- Le Mali est l’un des pays du monde disposant d’un plus haut potentiel solaire avec une radiation d’environ 5 à 7 kWh/m2/jour.
- Avec un ensoleillement journalier moyen de 7 à 10 heures, l’énergie solaire s’installe et s’impose comme la solution inattendue face à la crise de l’eau dans les champs.
- Selon une étude de l’Institut international de gestion de l’eau, 0,69 à 4,44 hectares sont adaptés à l’irrigation solaire, soit jusqu’à 60 % des terres agricoles.
- Ce système, malgré ses énormes coûts, s’adapte à toutes les localités du pays, tout en réduisant la dépendance aux énergies fossiles, et modernise les systèmes de production agricole.
Il est 11 heures du matin à Kabara, dans les périphéries de la ville de Tombouctou au nord du Mali. Le thermomètre affiche 44 degrés, aucun signe de l’eau. Cependant, en levant la tête, on aperçoit des parcelles verdoyantes. Billy Diallo ouvre les portes de son jardin pour y laisser voir l’eau jaillissant d’un tuyau relié à une pompe alimentée par des panneaux solaires.
« Avant, j’utilisais plus de 4 litres de carburant par jour, soit plus de 6000 francs CFA [10,75 USD], pour pouvoir arroser un demi hectare. Aujourd’hui, il me suffit juste d’ouvrir les vannes et le dispositif se met en marche », confia-t-il.
Un peu plus loin, au nord de la ville, à Abardjou, un quartier de la commune urbaine de Tombouctou, la technologie dompte à nouveau l’ensablement, grâce à ses installations solaires, financées par la Coopérative des femmes maraîchères du jardin de la paix, une ONG défiant le sable ayant englouti la clôture dudit jardin et ses espaces aménagés. Dadda Moudou, une sexagénaire, arrose son champ. Pour elle, l’impact de l’eau est sans appel : oignon, salade, tomate, laitue, pomme de terre sortent de terre. « Au début, rares sont ceux qui croyaient à ce projet. Maintenant, nous produisons toute l’année et nous gagnons beaucoup », affirme-t-elle à Mongabay.
Grâce à ces acquis, le jardin autrefois abandonné reçoit des exploitants. De nombreux habitants du quartier se sont joints aux femmes de la coopérative pour produire. « Nous avons suffisamment d’eau et d’espace à partager ; nous ne refusons personne, car le but et l’objectif même du jardin est de réunir les populations autour d’un idéal commun », ajoute-t-elle.

Comment le système fonctionne-t-il ?
En effet, au Mali, l’agriculture dépend largement des pluies saisonnières. Mais, avec la sécheresse et parfois les inondations, les producteurs vivent dans l’incertitude et peinent à maintenir leurs activités agricoles.
Face à ces aléas climatiques, les pompes solaires apparaissent comme l’alternative tant attendue. Sane Ascofaré, technicien spécialisé et promoteur d’une entreprise agricole, explique : « Les panneaux photovoltaïques captent l’énergie du soleil pour alimenter la pompe qui puise l’eau souterraine et la déverse dans la cuve de stockage ». Cette accumulation d’eau permet de mettre en marche les systèmes d’irrigation technologiques autonomes « goutte à goutte et laser spray », explique-t-il.
Pour lui, il est impératif d’évaluer ses besoins et investir de façon à répondre convenablement aux exigences du terrain. « Il faut des batteries solides pour stocker le maximum d’énergie, afin de pouvoir bénéficier du système même après le coucher du soleil », dit Ascofaré.
« Une pompe solaire peut durer plus d’une dizaine d’années, si le suivi et l’entretien se font normalement », précise-t-il. « Raison pour laquelle, nous accompagnons les producteurs dans l’installation, la gestion et la maintenance », confie le technicien à Mongabay.

Une technologie accessible, mais pas pour tous
Abdrahamane Haidara est producteur, mais aussi consultant dans l’installation des systèmes d’irrigation solaire. Selon lui, « une installation solaire complète sur 1 ha peut coûter jusqu’à 6 millions francs CFA [10 710 745, 87 USD] ».
Un investissement souvent inaccessible, sans appui extérieur. La Coopérative des femmes du jardin de la paix salue les efforts de ses donateurs. « Jamais, nous n’aurons pu mobiliser autant de fonds pour nous offrir de telles installations et atteindre ces résultats aujourd’hui », dit la présidente Dadda.
Pour profiter du système, les producteurs s’adaptent donc au climat et à ses exigences en priorisant les cultures par saison. « Pendant la saison froide, nous mettons l’accent sur la pomme de terre et la tomate ; pendant la canicule, nous choisissons le haricot », disent les femmes de la coopérative.

Vers une agriculture moderne et résiliente
Le système solaire offre d’énormes possibilités dans ce milieu désertique, où la pluviométrie annuelle ne dépasse pas 100 mm. Bien qu’il ne serve pas pour le moment la riziculture, les périmètres maraîchers y trouvent leur compte. Dans le champ de Bily Diallo, plusieurs variétés de cultures verdoyantes et d’arbres fruitiers captent l’attention du visiteur. Pour lui, « les pompes solaires sont une bénédiction pour les producteurs de cette partie du pays, qui reçoit moins de pluie par an ».
Les disponibilités offertes par l’eau permettent d’expérimenter plusieurs spéculations, même celles méconnues de la zone. « J’ai importé, du Burkina Faso, des plants d’oranger pineapple, pour l’expérimentation. Les plantes sont en pleine évolution, et les résultats visibles sont plus que satisfaisants », souligne Diallo. Selon lui, si l’eau est disponible, tout peut être cultivé dans le nord, malgré la pression du sable et des vents chauds.

Selon le directeur général de Company Innovation Africa Mali, une entreprise spécialisée dans les énergies renouvelables, le solaire ne sert pas seulement à l’irrigation, mais également à la sécurisation totale des champs. « Nous installons des lampes solaires autour des champs pour éclairer l’espace, faciliter la surveillance et chasser les ravageurs créant des pertes énormes aux producteurs », dit Kanouté à Mongabay.
Face à l’urgence climatique, les pompes solaires pourraient bien atténuer les difficultés liées à l’eau dans les pratiques agricoles. Mais la question persiste : l’usage abusif peut-il à terme garantir l’accès équitable et la gestion durables des ressources hydriques ?
Image de bannière : Entretien d’une pompe solaire et de panneaux photovoltaïques par un technicien dans un jardin à Kabara, dans la région de Tombouctou. Image de Albakaye Bollo Cissé pour Mongabay.
Avec l’irrigation goutte à goutte, Abdrahamane Haidara fait « partie des optimistes » au Mali
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