- Former les jeunes aujourd’hui, pour protéger le Parc national de la Pendjari demain, est le pari d’un programme qui transforme des salles de classe en pépinières d’éco-citoyens, au Nord-Ouest du Bénin.
- Ces jeunes apprennent à cohabiter avec la faune sauvage, à préserver les ressources naturelles et à adopter des gestes éco-responsables au quotidien, dans cette région où les enjeux environnementaux sont intimement liés aux réalités socioéconomiques.
- L’initiative du gestionnaire du parc, financée par ses partenaires, mise sur l’éducation pour construire une génération consciente, engagée et actrice de la protection de son patrimoine naturel. Cependant, des défis subsistent.
Mercredi 25 mars 2026 à Tanguiéta au Nord-Ouest du Bénin, à 591 kilomètres de Cotonou. Aux environs de 10 heures, heure locale, nous embarquons dans un véhicule tout-terrain en direction de l’Ecole primaire publique (EPP) de Sangou, l’une des dernières écoles primaires, située à 4 kilomètres de l’entrée principale du Parc national de la Pendjari (Batia), et 36 à km de Tanguiéta.
À la suite d’une équipe de African Parks, en visite trimestrielle des « Clubs scolaires de l’éducation environnementale », après environ une heure de route sur une piste latéritique poussiéreuse, nous arrivons à destination. A notre droite, se situe l’EPP Sangou. Un peu décalée de la première colonne de salles de classe, une salle construite par African Parks et peinte en marron, la couleur des bâtiments de la direction générale du parc. À l’intérieur, des élèves de la classe de CM1 (Cours moyen, première année), encadrés par l’Animateur local du programme. « Je protège mon parc, fais comme moi », peut-on lire au dos de leurs tee-shirts de couleur verte.
Ce jour-là, le programme, qui dure environ une heure, a porté sur la découverte du parc, une immersion à travers une capsule vidéo. Entre brainstorming, visualisation, questions, réponses, et animations, la leçon du jour retenue est : « Le Parc animalier du complexe Pendjari est un espace ou une zone délimitée, où se trouvent les animaux, les arbres et les sources d’eau. Cet espace est protégé ». Cette leçon est suivie d’un exercice de réalisation d’une affiche de sensibilisation pour la séance prochaine.
« Nous encadrons, au Club scolaire d’éducation environnementale EPP Sangou, les enfants qui peuvent vraiment interagir sur les questions liées à l’environnement. Au primaire, les enfants étant petits, on a choisi à partir du CM1. Le CM2 étant une classe d’examen, les élèves ont très peu de temps, mais s’ils veulent, ils peuvent suivre », dit à Mongabay, Augustin Natchindi, animateur du programme.

Dans cet établissement, le programme, qui a démarré en 2022, se déroule les mercredis, entre 10 heures et midi. En dehors du directeur de l’établissement, Natchindi est assisté de trois enseignants, dont le titulaire de la classe d’un effectif de 66 élèves, ayant 34 filles, ce matin-là.
« Au club, on apprend à protéger l’environnement, ramasser les sachets pour qu’ils ne polluent pas l’environnement. On nous apprend aussi à faire les pépinières pour mettre des plants en terre à l’école et à la maison », dit Salimath Salifou, écolière âgée de 10 ans. « Je ne connaissais pas l’éléphant. Je l’ai vu dans la vidéo. Si on les tue, on ne pourra pas les voir », ajoute-t-elle.
« Actuellement, nous préparons une pépinière et des planches pour notre jardin. On apprend à faire le reboisement. Avec les arbres, on aura moins de chaleur comme aujourd’hui. Nous devons planter des arbres, et les entretenir », dit Mouzairou Arouna, âgé de 10 ans.
« Les enfants qui vont à l’école sont pratiquement écoutés à la maison. Quand ils viennent avec un message, les parents y sont sensibles. C’est pourquoi il est opportun de cibler cette couche et lui apporter les informations nécessaires, pour toucher une bonne partie de la population », dit Abdou-Moumouni Zouroukanini, directeur EPP Sangou.
Moringa (Moringa oleifera), eucalyptus (Eucalyptus globus), néré (Parkia biglobosa), tamarinier (Tamarindus indica), cajoutier (Anacardium occidentale) et teck (Gmelina arborea) sont, entre autres, les espèces favorables au climat local, et dont une centaine de pépinières a été réalisée dans cet établissement. La population bénéficie de ces plants en collaboration avec le bureau de l’association des parents d’élèves. A Satientinga, nous en avons rencontrés.

Des parents d’élèves de Satientinga apprécient
En cette saison sèche, les arbres et arbustes sont dénombrables à l’horizon dans cette localité, où la production agricole, la commercialisation de bois de feu et de charbon font partie des activités socioéconomiques. Sous un soleil presque sahélien, vers 15 heures, après environ deux heures de route en provenance de Tanguiéta, nous arrivions à Satientinga, situé à 50 km. Ici, des colonnes d’arbres sont plantées sur la cour de l’établissement. On découvre une pépinière et un jardin grillagés, où sont produits à base d’engrais organiques des légumes utilisés dans la cantine de l’école.
« Les enfants m’ont déjà sensibilisé une fois contre la coupe des arbres et le braconnage. Parce que, même si la femme ne va pas forcément à la chasse, elle a un époux ou des connaissances », dit en langue locale, Pannikouan Kassa, la cuisinière de la cantine de l’école.
« Nous autres n’avons pas eu la chance de bénéficier de cette éducation, et on a grandi dans la méconnaissance de l’utilité du parc. Aujourd’hui, nos enfants, à partir du CM1, connaissent déjà son importance, celle des arbres, des animaux et des sources d’eau », dit Seraphin Paho, président de l’Association des parents d’élèves, et ancien président de l’Association villageoise de gestion des réserves des faunes (AVIGReF).

Dans cette localité où environ 700 tonnes de coton sont produites chaque année, la population avoisinant 1000 habitants fait face à la pression de terre cultivable. Le sol est désertique, et les champs s’étendent à la limite de la Zone d’occupation contrôlée (ZOC) du parc.
« Grace au club, nous avons des plants pour le reboisement, qu’on plante dans nos maisons et dans les champs. Nos enfants nous ont aussi dit qu’on ne doit plus faire du braconnage et qu’on ne doit plus aller au parc couper des arbres. On sait que c’est à l’école qu’on le leur apprend », dit en langue locale, Dominique Nouanté, chef du village Satientinga.
Même exercice dans cet établissement qu’à l’EPP Sankou. L’animateur Justin Kougnati, intervient dans trois clubs. Il encadre une soixantaine d’élèves du CM1 de l’EPP Satientinga, 27 à l’EPP Porga-6 et au collège 55. Déforestation, feux de brousse, voyages au cœur du parc figurent parmi les thématiques développées.

Des ambassadeurs communautaires face aux enjeux environnementaux et à la biodiversité
En fin de journée au CEG 2 de Tanguiéta, nous rencontrions le Club de l’établissement. Ici, la séance du jour a porté sur la lutte contre la désertification. Objectif : empêcher l’avancée du désert vers le continent, avec un focus sur ses impacts sur la faune.
« Les membres du club initient souvent des séances de salubrité organisées dans le collège et dans la ville, et essaient de mobiliser leurs camarades », dit l’animateur du club, Bio Athanase Deguedi.
« On nous apprend à sensibiliser la population, à les encourager à protéger le parc et ses ressources, à faire le reboisement pour lutter contre la désertification », dit Liponel Sassa, élève en classe de 3e, âgée de 15 ans et ayant commencé le programme dès la 6e.
« À la maison, j’échange souvent avec mes camarades sur le reboisement, la protection des animaux du parc, la pêche, la chasse et l’impact de l’usage des engrais chimiques », dit Ozias Wassa, élève en classe de 5e, âgé de 12 ans et ayant commencé le programme depuis la 6e.
Un tour, le lendemain, au CEG1 de Tanguiéta, a permis de découvrir une fresque réalisée par African Parks, pour révéler les merveilles de la nature aux apprenants et susciter chez eux l’engouement et l’envie de la préserver.

Un modèle éducatif durable et reproductible dans d’autres aires protégées
« Les clubs environnementaux permettent de sensibiliser très tôt les jeunes aux enjeux environnementaux, à la gestion des ressources naturelles, à la préservation et à la conservation de la faune en général. Quant à la dégradation des terres et aux effets pervers du changement climatique, ils permettent de créer une pépinière d’éco-citoyens à bas d’âge », souligne un agent des Eaux, forêts et chasse ayant requis l’anonymat. C’est un modèle durable et parfaitement reproductible, dit-il, donnant l’exemple d’un programme pilote d’enfants ambassadeurs des forêts mis en œuvre dans des écoles pilotes sur l’ensemble du pays.
« Cette approche permet de contextualiser les apprentissages. Ici, l’environnement n’est pas une notion abstraite. Les élèves vivent au contact direct de la réserve, avec ses opportunités (tourisme, ressources naturelles), mais aussi ses contraintes (conflits homme-faune). Cela rend l’éducation plus concrète, plus ancrée dans la réalité locale, et donc plus efficace », dit à Mongabay Stéphane Toundé Zinzindohoué, président de l’Association béninoise pour l’éveil et le développement, intervenant au sud du Bénin dans une approche intégrée plaçant les communautés locales, les enfants et les jeunes au cœur des solutions, face aux défis environnementaux.
Quant à sa reproductibilité, elle est tout à fait envisageable dans d’autres aires protégées comme le Parc national du W Bénin, la forêt classée de la Lama ou encore les zones humides du sud, poursuit Zinzindohoué. Toutefois, il est essentiel d’adapter le contenu et les activités aux réalités écologiques, sociales et culturelles de chaque zone. Un modèle uniforme ne serait pas aussi efficace qu’un modèle contextualisé, précise-t-il.

Défis de pérennité, d’adhésion et de large couverture
Né du diagnostic des activités illégales observées autour du parc et démarré en 2018, par sa visite par des élèves et écoliers riverains, la situation sécuritaire prévalant actuellement avec la menace terroriste a fait que la visite du parc par les élèves et les écoliers riverains a été suspendue.
25 écoles primaires et collèges riverains du parc sont actuellement couverts par le programme. Ils représentent environ 35 % des établissements scolaires de la localité. Le programme est animé par 11 animateurs, qui encadrent en moyenne deux clubs, avec une séance hebdomadaire ou mensuelle. Au moins 700 apprenants réguliers sont membres des clubs, dont 336 filles, selon les statistiques de African Parks.
Lorsque les activités académiques atteignent le pic d’intensité, les programmes qui sont établis n’arrivent pas à être exécutés comme on l’aurait souhaité et sont donc reportés. Dans les établissements secondaires où le programme est ouvert à l’adhésion, la variation de l’effectif s’observe. Il est suggéré des mécanismes de gratification des membres, par des gadgets et autres, afin de les maintenir et attirer d’autres adhérents.
En moyenne, 2500 plants ont été mis en terre au cours des deux dernières années. Le bilan, en termes de taux de survie, est de l’ordre de 73 %, selon African Parks.

Perspectives de l’efficacité des Clubs scolaires environnementaux
Trois grands bailleurs financent principalement le programme : le gouvernement béninois, la Fondation des Savanes Ouest-Africaines et l’Union européenne. Annuellement, 3 à 5 millions francs CFA (5241 à 8735 USD) y sont investis, selon African Parks. Des besoins en ressources supplémentaires, afin d’élargir le taux de couverture à 60 %, 75 % voire 100 %, demeurent. En dehors de cela, d’autres investissements nécessitent d’être engagés.
« Tous les clubs veulent installer des pépinières pour produire les plants à mettre à la disposition des parents pour les champs. Mais avant d’installer une pépinière, il faut nécessairement une source d’eau permanente. Cela est nécessaire pour améliorer les performances des clubs à produire suffisamment de plants pour pouvoir réhabiliter le couvert végétal dans nos différentes localités », dit à Mongabay, Franck Babatoundé, directeur des actions périphériques au niveau du Parc national de la Pendjari, lors d’un entretien dans son bureau.
Des acteurs du secteur souhaitent un bilan d’étape, un ancrage institutionnel dans le programme scolaire, l’élaboration de supports pédagogiques et une couverture nationale, en l’occurrence les écoles des forêts classées. Quant aux mairies, son inscription en lettre d’or dans leur Plan de travail annuel (PTA) et l’engagement des partenaires techniques et financiers, plaidant pour la cohésion sociale, sont nécessaires.
Image de bannière : Des écoliers du Club scolaire de l’éducation environnementale EPP Satientinga, désherbant leur jardin de gombo. Image de Ange Banouwin pour Mongabay.
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