- Deux okapis mâles nommés Pori et Ekpangi ont été réintroduits au Centre de conservation et d’éducation des okapis, à Epulu, en RDC.
- C’est la deuxième introduction après celle d’une femelle baptisée Tundana, début 2025, après 13 ans d’absence, suite à l’attaque de 2012 ayant décimé 14 okapis dans la Réserve de faune à okapis, en Ituri, dans l’est de la RDC.
- Ce retour survient dans un contexte sécuritaire alarmant. Des acteurs environnementaux plaident pour le renforcement de la présence militaire pour protéger la réserve, et éviter des attaques des hommes armés.
Le Centre de conservation et d’éducation des okapis, à Epulu a accueilli, les 24 et 31 janvier 2026, deux okapis mâles (Okapia johnstoni), selon une annonce de « Okapi Conservation Project » en date du 21 avril dernier, sur sa page Facebook.
Cette opération menée par la Réserve de faune à okapis (RFO), en partenariat avec Wildlife Conservation Society et l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), est la deuxième réintroduction après celle d’une femelle baptisée Tundana, début 2025, soit plus d’une décennie après l’attaque de 2012 ayant décimé 14 okapis dans cette réserve située en Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo.
Ce projet est dédié à la protection des okapis en danger et de leur habitat, grâce notamment au renforcement des capacités et à l’implication des communautés locales.
Selon les responsables, l’arrivée de ces deux mâles, nommés Pori (« Forêt ») et Ekpangi (« Merci »), marque une étape importante dans la restauration de l’espèce. « Cette année, nous avons procédé à une campagne de capture, qui constitue la deuxième phase. La première avait eu lieu en janvier 2025, où nous avions capturé Tundana, une femelle. Cependant, l’activité avait été interrompue pour des raisons sécuritaires au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri », explique Berce N’Safuansa, directeur de la conservation, au sein du projet.
La reprise des opérations, en janvier 2026, permet aux deux mâles de rejoindre Tundana au Centre de conservation et d’éducation des okapis, à Epulu. « Ce retour intervient après 13 ans d’absence des okapis en captivité. Les okapis existaient toujours en forêt, mais étant des animaux solitaires, ils sont très difficiles à observer à l’état sauvage. Aujourd’hui, nous comptons trois okapis en captivité, une femelle et deux mâles. Pour donner l’opportunité aux communautés locales et aux visiteurs, on devrait remettre ces okapis dans les enclos, qui étaient sabotés en 2012 », précise-t-il.

Classé « en danger » sur la Liste rouge de l’Union internationale de la conservation de la nature (UICN), l’okapi bénéficie des efforts conjoints impliquant des écogardes de l’ICCN, des experts et surtout des communautés locales. « Ce processus a été mené en commun accord avec les communautés. D’ailleurs, cette réintroduction répondait à leur demande. Nous pouvons dire que ce travail a été réalisé à 98 % par des Congolais, c’est-à-dire des communautés locales », souligne Berce N’Safuansa. Il ajoute que l’alimentation quotidienne des animaux en captivité est assurée par les populations locales, notamment les communautés autochtones.
Pour Andy Kambale Matuku, coordonnateur de l’ONG Journalistes Amis de la Nature, ce retour est une grande fierté. « C’est le fruit de plusieurs années de travail et le couronnement de journées et de nuits sans sommeil. C’est une bonne nouvelle pour la conservation », affirme-t-il, tout en annonçant la poursuite des actions de sensibilisation des communautés, à travers des émissions radio, pour protéger ces espèces endémiques.
La réintégration de ces spécimens vise d’abord à les habituer à la présence humaine et à leur nouvel habitat, avant d’envisager un programme de reproduction. « Pour le moment, il faut habituer ces trois spécimens d’okapi à la présence humaine et à leur nouveau domicile. Il est important de comprendre le comportement de l’animal en captivité, afin qu’il se sente à l’aise et afin d’éviter le stress qui mène à des accidents. Lorsqu’ils seront bien habitués, nous songerons au lancement du programme de reproduction, afin d’augmenter leur nombre. Certes, on ne peut pas avoir le même nombre comme avant l’attaque de 2012, c’est-à-dire 14 okapis ; néanmoins, on peut avoir quelques spécimens à travers le programme de reproduction », indique N’Safuansa.
Cependant, des défis sécuritaires persistent. Les incursions des Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe armé d’origine ougandaise, actif depuis plusieurs années dans la région, inquiètent. Andy Kambale appelle au renforcement de la présence militaire pour protéger la réserve et éviter de nouveaux sabotages. Il insiste également sur la nécessité de faciliter le retour des populations déplacées, essentiel à l’entretien des okapis.
« Les terroristes de l’ADF ont déjà signé trois incursions dans les périmètres de la RFO, notamment sur l’axe Mambasa-Nyanya. Il faut rapidement déployer des unités combattantes, c’est-à-dire l’armée, avec les équipements nécessaires au quartier général de la RFO à Epulu, afin d’empêcher que des groupes armés ne profitent de la situation pour saboter les résultats de ce travail accompli. Le gouvernement doit aussi envisager le retour des déplacés pour qu’ils puissent regagner leurs milieux. Les okapis doivent être nourris, mais si les personnes chargées de cette tâche fuient, qui va s’en occuper ? Nous appelons le gouvernement à mobiliser de l’aide et à rassurer sur la sécurité, afin que ces populations puissent rentrer et participer aux efforts de conservation de la nature », dit-il.
N’Safuansa appelle à une mobilisation collective pour la protection de ces espèces. « L’okapi est une espèce emblématique de notre pays. Sa protection est une question d’identité et de fierté nationales », souligne-t-elle, exhortant les communautés à dénoncer toute activité illégale menaçant son habitat.
Image de bannière : Okapi mâle nommé Pori (« Forêt ») au Centre de conservation et d’éducation des okapis à Epulu en RDC. Image fournie par Berce N’Safuansa, Directeur de Conservation du Projet de conservation de l’Okapi avec son aimable autorisation.
13 ans après une attaque meurtrière, un okapi de retour dans le parc zoologique d’Epulu
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