résidus permettent, d’après ses explications, de maintenir une certaine humidité dans le sol, afin de le soustraire à l’ensoleillement. Le mucuna, une légumineuse, est ensuite vivement conseillée aux producteurs, parce qu’elle favorise la fertilisation des sols.
« Aujourd’hui, nous recevons régulièrement ces derniers temps, les informations météorologiques relatives aux comportements des saisons. Parfois, ça marche. C’est le début, et j’ai la certitude que ces informations météo seront de plus en plus affinées, avec le temps. Mais la solution idéale serait de ne plus compter sur la pluie avant de produire ; il faut donc maitriser l’eau, si on veut lutter contre le réchauffement climatique », a-t-elle souligné.
Etant donné que les régimes pluviométriques baissent non seulement en volume, mais aussi en durée, d’année en année, l’encadrement technique de l’Association interprofessionnelle du coton (AIC) propose l’utilisation des variétés à cycle court, aux agricultrices et aux agriculteurs. Le Conseiller agricole, Vincent Gbètognon Kouakanou, donne l’exemple du maïs ciné 2000 arrivant à maturité au bout de 70 jours, et juge difficile l’application de la solution de la maitrise de l’eau.

FUPRO-Bénin : un plan pour sauver agricultrices et agriculteurs
Au cœur de la stratégie, la Fédération des unions des producteurs du Bénin (FUPRO-Bénin) concentre ses efforts sur plusieurs paramètres. Et lorsqu’on entre dans les détails, la faîtière des organisations paysannes place, au premier rang, la fertilité des sols et la maitrise de l’eau, auxquelles elle ajoute l’amélioration de la productivité des terres.
L’eau étant essentielle à un meilleur rendement, FUPRO-Bénin s’emploie, selon son chargé de programme Agroécologie, Stanislas Sovi Aboki, à aider les paysans à réduire les pertes en eau dues à l’évaporation, au ruissellement et à l’infiltration, grâce à l’utilisation des plantes de couverture. Aux agricultrices et aux agriculteurs, il est conseillé les labours perpendiculaires pour améliorer la capacité de rétention en eau du sol.
Par ailleurs, FUPRO-Bénin forme, sensibilise les producteurs sur les diverses technologies agricoles, échange et se concerte avec les élus communaux et responsables des différentes mairies sur les enjeux de l’agroécologie, ainsi que sur les défis climatiques.
En un mot, l’organisation, à en croire son chargé de programme, dispose, face au réchauffement climatique, d’un axe stratégique lui permettant de faire la promotion de l’agriculture écologique et biologique, comme alternative durable aux défis des changements climatiques.
Ce qui risque de ne pas suffire si on n’y ajoute pas d’autres mesures, fait observer Edmond Totin, Maître de conférences en socio-anthropologie agricole, enseignant-chercheur à l’université d’agriculture du Bénin.
Il s’agit, notamment du soutien aux petits exploitants africains, nécessitant une meilleure intégration de l’adaptation agricole et des instruments financiers fonctionnant au niveau local. Il cite, à titre d’exemple, l’assurance agricole.
L’enseignant-chercheur explique son intérêt en ce qu’elle protège les petits exploitants et les éleveurs contre les aléas climatiques. Selon lui, l’adaptation nécessite un investissement soutenu et proactif. Il regrette cependant que les efforts des gouvernants africains n’ont pas atteint le niveau requis, pour renforcer la production et la productivité agricoles.

La Maison du climat : une plateforme tournée vers l’adaptation
Vers la fin de l’année 2025, la mise en place de la Maison du climat au sein de l’Association nationale des communes du Bénin (ANCB) a fait passer la lutte contre le réchauffement climatique à une autre dimension en mettant un accent particulier sur les questions d’adaptation. Elle marque la fin des projets pilotes et le recours à des programmes conçus au profit des communes et des communautés locales, selon Hermann Padonou, directeur de la Maison du climat, à l’ANCB.
Le plus important au profit de la l’agriculture est le programme de gestion intégrée des ressources en eau. Financé par l’Ambassade royale des Pays-Bas, ce programme, en cours de mise en œuvre, permet d’accompagner 22 communes à réaliser chacune un Plan d’action communale pour l’adaptation au changement climatique.
Ce plan confère à chaque commune une certaine autonomie pour la recherche de financement et la mise en place d’initiatives pouvant améliorer la gouvernance locale en matière de changement climatique.
Pour accompagner certaines actions prioritaires d’adaptation, une vague de subventions, selon Padonou, a été mise en place en 2025, permettant aux communautés, dans chaque commune, de disposer d’un financement de 6 500 000 francs CFA (soit 11 600 USD), pour certaines actions prioritaires d’adaptation au changement climatique.
De l’avis de Padonou, il s’agit principalement de micro-projet relatif à la gestion des risques climatiques, par exemple la construction d’une digue contribuant à réduire l’inondation, la réalisation d’un ponceau ou la mise en place d’un système de pré-alerte dans la commune de Zogbodomè au sud du Bénin.
Dans la commune de Dangbo au sud-est du Bénin, c’est le chenal Gblon qui a été réhabilité. Une infrastructure essentielle pour la production agricole et le maraîchage, offrant une fluidité dans le transport fluvial pour l’écoulement facile des produits agricoles.
Il appartient donc à toutes les communes et à tous les élus locaux de s’inscrire dans cette dynamique, en vue de contribuer à renforcer la résilience climatique.
Image de bannière : Le maïs, l’une des cultures vivrières qui souffre énormément du réchauffement climatique. Image de Didier Hubert Madafimè pour Mongabay.
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