- La compagnie minière d'Ambatovy opère sur un territoire, où vit uniquement la grenouille dorée, une petite espèce vivement colorée.
- La compagnie fait de cet amphibien, outre d’autres espèces, une priorité dans son programme de conservation.
- Les individus, présents sur les zones en cours de défrichement pour l’extraction de minerais, sont capturés pour être reproduits dans un centre d’élevage de grenouilles, en vue de leur repeuplement.
- La tendance globale est à la stabilité de la population dans les zones de conservation, et les individus en captivité, issus de l’élevage, présentent une bonne capacité d’adaptation aux milieux de réintroduction dans la nature.
ANDASIBE, Madagascar— Près d’une décennie après le premier relâchement des grenouilles dorées, menacées par les activités minières d’Ambatovy dans la région de Moramanga, sur les Hautes Terres orientales de l’île, la compagnie affirme que son projet de conservation se déroule bien. Mantella aurantiaca, cette petite grenouille vivement colorée, est menacée d’extinction. L’espèce est connue seulement dans la forêt de Mangabe, la forêt d’Andriambondro Ambakoana et le marais de Torotorofotsy – une zone humide selon la Convention Ramsar.
Malheureusement, pour la conservation de cette espèce, le marais est parmi les localités affectées par les activités minières d’Ambatovy. A partir de 2012, la compagnie commençait à creuser entre 20 et 100 mètres de profondeur dans le sol, pour extraire le nickel et le cobalt, et défricher environ 1 600 hectares de forêt primaire.
Par ailleurs, 92 espèces d’amphibiens et 69 espèces de reptiles ont été recensées sur le site, dont 12 espèces classées en danger.

Les grenouilles trouvées sur la zone en cours de défrichement sont collectées et confiées à un centre d’élevage de grenouilles, appelé Toby Sahona, pour y être reproduites, en vue de leur réintroduction dans la nature.
En 2017, plus de 1 500 individus de M. aurantiaca ont été réintroduits dans les marais de ponte, près de la mine d’Ambatovy, une telle opération étant organisée constamment. « Nous nous occupons du processus de reproduction dans sa totalité. Le centre d’élevage fonctionne toujours bien », a souligné à Mongabay, au téléphone, Christin Nasoavina, qui dirige actuellement le centre, à Andasibe Moramanga.
« De temps à autre, nous recevons d’Ambatovy une cinquantaine ou une centaine d’individus de Mantella aurantiaca. En retour, elle en demande jusqu’à un millier, voire plus pour le repeuplement », a expliqué Nasoavina.
Les animaux réintroduits, dans la nature, font l’objet d’un suivi régulier par Ambatovy et ses partenaires, avec le ministère chargé de l’Environnement. Selon un courriel de Media Relations Team d’Ambatovy, des suivis menés en 2025 par la compagnie ont relevé 257 grenouilles dorées sur la zone de conservation, 273 sur les sites de translocation, ainsi que 47 M. aurantiaca et trois Mantella crocea sur les zones en cours de défrichement.
« Les résultats [obtenus] indiquent une présence continue de l’espèce dans les habitats naturels et les sites récepteurs, avec une tendance globalement stable de la population dans les zones de conservation. Cela démontre également que les individus issus de l’élevage en captivité présente une bonne capacité d’adaptation aux milieux de réintroduction », écrit-elle.

Selon Sylvain Rija Rakotosoa, membre d’Ecofauna Madagascar, une équipe de l’ONG est déployée sur le terrain pour le suivi des grenouilles transférées vers les marais récepteurs, notant la présence des juvéniles signifiant que la majorité des individus transférés — des 5 109 individus de M. aurantiaca et d’autres espèces — se sont bien installés dans les marais récepteurs et ont commencé à se reproduire.
« Les dernières densités estimées dans ces marais récepteurs varient de 0,07 à 0,62 individus par mètre carré, correspondant à un effectif variant de 40 à 691 individus par marais », a indiqué l’expert. Les activités de sauvetage et de translocation jouent un rôle essentiel pour la population de M. aurantiaca, dont le statut de conservation est passé de « En danger critique » à « En danger », en l’espace de dix ans.
« Le suivi des marais, accueillant les populations nouvellement transférées, demeure primordial, afin d’évaluer l’efficacité de ce programme de conservation, sur le long terme », a expliqué Rakotosoa.
« Ces initiatives d’Ambatovy, parmi les premières menées à Madagascar, constituent une avancée encourageante. Elles ouvrent la voie à des actions similaires pour d’autres espèces de grenouilles malgaches aux populations restreintes, qui pourraient aussi bénéficier de programmes de conservation in situ », a-t-il conclu.
Le complexe forestier d’Ambatovy Analamay abrite aussi 11 espèces de lémuriens, dont deux en danger critique d’extinction et une en danger. En 2025, deux espèces ont été observées sur les zones de défrichement. Deux individus ont été capturés et transférés vers des habitats sécurisés.
Le programme de biodiversité d’Ambatovy repose sur une collaboration entre ses équipes internes, la communauté locale à travers des entités communautaires fondées conformément aux directives gouvernementales, un comité d’experts scientifiques, des organisations de conservation, des institutions académiques et les autorités environnementales malgaches.
Le dispositif permet d’assurer un suivi écologique continu, de renforcer les capacités locales en matière de conservation et d’aligner les actions avec les exigences réglementaires et les standards internationaux.
Image de bannière : Menacée d’extinction, la Mantella aurantiaca est une espèce de grenouille vivant exclusivement sur le territoire de Moramanga. Image de Frank Vassen via Flickr (CC BY 2.0)
Le repeuplement de Mantella aurantiaca à Madagascar est un cas d’école à dupliquer
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