- Le président congolais, Félix Tshisekedi, souhaite s’appuyer sur l’ambitieux Couloir vert Kivu-Kinshasa pour transformer une économie de guerre en une économie d’espoir.
- Le Couloir vert Kivu-Kinshasa, une idée publiquement annoncée pour la première fois lors du Forum économique mondial de Davos en 2025, vise à créer l’une des plus vastes aires protégées au monde, reliant Goma, à l’Est du pays, à Kinshasa, à l’Ouest.
- Les défenseurs du projet, les environnementalistes et autres observateurs ont salué l’idée, tout en reconnaissant que de nombreuses questions restent en suspens, notamment concernant la gestion des concessions minières, pétrolières, gazières, agricoles et de conservation.
- Sur le papier, le projet pourrait créer plus de 500 000 emplois — en particulier pour les jeunes Congolais —, préserver plus d’un million d’hectares de terres et contribuer à acheminer des denrées alimentaires indispensables depuis l’Est vers le grand marché de consommation de Kinshasa comptant plus de 20 millions d’habitants.
Kinshasa, République démocratique du Congo — Félix Tshisekedi mise sur l’un des plans de conservation et de développement les plus ambitieux d’Afrique pour transformer l’avenir de la République démocratique du Congo.
Il a récemment réitéré cette vision à Bandundu, lors de la Conférence annuelle des gouverneurs provinciaux. « À travers ce couloir vert, nous choisissons de remplacer une économie de guerre par une économie de vie, de travail et d’espoir », a déclaré Tshisekedi.
Selon des documents officiels et des déclarations publiques, le Couloir vert Kivu-Kinshasa s’étendrait de l’Est de la RDC jusqu’à Kinshasa, à l’Ouest. S’il est mis en œuvre comme prévu, il couvrirait plus de 544 270 kilomètres carrés — une superficie comparable à celle de la France — et associerait conservation, développement économique et protection des communautés. L’initiative a été annoncée pour la première fois lors du Forum économique mondial de Davos, en janvier 2025.

Espaces de conservation et moteurs de stabilité économique
Les personnes impliquées dans la planification ont indiqué à Mongabay que l’initiative pourrait créer plus de 500 000 emplois, notamment pour les jeunes et les femmes, préserver plus d’un million d’hectares de terres et acheminer des denrées alimentaires depuis l’Est vers le grand marché de consommation de Kinshasa.
Pour le gouvernement congolais, le Couloir vert Kivu-Kinshasa va au-delà de la simple protection des forêts. « L’objectif est de protéger nos forêts, restaurer les écosystèmes, créer des emplois durables, soutenir une agriculture responsable, stimuler la transformation locale et mieux connecter les bassins de production de l’Est aux principaux marchés de consommation de l’Ouest », a souligné Tshisekedi aux gouverneurs.
Des acteurs impliqués dans les premières discussions, dont le directeur du Parc national des Virunga, le prince Emmanuel de Merode, ont indiqué à Mongabay que le Couloir vert Kivu-Kinshasa s’inscrit dans une réflexion plus large visant à considérer les aires protégées du Congo, non seulement comme des espaces de conservation, mais aussi comme des moteurs de stabilité économique.
« L’idée était d’imaginer un corridor capable de transformer cette richesse incroyable de l’Est », a déclaré de Merode, à Mongabay, dans le Parc national de la Salonga. Il a ajouté que l’initiative vise également à corriger un déséquilibre historique entre l’Est du Congo, riche en ressources, et Kinshasa, une ville d’environ 20 millions d’habitants, qui dépend encore fortement des importations alimentaires.
« La nourriture pour 20 millions de personnes est inexistante et doit être importée du Brésil, d’Europe ou d’Afrique du Sud », a-t-il déclaré. « Pourtant, le Congo a l’opportunité de devenir autosuffisant sur le plan alimentaire ».
Selon de Merode, les planificateurs ont été chargés de développer un modèle capable d’acheminer « un million de tonnes de nourriture de l’Est vers Kinshasa », de créer « un demi-million d’emplois » et de protéger les forêts en parallèle. L’objectif est d’utiliser les paysages de conservation comme moteurs de développement, tout en soutenant les communautés.
« C’est une aire protégée comme il n’en a jamais été créée auparavant », a-t-il précisé.

D’importants investissements financiers nécessaires
Pour concrétiser cette idée, d’importants investissements financiers seront nécessaires, tant du secteur public que du secteur privé. L’Union européenne, qui soutient, depuis des décennies, les efforts de conservation et de développement dans le bassin du Congo, estime que ce couloir vert pourrait concilier protection de l’environnement, création d’emplois et opportunités économiques.
Fabrice Basile, haut responsable de la délégation de l’Union européenne à Kinshasa, a décrit le Couloir vert Kivu-Kinshassa comme « une initiative congolaise » ayant suscité l’intérêt de l’UE après son annonce à Davos. Il a indiqué que des partenaires testent déjà sa faisabilité à travers des initiatives pilotes, notamment une caravane transportant des marchandises de l’Est du Congo vers Kinshasa.
« La production agricole et d’autres biens dans l’Est n’atteignent souvent pas l’Ouest du pays, et inversement », a-t-il déclaré. « Désenclaver le territoire, c’est aussi permettre le développement ».

Un potentiel exceptionnel aux multiples questionnements
Malgré cet optimisme, de nombreux détails restent flous. Alfred Ntumba, éditeur du média numérique EnviroNews basé à Kinshasa, estime que l’initiative est prometteuse, mais manque encore de clarté.
« Le corridor traverse des terres déjà attribuées », a-t-il dit. « Il existe des concessions minières, agricoles, forestières, de conservation, et même d’hydrocarbures. Nous ne savons pas encore comment tout cela sera géré ».
Selon lui, cela soulève des questions sur la gouvernance et les bénéfices pour les communautés. « On nous dit qu’il s’agira d’un corridor avec une conservation communautaire, mais comment cela fonctionnera-t-il ? », a-t-il déclaré. « Les revenus qui pourraient provenir de toutes ces activités, comment seront-ils redistribués aux communautés ? Il reste encore beaucoup de questions ».
Les organisations de plaidoyer ont exprimé des préoccupations similaires, tout en reconnaissant le potentiel du projet. Bonaventure Bondo, responsable de la Campagne forêts, chez Greenpeace Afrique, a salué l’initiative comme « une opportunité majeure pour renforcer le leadership climatique de la RDC », tout en appelant à sa mise en œuvre prudente.

Joe Eisen, de Rainforest Foundation UK, a également souligné le potentiel de ce couloir, en insistant sur l’importance de la gouvernance et de la participation des communautés locales.
Des préoccupations concernant la consultation ont déjà émergé. Un reportage de Climate Home News, en février 2025, a révélé que certains représentants autochtones affirmaient ne pas avoir été consultés.
Les partisans de l’initiative estiment toutefois que les leçons tirées d’expériences existantes — notamment autour du Parc national des Virunga — pourraient guider sa mise en œuvre.
« Virunga est un succès », a souligné Fabrice Basile, tout en reconnaissant les défis. « Le modèle Virunga peut être répliqué en partie. Nous devons respecter les réalités et les spécificités de chaque région », a-t-il ajouté.
Image de bannière: Le Couloir vert proposé s’étendrait du Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo, jusqu’à Kinshasa, à l’ouest. Vue aérienne d’un village au Sud-Kivu, RDC. Image de la MONUSCO via Flickr (CC BY-SA 2.0).
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