- Un inventaire récent révèle plus de 2 700 individus recensés dans le lac Édouard, au cœur du Parc national des Virunga, à l’est de la République démocratique du Congo.
- Estimée à près de 29 000 individus en 1974, la population de ces hippopotames a chuté drastiquement, avec moins de 1 000 individus en 2005.
- Fruit de la surveillance et de la sécurisation permanentes du lac, cette croissance démographique suscite de l’espoir dans une région en proie à l’insécurité.
- Pour les pêcheurs locaux, la présence des hippopotames est un signe de vitalité du lac, susceptible de leur garantir une abondance en poisson.
En avril 2025, une épidémie d’anthrax, une maladie encore appelée fièvre charbonneuse, a décimé plus d’une soixantaine d’hippopotames dans le lac Édouard, épicentre de ces mammifères aquatiques, au cœur du Parc national des Virunga, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Ce triste épisode consacrait des décennies de déclin subi par cette espèce, classée « vulnérable » sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Selon la newsletter du Parc national des Virunga, publiée en avril 2026, cette aire protégée abritait la plus grande population d’hippopotames au monde, dans les années 1970, avec 29 000 individus dans le lac Edouard et à ses alentours. Depuis, l’instabilité dans la région a entraîné une recrudescence du braconnage et une diminution de 95 % de la population des hippos. En 2005, le site abritait alors moins de 1 000 individus.
Un an après l’épidémie récente d’anthrax, les nouvelles sont rassurantes quant à la présence des hippopotames dans le lac Édouard. D’après un inventaire réalisé en février 2026 par les équipes du Parc national des Virunga au moyen des drones, la population des hippopotames est estimée à plus de 2 700 individus. Ces équipes ont observé jusqu’à 171 groupes d’hippopotames, outre 153 petits également recensés, ce qui témoigne d’une reproduction très active dans les rangs de ces mammifères.

Surveillance et sécurisation du lac malgré le conflit armé
Selon Jean de la Croix Kambere, chargé du projet Lac Édouard à la Fondation Virunga, engagée dans la protection de la biodiversité et le soutien aux initiatives de développement économique, la hausse démographique des hippopotames, au sein du Parc national des Virunga, repose sur une surveillance et une sécurisation permanente du lac.
Cela, même si certaines zones, en l’occurrence la côte-ouest du lac, dans le territoire de Lubero, restent sous le contrôle des hommes armés, notamment les forces pro-gouvernementales « Wazalendo », très peu accessibles aux écogardes du parc. « Dans les zones occupées par des hommes armés, nos éléments parviennent parfois à effectuer des patrouilles de surveillance, comme à Vitshumbi, une enclave de pêche située sur la côte sud du lac Édouard, actuellement sous le contrôle du M23 », explique Kambere à Mongabay au téléphone.
Il renchérit que ses équipes accèdent rarement aux parties du lac sous le contrôle des groupes armés, mais qu’elles déploient beaucoup d’efforts pour suivre toutes les portions du lac, afin de sécuriser les hippopotames.

Implication communautaire
Les efforts consentis par les équipes du parc contribuent à garantir une stabilité écologique plus ou moins maitrisée dans un contexte d’insécurité, selon le militant écologiste congolais Josué Aruna, membre du Groupe de spécialistes de l’UICN pour les hippopotames. Il pense que l’implication des communautés riveraines du lac Édouard, dans les efforts de conservation, est un aspect concourant à ce résultat satisfaisant.
« Il y a des zones contrôlées par les communautés, et dont la couverture totale n’est pas assurée par les agents de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN). Du coup, ce jumelage, en termes de partenariat efficace entre Virunga et communautés, est un élément majeur à considérer au niveau de l’augmentation du nombre d’hippopotames », dit Aruna, par ailleurs Directeur exécutif national de l’ONG Congo basin conservation society (CBCS), joint au téléphone par Mongabay.
La collaboration entre les communautés et les autorités du parc est un levier important dans la dynamique de protection des hippopotames, à en croire Joël Muhindo Vyalengekanya, responsable du Syndicat des pêcheurs et armateurs individuels du lac Édouard de Kyavinyonge (SAPIAEKYA), basé dans le territoire de Beni, dans le Nord-Kivu.
« Une commission a été créée pour maintenir un contact permanent avec les autorités du parc. Nous travaillons ensemble pour protéger le lac Édouard, en particulier les hippopotames. Nous signalons aussi tout cas suspect par téléphone », explique-t-il à Mongabay au téléphone.

Il souligne aussi que les pêcheurs travaillent en synergie avec le service de conservation du lac, dans le but d’accentuer la sensibilisation auprès des communautés riveraines, qui détruisent la végétation aux abords du lac, à des fins agricoles. Ce qui entraîne une rareté de ressources alimentaires pour les hippopotames, et les contraint à migrer vers l’Ouganda.
Selon Vyalengekanya, la protection des hippopotames a également un impact positif sur la production halieutique, en raison de l’interaction avec leur écosystème.
« Lorsque les hippopotames se portent bien, nous espérons une production suffisante de poissons. Les autorités du parc nous ont informés que, vers les années 1990–1996, les hippopotames contribuaient à l’alimentation de l’écosystème aquatique à hauteur d’environ 8 000 tonnes de matière organique par jour », dit-il.
« Depuis leur déclin, nous avons assisté à une diminution. C’est pourquoi nous sommes aujourd’hui impliqués dans la sensibilisation de nos pairs pour lutter contre le braconnage et éviter les cultures aux abords du lac », indique ce pêcheur de la côte-ouest du lac Édouard.
Pour autant, les menaces à l’existence des hippopotames du lac Édouard demeurent. Kambere souligne qu’il arrive que certains hommes armés se livrent au braconnage de ces mammifères ; il y a également la peur de voir resurgir la maladie.
Image de banniere : Un troupeau d’hippopotames sur une rive du Lac Edouard. Image du Parc national des Virunga/Jean de la Croix Kambere, avec son aimable autorisation.
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