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Un centre local des droits ouvre une voie vers la justice pour les peuples autochtones en République centrafricaine

De nombreux Ba’aka dépendent des ressources forestières, mais les restrictions d’accès ont parfois entraîné des conflits et des abus présumés. Le Centre des droits humains de Bayanga offre des recours. Photo de Rhett A. Butler.

De nombreux Ba’aka dépendent des ressources forestières, mais les restrictions d’accès ont parfois entraîné des conflits et des abus présumés. Le Centre des droits humains de Bayanga offre des recours. Photo de Rhett A. Butler.

  • À Bayanga, une ville forestière située à la lisière du complexe d’aires protégées de Dzanga-Sangha, un petit centre des droits humains redonne espoir aux Ba’aka, l’un des peuples autochtones les plus connus du bassin du Congo.
  • Créé en 2015, le centre aide à régler les conflits au sein des communautés de cette localité, favorise l’accès à la justice, forme et sensibilise aux droits humains, aide la communauté Ba’aka à participer à la vie politique et sociale. Il aide aussi les populations à obtenir des documents administratifs comme les actes de naissance et les cartes d’identité.
  • Le centre a déjà traité 880 dossiers, allant des litiges pécuniers aux prêts ou aux salaires jusqu’aux violences physiques et aux abus sexuels.
  • Grâce à la confiance dont il bénéficie auprès des communautés, il participe à la préservation de la paix sociale dans cette localité forestière.

BAYANGA, République centrafricaine — À travers le bassin du Congo, la conservation nourrit depuis longtemps une contradiction difficile. Les aires protégées, censées préserver la faune, ont parfois aussi été le théâtre d’allégations de violations des droits humains à l’encontre des peuples autochtones. Au cours de la dernière décennie, Mongabay a documenté des accusations de passages à tabac, d’intimidations et d’autres abus liés aux écogardes et aux opérations de conservation dans des pays comme le Cameroun, la République du Congo et la République démocratique du Congo.

Plusieurs acteurs de la conservation ont été mis en cause, notamment des organisations comme le WWF et African Parks. Celles-ci ont à plusieurs reprises nié tout acte répréhensible, alors même que des audits, des enquêtes et des témoignages ont maintenu ces préoccupations au cœur du débat.

C’est dans ce contexte qu’une histoire plus discrète, moins connue, émerge dans le sud-ouest de la République centrafricaine.

À Bayanga, une ville forestière située à la lisière du complexe d’aires protégées de Dzanga-Sangha, un petit centre des droits humains est devenu une institution de confiance inattendue pour les Ba’aka, l’un des peuples autochtones forestiers les plus connus du bassin du Congo, ainsi que pour les Bilo, communautés non autochtones vivant aux côtés des Ba’aka. Le centre n’efface pas les tensions qui rythment la vie dans cette localité. Mais pour de nombreux habitants, il a permis de combler un vide : un lieu où signaler des abus, chercher une médiation, obtenir une assistance juridique et comprendre que les droits ne sont pas réservés qu’aux autres.

« Notre travail repose sur quatre piliers », explique Michelin Limbaya, qui dirige le centre. « Le premier est l’accès à la justice. Le second concerne la formation et la sensibilisation aux droits humains — droits des peuples autochtones, des femmes et des enfants. Le troisième vise à aider la communauté Ba’aka à participer à la vie politique et sociale. Le dernier consiste à gérer le mécanisme de plainte de la zone ».

Le Centre des droits humains de Bayanga reçoit des financements de plusieurs acteurs de la conservation, dont le WWF. Pour le WWF, le centre sert également de mécanisme de médiation, permettant aux personnes affectées par les activités de conservation dans le Parc national de Dzanga-Sangha d’exprimer leurs préoccupations et leurs doléances. Photo de Rhett A. Butler.
Le Centre des droits humains de Bayanga reçoit des financements de plusieurs acteurs de la conservation, dont le WWF. Pour le WWF, le centre sert également de mécanisme de médiation, permettant aux personnes affectées par les activités de conservation dans le Parc national de Dzanga-Sangha d’exprimer leurs préoccupations et leurs doléances. Photo de Rhett A. Butler.

Le centre aide à obtenir des actes administratifs

Créé en 2015 au lendemain de la dernière crise violente qu’a connue le pays, le centre opère dans un contexte où la justice semble souvent quasi inaccessible. Les audiences criminelles n’ont lieu qu’une fois par an, et le tribunal compétent se trouve à plusieurs centaines de kilomètres. Dans les zones rurales de la RCA, même les documents administratifs de base sont rares. « En milieu rural, je dirais que 90 % de la population n’a pas de pièce d’identité », indique Limbaya.

Le centre aide les populations à obtenir des actes de naissance et des documents d’identité, mais son action va bien au-delà de cette action. Depuis 2022, explique Limbaya, il a traité 880 dossiers, allant des litiges pécuniers aux prêts ou aux salaires jusqu’aux violences physiques et aux abus sexuels. Quatre affaires de viol impliquant des mineures âgées respectivement de 8, 11 et 13 ans figurent parmi les cas les plus graves instruits. Ces affaires ont abouti à des condamnations, selon le centre.

« L’un des cas concerne un homme de 40 ans et une fillette de 8 ans », précise Limbaya. Dans ces situations, ajoute-t-il, le centre ne se contente pas de conseiller les familles. Ses équipes enquêtent, documentent les faits, accompagnent les victimes à l’hôpital pour l’établissement de certificats médicaux, présentent les éléments de preuve à la police et aux procureurs, et suivent les dossiers tout au long de la procédure judiciaire.

De nombreux Ba’aka dépendent des ressources forestières, mais les restrictions d’accès ont parfois entraîné des conflits et des abus présumés. Le Centre des droits humains de Bayanga offre des recours. Photo de Rhett A. Butler.
De nombreux Ba’aka dépendent des ressources forestières, mais les restrictions d’accès ont parfois entraîné des conflits et des abus présumés. Le Centre des droits humains de Bayanga offre des recours. Photo de Rhett A. Butler.

Une crédibilité croissante

Ce travail est crucial dans ces communautés où l’intimidation peut réduire les victimes au silence. Limbaya explique que les familles des accusés tentent parfois de faire pression sur les victimes, mais que le centre dispose désormais d’une légitimité suffisante pour intervenir. « Le centre est aujourd’hui très influent », dit-il. « Si des membres de la famille de l’accusé tentent d’intimider la victime, le centre intervient et leur explique qu’ils peuvent eux aussi être poursuivis ».

La crédibilité croissante du centre modifie également la perception de la personne pouvant être amener à prendre la parole. Historiquement, les relations entre les communautés Ba’aka et Bilo ont été inégalitaires et souvent douloureuses, selon Limbaya. Un responsable de la conservation à Bayanga décrit cet héritage sans détour : « une culture enracinée dans une histoire d’esclavage et de sentiment d’infériorité ».

Ce legs n’a pas disparu. Mais certains responsables locaux et les acteurs de la conservation estiment que le centre a contribué à faire évoluer les choses, même modestement. Il a aidé des Ba’aka à obtenir des documents administratifs, les a sensibilisés via des émissions radio hebdomadaires et a encouragé leur participation à la vie publique. Selon Limbaya, plusieurs Ba’aka siègent désormais dans des conseils locaux, et l’un d’entre eux au moins envisage de se présenter aux élections législatives.

Luis Arranz, ancien directeur du Parc national de Dzanga-Sangha, qui dit avoir soutenu ce modèle dès son arrivée en 2017, décrit une évolution progressive plutôt que soudaine. « Après 2019, de plus en plus », dit-il, soulignant l’importance de la persévérance plutôt que d’un tournant unique.

Pour Limbaya, cette construction progressive de la confiance a été déterminante. « C’était une approche de terrain », explique-t-il. « Des messages constants et une présence hebdomadaire sur le terrain ». Le centre s’appuie désormais sur des relais communautaires qui permettent d’identifier rapidement les problèmes et de les transmettre aux équipes d’enquête.

Un jeune Ba’Aka travaille comme pisteur pour le WWF dans le Parc national de Dzanga-Sangha, en République centrafricaine. Selon le Centre des droits humains de Bayanga, certains membres de la communauté Ba’Aka ont désormais accès à la justice, ainsi qu’à des cartes d’identité et à des passeports. D'autres peuvent maintenant participer au processus politique. Photo de Rhett A. Butler, Mongabay.
Un jeune Ba’Aka travaille comme pisteur pour le WWF dans le Parc national de Dzanga-Sangha, en République centrafricaine. Selon le Centre des droits humains de Bayanga, certains membres de la communauté Ba’Aka ont désormais accès à la justice, ainsi qu’à des cartes d’identité et à des passeports. D’autres peuvent maintenant participer au processus politique. Photo de Rhett A. Butler, Mongabay.

Maison de plainte pour les communautés

Le centre des droits humains sert également de mécanisme de plainte pour les communautés insatisfaites de certains aspects de la gestion du parc ou des activités de conservation dans la région. Pour Yoann Galeran, directeur actuel du Parc national de Dzanga-Sangha, les plaintes directement liées à la conservation sont devenues relativement rares. Alors qu’elles étaient plus fréquentes auparavant, elles représentent aujourd’hui moins de 1 % des cas, explique-t-il, précisant que les griefs récents concernent surtout les conflits entre les hommes et les éléphants plutôt que des accusations d’abus par des gardes ou de restrictions liées au parc. Dans ces situations, ajoute-t-il, les familles peuvent bénéficier d’un soutien pour les frais médicaux en cas de blessure ou d’une compensation pour les dommages causés aux habitations et aux biens.

Cela ne signifie pas que les problèmes de fond ont été résolus. Bayanga reste une zone isolée. Le recrutement de personnel qualifié est difficile. Les travailleurs sociaux et les juristes compétents sont rares et difficiles à retenir. Et, bien que le centre semble avoir acquis une légitimité locale, les Ba’aka ne disposent toujours pas de protections juridiques nationales solides garantissant leurs droits au-delà de cette zone.

Néanmoins, dans un pays souvent associé aux conflits, à la fragilité et aux défaillances institutionnelles, Bayanga offre quelque chose de rare : un exemple local de conservation qui tente, même imparfaitement, d’intégrer les droits humains, non pas comme une question secondaire, mais comme une composante essentielle de son action.

Pour Limbaya, c’est là l’essentiel. Au fil des années, dit-il, les habitants ont commencé à comprendre que le centre existe pour les défendre. Dans un contexte où la justice reste lente, cette prise de conscience peut à elle seule transformer ce que les gens pensent réalisable.

Limbaya Michelin, responsable du centre, affirme que celui-ci a gagné la confiance des communautés autochtones, qui se sentent désormais libres de signaler les abus, de demander une médiation, d’obtenir une assistance juridique et de mieux connaître leurs droits. Photo de Rhett A. Butler.
Limbaya Michelin, responsable du centre, affirme que celui-ci a gagné la confiance des communautés autochtones, qui se sentent désormais libres de signaler les abus, de demander une médiation, d’obtenir une assistance juridique et de mieux connaître leurs droits. Photo de Rhett A. Butler.

Merci à Rhett A. Butler pour sa contribution à cet article.

Image de bannière : De nombreux Ba’aka dépendent des ressources forestières, mais les restrictions d’accès ont parfois entraîné des conflits et des abus présumés. Le Centre des droits humains de Bayanga offre des recours. Photo de Rhett A. Butler.

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