- Selon une étude récente, des centaines de vautours à capuchon, une espèce classée en danger critique d’extinction, sont vendus illégalement, entiers ou en morceaux, sur des marchés béninois. Ces oiseaux sont très convoités pour leurs prétendues vertus surnaturelles par de nombreux adeptes de la religion traditionnelle vodun.
- Au cours d’une étude menée sur quatre mois, les chercheurs ont recensé au total 522 oiseaux sur les étals. Les vendeurs, qui proposaient des carcasses séchées, des têtes ou des oiseaux vivants sur neuf marchés du Sud du Bénin, ont indiqué les avoir importés d’au moins dix pays d’Afrique de l’Ouest.
- Bien que la chasse et la vente de vautours à capuchon soient illégales au Bénin et que le commerce transfrontalier soit réglementé par un traité international, la demande continue d’alimenter un trafic massif.
- Les vautours à capuchon, dont les populations ont chuté de 50 à 96 % ces dernières années, comptent parmi les rapaces les plus menacés. Entre trafic d’animaux sauvages, empoisonnements accidentels et perte d’habitat, l’espèce pourrait bientôt disparaître complètement. Les conservationnistes appellent à renforcer la sensibilisation et l’application des lois au Bénin, afin d’endiguer ce commerce illégal.
Le vautour à capuchon, un petit rapace au plumage hirsute originaire d’Afrique subsaharienne, doit son nom à une petite touffe de plumes beige qui lui coiffe la tête tel un capuchon. Contrairement à d’autres espèces de vautours, le vautour à capuchon (Necrosyrtes monachus) préfère l’agitation humaine aux forêts. On le rencontre souvent près des villages, fouillant abattoirs et décharges à la recherche de viande et de déchets.
« Ils ont toujours vécu à proximité des gens… Ce sont un peu les pigeons d’Afrique de l’Ouest », explique Nico Arcilla, présidente et directrice de la recherche au sein de l’International Bird Conservation Partnership (IBCP), qui a étudié de nombreuses espèces d’oiseaux d’Afrique de l’Ouest, dont les vautours à capuchon.
Cette proximité avec les humains se paie toutefois au prix fort. En effet, peu craintifs, ces oiseaux sont capturés sans difficulté, souvent grâce à des appâts empoisonnés ou imprégnés de tabac et fixés à un hameçon, avant d’être mis en vente.
Dans certaines régions du Nigeria, les habitants en consomment, mais la plus grande demande provient des usages liés aux croyances, notamment chez les pratiquants du vodun, la religion traditionnelle ayant donné naissance au vaudou dans l’hémisphère occidental. Pour nombre de croyants, ces oiseaux possèdent des pouvoirs surnaturels : ils pourraient attirer la chance, annoncer la pluie ou présager le malheur. Les adeptes réduisent alors certaines parties des vautours en poudre, pour fabriquer des savons rituels ou exposent les carcasses ou les têtes séchées dans leurs habitations pour attirer la chance, la prospérité et se protéger contre la sorcellerie. D’autres encore affirment que ces oiseaux ont des propriétés médicinales.
Bien qu’aucune estimation récente de la demande ne soit disponible, les données existantes révèlent qu’entre 5 800 et 8 700 oiseaux ont été vendus illégalement entre 2008 et 2013, en Afrique de l’Ouest et centrale.
En 2019, l’espèce a été frappée par le plus grand massacre de vautours jamais enregistré au monde. Près de 2 000 vautours à capuchon ont été tués à l’aide d’appâts empoisonnés en Guinée-Bissau, bastion ouest-africain de l’espèce, pour alimenter des pratiques liées aux croyances.
Déjà menacés par la raréfaction de leurs proies, l’abattage des arbres qui abritaient autrefois leurs nids, aujourd’hui remplacés par des plantations ou des installations humaines, les vautours à capuchon connaissent un déclin alarmant dans toute la région. L’espèce est désormais classée « en danger critique d’extinction » sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), dernière étape avant l’extinction. Au cours des trois dernières générations, ses effectifs ont chuté d’environ 80 % dans l’ensemble de son aire de répartition.
Pour Darcy Ogada, directrice du programme Afrique pour le Peregrine Fund, une ONG dédiée à la conservation des rapaces, le commerce fondé sur les croyances constitue la « plus grande menace » pour les vautours à capuchon. « Beaucoup de ces oiseaux sont capturés après avoir été empoisonnés », dit-elle. « C’est une véritable horreur, il n’y a pas d’autres mots pour qualifier ce phénomène ». Ogada assure aussi la présidence Afrique du Groupe de spécialistes des vautours de l’UICN, l’autorité mondiale de référence en matière de conservation de la faune sauvage.

Un trafic « ahurissant » sur les marchés béninois
En 2023, Nico Arcilla et ses collègues ont étudié l’ampleur du commerce illégal de vautours à capuchon dans le Sud du Bénin, une région où les morceaux d’animaux abondent sur les étals. Abiola Sylvestre Chaffra, membre de l’équipe et originaire de la région, a parcouru neuf marchés et a interrogé plus de 150 vendeurs.
En échangeant avec eux dans leur langue maternelle, il a pu recueillir différentes informations et consigner qui vend les vautours, d’où proviennent les oiseaux et quels morceaux sont les plus recherchés. Les résultats de l’étude ont été publiés dans la revue Bird Conservation International.
Au cours des quatre mois d’enquête, Chaffra a recensé 522 vautours en vente sur ces marchés. Les carcasses séchées dominaient largement l’offre (383, soit environ les trois quarts des spécimens), suivies de 90 têtes, tandis qu’environ 10 % des oiseaux étaient vendus encore vivants.
Certaines personnes achètent les vautours vivants pour en prélever le foie, le cœur, les plumes ou les pattes, qu’elles consomment ensuite dans l’espoir d’acquérir des pouvoirs surnaturels. Les oiseaux sont également utilisés en médecine traditionnelle pour traiter diverses pathologies, notamment les troubles visuels, les douleurs auriculaires ou dentaires, l’anémie et l’infertilité chez les femmes.
Les chercheurs estiment que, bien qu’ancré dans des pratiques traditionnelles, le commerce de vautours à capuchon, pour des usages liés aux croyances, est passé d’un petit marché local à un commerce régional en pleine expansion. Il y a 10 ans, entre 975 et 1 462 vautours à capuchon étaient vendus, chaque année, dans toute l’Afrique de l’Ouest. Les chiffres actuels du Bénin montrent que ce commerce connaît aujourd’hui une croissance fulgurante.
Pour les chercheurs, cet essor s’explique par l’émergence de nouvelles croyances. Certaines personnes ont recours aux pratiques liées au vodun et utilisent des vautours à capuchon pour accroître leur chance, que ce soit à la loterie ou en période électorale. Selon Chaffra, près de la moitié des acheteurs sur les marchés étaient des hommes d’affaires et des politiciens en quête de succès et de richesse, plutôt que des personnes cherchant à se protéger de la sorcellerie.
Arcilla qualifie ce commerce d’« ahurissant », ajoutant que « la forte demande, pour ces oiseaux utilisés dans les rituels traditionnels béninois, pourrait précipiter l’espèce vers l’extinction ».
Avec un rythme de reproduction très lent, un seul œuf par an et de longs soins à l’oisillon, le vautour à capuchon peinera à se remettre de ce déclin aussi sévère.

Un commerce régional en pleine expansion
Sur ces marchés, les prix allaient de 7 000 francs CFA pour une tête à 500 000 francs CFA pour un oiseau vivant (soit environ 11 à 762 EUR ou encore 12 à 884 USD).
Chaffra a appris que la plupart des vendeurs étaient des prêtres fétichistes. Tous appartenaient au principal groupe ethnique du Bénin, le Fon, où le vodun est profondément enraciné et souvent pratiqué en combinaison avec le christianisme et d’autres religions. Alors que près de la moitié de la population béninoise se déclare chrétienne, le gouvernement soutient le vodun, religion officielle du pays, en tant que patrimoine culturel.
Les vendeurs ont également fourni à Chaffra des informations sur l’origine des oiseaux, en provenance de toute l’Afrique de l’Ouest. Un quart venait du Bénin ; près de 60 % du Ghana, du Burkina Faso, du Nigeria et du Niger ; le reste du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Gabon, de la Guinée, du Mali et du Togo.
En plus des vautours à capuchon, Chaffra a également identifié sur les étals quatre autres espèces menacées : le vautour à tête blanche (Trigonoceps occipitalis), le vautour à dos blanc (Gyps africanus) et le vautour de Rüppell (Gyps rueppelli), tous les trois en danger critique d’extinction, ainsi que le vautour oricou (Torgos tracheliotos), une espèce en danger. Des travaux précédents avaient recensé au moins 268 espèces d’oiseaux, 96 espèces de mammifères et 59 espèces de reptiles dans le commerce à des fins de fétichisme, avec une représentation prépondérante des vautours.
Les études de terrain comme celle-ci restent relativement rares. Ogada, non impliquée dans l’étude, souligne que ces résultats permettent de révéler l’ampleur du commerce. Il s’agit de données clés, mais généralement difficiles à recueillir dans les pays et communautés d’Afrique non anglophones.

La disparition des vautours : un enjeu écologique
Les effets de ce commerce effréné sont aujourd’hui tangibles. Une étude de terrain, réalisée en 2024 au Bénin, n’a pu identifier que 52 vautours à capuchon, après avoir inspecté près de 1 500 km (930 miles) de route, dans des régions où l’on en observait autrefois des centaines tous les 100 km (60 miles). Selon les auteurs, si la tendance se poursuit, l’espèce pourrait s’éteindre d’ici à 20 ans.
Ogada souligne que les vautours ont déjà disparu du Sud du Bénin. Quant à Arcilla, elle indique qu’elle n’a dénombré aucun vautour à capuchon sur un site togolais, où elle en avait recensé près de 60 par le passé.
La disparition progressive de ces « nettoyeurs de la nature » aura de lourdes conséquences écologiques. « Ils jouent un rôle essentiel dans l’écosystème, en nettoyant les carcasses et en consommant les déchets organiques », explique Ogada. « Grâce à leur système digestif particulièrement adapté et performant, les vautours peuvent ingérer des microbes et d’autres organismes potentiellement dangereux qui seraient fatals à d’autres oiseaux, ou qui pourraient contaminer les humains et le bétail », poursuit-elle. Des études montrent que les carcasses mettent plus de temps à se décomposer sans ces charognards naturels, et que les mouches vectrices de maladies se multiplient.

Les conservationnistes appellent à mettre un terme à ce trafic
Bien que la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) autorise le commerce international des six espèces de vautours d’Afrique de l’Ouest, celui-ci reste soumis à des quotas et à des permis.
Au Bénin, la chasse, la capture, la détention et la vente de vautours sont interdites. Les infractions sont passibles de trois ans d’emprisonnement et d’une amende pouvant aller jusqu’à 500 000 francs CFA (soit 765 EUR ou 883 USD), l’équivalent du prix d’un oiseau vivant révélé par l’étude récemment publiée. La plupart des vendeurs interrogés, dans le cadre de l’étude, reconnaissent l’illégalité de ce commerce, mais s’y adonnent malgré tout.
Arcilla souligne que le commerce est tellement rentable que les bénéfices dépassent de loin les sanctions encourues, d’autant que l’application de la loi demeure limitée. « Il n’existe aucune volonté politique d’y mettre un terme », dit-elle, car « de nombreux responsables politiques de haut niveau sont impliqués dans ces pratiques, et il serait donc totalement contraire à leurs intérêts d’engager des poursuites ».
Pour les chercheurs, il est temps que les choses changent. Ils préconisent de sensibiliser à la fois le public et les vendeurs à la situation précaire du vautour. Ogada craint toutefois qu’il ne soit déjà trop tard : les vautours pourraient avoir disparu avant que les gens ne prennent conscience des dégâts. « Nous n’avons pas le temps d’attendre que des générations entières soient sensibilisées ».
Face à la disparition accélérée des vautours, les chercheurs appellent le gouvernement à agir et à faire respecter la législation.
« Honnêtement, il n’y a plus d’avenir pour le vautour à capuchon en Afrique de l’Ouest », dit Ogada, « à moins que des mesures vraiment drastiques soient mises en place », poursuit-elle.

Image de bannière : Le vautour à capuchon est un petit vautour originaire d’Afrique subsaharienne à l’allure hirsute. Image de Florentin66 via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).
Spoorthy Raman est journaliste à la rédaction de Mongabay, spécialisée dans les sujets liés à la faune sauvage, avec un intérêt particulier pour les espèces peu connues, le commerce d’animaux sauvages et la criminalité environnementale.
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