- Les deux candidats à l’élection présidentielle du 12 avril 2026 au Bénin promettent de protéger l’environnement et la biodiversité du pays.
- Face aux défis croissants liés à l’urbanisation, au changement climatique et à la dégradation des écosystèmes, les deux candidats déclinent des approches distinctes, mais convergentes autour d’un même impératif : repenser durablement le cadre de vie des Béninois.
- Mais certains spécialistes émettent des réserves, quant à la traduction de ces engagements en actions concrètes, notamment à cause du décalage persistant entre les recommandations scientifiques et leur intégration dans les politiques publiques.
Si la période électorale est assez timide dans l’ensemble du pays, l’environnement s’est imposé comme un thème majeur dans les débats publics et les meetings, dans le cadre de la campagne pour la présidentielle du dimanche 12 avril au Bénin. Il figure bien dans les projets de société des deux candidats en lice.
Le candidat de la majorité présidentielle, Romuald Wadagni, ministre d’État en charge de l’Économie, des finances et de la coopération, en duo avec la vice-présidente sortante, Mariam Chabi Talata, promet d’« améliorer le cadre de vie de tous les Béninois, partout dans le pays », à travers une série de nouveaux projets allant des logements sociaux à « la rénovation de 1 000 quartiers et villages vulnérables incluant routes, caniveaux, éclairage public et espaces verts », en passant par « l’extension du cadastre numérique à toutes les villes et zones rurales » et le renforcement de la mobilité urbaine et le développement du transport fluvial, ainsi que la gestion et la valorisation de 50 % des déchets pour protéger l’environnement.
Prenant également en compte la rénovation des zones lacustres, son programme s’inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis 2016 sous le président Patrice Talon. Sa vision repose sur une modernisation ambitieuse du territoire, intégrant étroitement les enjeux environnementaux aux politiques d’urbanisme, de mobilité et d’habitat.
Le bilan mis en avant par Romuald Wadagni souligne plusieurs avancées. Le programme d’asphaltage, avec plus de 425 kilomètres de voiries urbaines aménagés dans 15 villes, a amélioré la fluidité des déplacements tout en réduisant les nuisances liées à la poussière et à la dégradation des routes.
Sur le plan environnemental, la réforme du secteur des déchets, auquel il a participé comme argentier national, constitue un tournant non négligeable. La structuration de la collecte et du traitement, appuyée par des infrastructures modernes, a permis de réduire les dépotoirs sauvages et d’assainir les espaces urbains. À Cotonou, les investissements dans le drainage des eaux pluviales ont également contribué à limiter les inondations, longtemps aggravées par une urbanisation rapide.
Parallèlement, des efforts sont engagés pour la protection du littoral et le reboisement, avec plus de 80 000 hectares reboisés et plusieurs forêts classées réhabilitées.
« L’assainissement de nos villes se poursuivra et s’étendra progressivement à d’autres localités. L’urbanisation continuera de s’intensifier, tout en intégrant la protection de l’environnement », assure la direction nationale de campagne de Wadagni et Talata, dans un message publié dans le numéro 8963 du mardi 7 avril 2026 du quotidien de service public, La Nation.

Priorité à la protection des écosystèmes
Pour sa part, Paul Hounkpè s’engage à protéger les forêts et la biodiversité en renforçant les dispositifs de surveillance et à favoriser une relance des politiques de reboisement ciblé. Il entend lutter contre la pollution en développant les filières de recyclage, notamment pour les déchets plastiques.
Le candidat de Forces Cauris pour un Bénin émergent (FCBE), parti dit d’opposition, fait un diagnostic mettant en lumière plusieurs problèmes environnementaux structurels : érosion côtière, déforestation, pollution croissante et urbanisation non maîtrisée.
Cet ancien ministre sous le régime de Thomas Boni Yayi, chef de file de l’opposition, en duo avec Rock Hounwanou, un communicant, souligne que la montée des eaux et l’avancée de la mer constituent une menace immédiate pour les populations du littoral, avec des impacts déjà visibles sur les habitats et les infrastructures. Les inondations récurrentes, aggravées par l’insuffisance des réseaux de drainage et l’occupation anarchique des zones à risque, renforcent cette vulnérabilité.
« Notre pays souffre. Il ne souffre pas d’un manque de ressources, mais d’un déficit de rigueur, de vision et de responsabilité dans la gestion de notre environnement et de notre cadre de vie », soutient sa direction de campagne, toujours dans le même numéro du quotidien de service public.
Face à ces défis, le candidat de l’opposition plaide pour une application plus rigoureuse des lois environnementales et une réforme en profondeur de la gestion des ressources naturelles.
Sur le plan des infrastructures, il propose d’investir dans des ouvrages de drainage et de repenser l’urbanisation, afin de réduire l’exposition des populations aux catastrophes naturelles. La protection du littoral demeure également pour lui une priorité.

Deux approches, un défi commun
L’analyse des deux projets révèle des orientations complémentaires : d’un côté, une stratégie de transformation territoriale intégrant progressivement les enjeux écologiques ; de l’autre, une approche axée sur la gestion des risques et la préservation des équilibres naturels.
Interrogé par Mongabay, Marcel Houndayi, sociologue et spécialiste des politiques publiques, affirme qu’« il apparaît opportun de relever une évolution notable des projets de société soumis à la compétition présidentielle. Ces questions ne sont plus périphériques ; elles s’imposent désormais dans le débat public au Bénin. Dans un contexte marqué par les effets du changement climatique, leur intégration constitue un défi majeur en termes d’appropriation politique et stratégique ».
Ce dernier y voit surtout « l’intérêt croissant à faire de l’environnement un axe structurant des programmes de gouvernance, dans l’intérêt des populations ».
Pour Fulbert Adjimehossou, journaliste scientifique et doctorant en géoinformation à l’université d’Abomey-Calavi, « l’enjeu pour le Bénin sera de réussir à articuler ces deux visions ». Il souligne la nécessité d’une politique environnementale conciliant planification urbaine, innovation et savoirs locaux, tout en renforçant les mécanismes de prévention.
Au-delà des divergences, une certitude s’impose : la question environnementale est désormais au cœur du débat politique. De sa prise en compte effective, dépendra en grande partie le visage du Bénin de demain, entre villes modernisées, territoires résilients et écosystèmes préservés.

Entre promesses et scepticisme
Certains spécialistes expriment toutefois des réserves, quant à la capacité réelle des candidats à traduire leurs engagements en actions concrètes. Ils pointent un décalage persistant entre les recommandations scientifiques et leur intégration dans les politiques publiques.
La construction d’infrastructures le long du littoral et l’éclairage public dans ces zones sont souvent cités comme des exemples d’aménagement ayant fragilisé certains écosystèmes, notamment ceux des tortues marines.
« Je préfère ne pas me prononcer sur ces projets de société. Cela n’apporterait rien », confie, sous anonymat, un spécialiste des questions environnementales engagé dans la protection animale.
Entre ambitions affichées et réalités de mise en œuvre, la crédibilité des engagements environnementaux restera l’un des principaux critères d’appréciation pour les électeurs.
Image de bannière : Grumes de teck dans la forêt de la Lama au Bénin. Image de Padonou Dotou via Wikimedia Commons.
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