- Jadot Nkurunziza, un jeune environnementaliste de Bujumbura, s’est donné pour mission de reverdir la ville et de promouvoir la protection de l’environnement à travers la plantation d’arbres.
- Inspiré dès l’enfance par son grand-père, il a transformé sa passion pour les arbres en un engagement collectif, mobilisant d’autres jeunes et créant des initiatives de reboisement à travers le Burundi.
- Malgré le scepticisme et le découragement d’une partie de la société, y compris certains parents, il a poursuivi ses actions, contribuant notamment à la restauration de zones dégradées comme les rives de la rivière Ntahangwa.
- Ses initiatives, bien que locales, contribuent à lutter contre la déforestation et l’érosion des sols, tout en sensibilisant la population à l’importance de préserver l’environnement pour les générations futures.
Sous le soleil de midi, sur la route Mwezi Gisabo dans la province Bujumbura, l’air est légèrement plus frais qu’ailleurs. Une brise traverse les rangées d’arbres encore jeunes, faisant frissonner leurs feuilles vertes. Au pied de certains troncs, la terre est encore sombre, récemment arrosée. C’est ici que Jadot Nkurunziza, chemise claire légèrement tachée de terre, observe en silence l’un de ses plants. Il passe doucement la main sur les feuilles, comme pour en vérifier la santé, puis esquisse un sourire discret. « Celui-ci poussera bien », murmure-t-il.
À 32 ans, ce jeune environnementaliste est devenu une figure locale de la lutte contre la déforestation. Dans son quartier de Nyakabiga comme ailleurs à Bujumbura, beaucoup le connaissent sous le surnom Giti, « arbre » en kirundi.
Une vocation née dans le silence de la campagne
Assis à l’ombre d’un manguier, Nkurunziza parle calmement, prenant le temps de choisir ses mots. Par moments, il regarde autour de lui, comme pour s’assurer que chaque arbre raconte bien son histoire.
Né en 1994 dans une famille de cinq enfants, rien ne le destinait particulièrement à devenir défenseur de l’environnement. Ses parents, soucieux de son épanouissement, l’inscrivent à plusieurs activités : football, basketball, athlétisme et théâtre.
« J’ai tout essayé, mais rien ne me parlait vraiment », raconte-t-il en souriant.

Tout bascule à l’âge de huit ans, lors d’un séjour chez son grand-père. Là-bas, au cœur de la campagne burundaise, les journées commencent tôt, dans une atmosphère calme rythmée par le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles. « Chaque matin, je le voyais s’occuper de ses arbres avec patience. Il leur parlait presque », dit-il. Intrigué, l’enfant s’approche un jour et pose une question simple. La réponse va marquer toute sa vie.
« Il m’a dit que les arbres nous donnent l’air pur, la nourriture et même les matériaux pour construire nos maisons. Ce jour-là, j’ai compris que tout commence par l’arbre ».
De retour en ville, Jadot Nkurunziza ne parle plus que de cela. Dans les rues poussiéreuses de Nyakabiga à Bujumbura, ses amis se moquent gentiment de lui.
« Ils m’appelaient Giti. Certains riaient », raconte-t-il en laissant échapper un léger rire. « Mais, moi, j’étais fier ».
Nyakabiga, berceau d’un engagement
C’est dans une maison modeste de Nyakabiga, que Guy Nsabimana, tuteur de Nkurunziza, nous reçoit. Assis sur un banc de la cour, il observe le va-et-vient du quartier, ponctué par les voix des passants et le bruit lointain des motos. Pour lui, Nkurunziza est presque un fils.
Après la mort du père de Nkurunziza, le jeune garçon a vécu un temps chez lui. « Jadot est quelqu’un qui aime le travail. Quand il veut faire quelque chose, il s’acharne jusqu’à réussir », raconte-t-il, lors d’un entretien chez lui.
Il éclate de rire avant d’ajouter : « Je lui disais souvent que même s’il n’était pas devenu environnementaliste, s’il vendait des légumes au bord de la route, il finirait riche. Il se donne totalement dans ce qu’il entreprend ».

Nsabimana se souvient aussi d’un épisode révélateur de cette détermination. Nkurunziza devait participer à une Conférence des parties (COP), mais il lui manquait la signature d’une autorité publique, alors sur le point de prendre l’avion.
« Il n’avait même pas l’argent pour prendre un taxi. Il a traversé la ville en taxi-vélo, de Nyakabiga jusqu’à l’aéroport Melchior Ndadaye, pour obtenir cette signature. Et il l’a eue », raconte-t-il, admiratif.
Selon lui, la popularité de Nkurunziza tient aussi à son caractère. « Il est humble, respectueux et sympathique. Quand il passe dans la rue, les gens sont heureux de le voir ».
Planter, convaincre… et résister au découragement
En grandissant, Nkurunziza transforme sa fascination en action concrète. Il commence à planter des arbres et à sensibiliser les jeunes de son entourage. Son engagement prend une nouvelle dimension lorsqu’il rejoint le mouvement scout, où il apprend à structurer ses initiatives.
Aujourd’hui, sur un champ au bord de la rivière Ntahangwa à Jabe, un quartier de Bujumbura, transformé en pépinière, des dizaines de jeunes s’activent. Certains remplissent des sachets de terre, d’autres arrosent des plants alignés avec précision. L’odeur humide du sol se mélange à celle des feuilles fraîches.
« Doucement, pas trop d’eau ! », lance-t-il à un adolescent, d’un ton ferme, mais bienveillant.
Au fil du temps, d’autres jeunes issus de différents milieux rejoignent son initiative. Ensemble, ils créent une association et lancent des campagnes de plantation d’arbres dans plusieurs provinces du Burundi.
« J’ai compris très tôt que je ne pouvais pas agir seul. Pour changer les choses, il faut mobiliser les autres, surtout les jeunes », explique-t-il. Mais le chemin est loin d’être simple.
« Beaucoup de gens disaient que planter des arbres ne servait à rien », affirme-t-il en croisant les bras. « Certains parents empêchent encore leurs enfants de venir ici ».

Le regard du voisinage
Présent chez Nsabimana ce jour-là, Patrick Ndayisaba, voisin du quartier rencontré au domicile de Nsabimana, dit avoir connu Jadot Nkurunziza. « Je l’ai vu quand il était encore à l’école secondaire. C’était un enfant courageux », raconte-t-il.
Il insiste sur la capacité du jeune homme à concilier études et engagement.
« Il réussissait à l’école tout en avançant déjà dans sa mission de protection de l’environnement. Ce n’est pas donné à tout le monde ».
Malgré les critiques, Nkurunziza continue. Son travail a fini par être reconnu bien au-delà du Burundi. Lors de la COP26 organisée à Glasgow, en Écosse, en 2021, il a été primé meilleur jeune volontaire de l’année.
Il hausse légèrement les épaules en évoquant cette distinction. « Le prix est important, mais ce n’est pas l’essentiel. Ce qui compte, c’est ce que ces arbres vont devenir pour les générations futures ».
La rivière Ntahangwa, de zone menacée à espace vivant
Avant les interventions de Jadot Nkurunziza et de ses volontaires entre 2010 et 2019, plusieurs portions des rives de la rivière Ntahangwa offraient un paysage inquiétant. Les berges, mises à nu par l’érosion, s’effondraient progressivement à chaque saison des pluies. La terre rouge glissait dans l’eau devenue trouble et boueuse. Par endroits, les habitants vivaient dans la peur de voir leurs parcelles ou leurs maisons emportées. Les déchets s’accumulaient aussi sur certains tronçons, donnant à la rivière un visage abandonné.
« Avant, quand il pleuvait fort, nous ne dormions pas tranquilles », dit Paul Nijimbere, riverain du secteur de la rivière de Ntahangwa. « On entendait la terre craquer pendant la nuit ».
Face à cette dégradation, Nkurunziza et une équipe de jeunes ont entrepris de reboiser les berges, de stabiliser les sols et de sensibiliser les riverains à la protection de cet espace fragile.
Aujourd’hui, le décor a changé. Les rives autrefois nues sont bordées d’arbres et d’arbustes dont les racines retiennent la terre. L’eau circule plus calmement entre les zones reverdies. Des oiseaux reviennent se poser dans les branches, tandis que des habitants viennent s’asseoir à l’ombre en fin de journée.
Le bruit sec des glissements de terrain a laissé place au murmure de l’eau et au froissement des feuilles dans le vent.
« Maintenant, on respire mieux ici », affirme Nijimbere en regardant la rivière. « On a retrouvé un endroit où vivre, pas seulement un danger à surveiller ».

Ces transformations locales trouvent aussi un écho auprès des autorités publiques.
Rencontré dans un bureau sobre du ministère burundais en charge de l’Environnement, dossiers empilés sur une table et ventilateur tournant lentement malgré la chaleur de l’après-midi, Jean Daniel Mugisha, chargé de la communication au ministère burundais de l’Environnement, de l’agriculture et de l’élevage, ajuste ses lunettes avant de répondre. Sa voix est posée, son ton mesuré.
« Je salue l’engagement remarquable de Nkurunziza, un jeune leader qui mobilise ses pairs autour des actions concrètes de protection de l’environnement », affirme-t-il.
À travers la fenêtre entrouverte, on entend les klaxons lointains de la circulation de Bujumbura. Le cadre du ministère poursuit, les mains jointes sur le bureau.
« Son initiative de plantation d’arbres le long de certaines routes de Bujumbura constitue un exemple inspirant de participation citoyenne et de responsabilité environnementale ».
Il marque une courte pause, puis insiste sur la portée de telles actions. « Ce type d’action contribue, non seulement à la lutte contre le changement climatique, mais aussi à la restauration des paysages et à la sensibilisation des communautés locales ».
Une vision pour tout un pays
Debout au milieu de sa pépinière, Nkurunziza regarde les rangées de plants qui s’étendent devant lui. Le soleil commence à descendre, projetant une lumière dorée sur les feuilles.
« Mon rêve ? », répète-t-il en souriant légèrement.
Il prend quelques secondes avant de répondre : « Voir toutes les montagnes du Burundi couvertes d’arbres. Je veux que chaque Burundais comprenne que la nature est notre richesse ».
Autour de lui, les jeunes continuent de travailler, entre discussions, rires et bruit d’arrosoirs. Une énergie collective, simple, mais déterminée.
Dans un pays confronté à la déforestation, à l’érosion des sols et aux effets du changement climatique, son combat prend une dimension particulière. « Planter un arbre, ce n’est pas seulement embellir un endroit », dit Nkurunziza en ramassant une poignée de terre. « C’est protéger la vie ».
Image de bannière : Jadot Nkurunziza avec un groupe des jeunes scoutes de la région Scout Imbo, dans le cadre d’une opération reboisement dans la commune de Mugere. Image fournie par Jadot Nkurunziza avec son aimable autorisation.
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