- La destruction des forêts tropicales du bassin du Congo a atteint un niveau record entre 2015 et 2019, avec 1,24 million d'hectares perdus.
- Les plans d'aménagement forestier, un des outils utilisés pour s’assurer que les forêts du bassin du Congo ne soient pas exploitées sans le respect des normes, restent essentiels, malgré l’incertitude qui plane sur leur utilisation efficace et à long terme.
Une équipe de chercheurs, issus de différentes universités et institutions de recherche établis en France et au Gabon, a démontré que l’aménagement forestier, jusqu’ici considéré comme la feuille de route unique, pour renforcer la résilience et la durabilité du bassin du Congo, a permis de réduire la vulnérabilité des forêts du bassin du Congo, face aux effets du changement climatique.
Dans leur étude, publiée le 23 mars 2026, dans la revue « Communications Earth & Environment » (Nature), les chercheurs, faisant recours à un modèle théorique complexe, ont analysé les données recueillies sur cinq pays du bassin du Congo : le Cameroun, le République centrafricaine, la République démocratique du Congo, la République du Congo et le Gabon.
L’enquête, effectuée entre 2001 et 2020, a permis de déterminer qu’avec l’absence de modèles de plan d’aménagement forestier, au moins quelques 1,458 million d’hectares de couvert forestier ont disparu dans les concessions en exploitation, dont les deux tiers dans des concessions sans plan validé.
Dans leur analyse, les auteurs de l’étude observent que bien que les plans de gestion forestière validés réduisent les perturbations forestières observées au cours des 19 années étudiées, des questions importantes demeurent, quant à la durabilité écologique des concessions, une fois les permis d’exploitation expirés.
D’après les données récentes publiées en 2024, par le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR –ICRAF), le bassin du Congo abrite la deuxième plus grande forêt tropicale humide du monde, couvrant environ 268 millions d’hectares.

Des zones sans plan d’aménagement valide
CIFOR-ICRAF affirme que cette réserve, subdivisée en forêts de production (concessions forestières) et forêts de conservation (aires protégées), reste essentielle à la sécurité alimentaire, aux pratiques culturelles et à la santé de près de 60 millions d’habitants des zones rurales, et fournit des services écosystémiques vitaux à plus de 40 millions de personnes supplémentaires dans les centres urbains voisins.
Toutefois, la nouvelle étude montre que jusqu’à ce jour les concessions forestières dans le bassin du Congo couvrent environ 54 millions d’hectares, contre 30 millions d’hectares en aires protégées. Une société peut solliciter une licence d’une durée de 20 à 35 ans, pour gérer une zone de terres à bois déterminée.
Mais, pour mieux assurer la gestion durable des ressources forestières, les plans d’aménagement forestier (PAF) ont été introduits par les acteurs de la conservation au début des années 1990, simultanément avec la création de la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC).
Partant de cette expérience, Kenneth Houngbédji, chargé de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) basé en France, et auteur principal de l’étude, souligne que les concessions forestières, dotées d’un plan de gestion validé, ont subi moins de perturbations par rapport aux réserves qui continuent d’être exploitées sans feuille de route appropriée.
« De vastes étendues de forêts dans le bassin du Congo sont attribuées à des entreprises pour l’extraction industrielle du bois et disposant d’une autorisation, mais il existe encore des zones qui sont exploitées sans plan d’aménagement valide », confie-t-il à Mongabay.
L’étude montre notamment que les pays du bassin du Congo ont connu des taux relativement en hausse de perte de forêts tropicales humides primaires, passant de 0,4 million d’hectares entre 2000 et 2004, à 1,24 million d’hectares entre 2015 et 2019.
Bien que la majeure partie de ces menaces grandissantes sur les forêts soit due à l’agriculture à petite échelle, les auteurs de l’étude affirme que la gestion durable des concessions forestières reste un autre défi à surmonter, pour mieux préserver ces écosystèmes du bassin du Congo.
Aux yeux des scientifiques, ces préoccupations deviennent particulièrement vives au moment où la République démocratique du Congo (RDC), qui couvre une large partie de la forêt du bassin du Congo, envisage de lever son interdiction de longue date sur les nouvelles concessions forestières, ce qui pourrait permettre l’une des plus importantes expansions mondiales de la production industrielle de bois.
En 2025, le gouvernement de la RDC s’est lancé dans une campagne visant la levée d’une interdiction de longue date sur l’expansion de l’exploitation forestière industrielle dans ses forêts tropicales.

Quête de renforcement des capacités
Il est prévu qu’à travers cette décision contestée par les défenseurs de l’environnement, dont notamment l’ONG Greenpeace Africa, des dizaines de millions d’hectares de forêt vierge pourraient être livrées aux bûcherons, détruisant l’écosystème et les moyens de subsistance des populations locales, tout en alimentant le changement climatique.
En vue d’améliorer la gestion et de préserver la durabilité écologique et économique du bassin du Congo, l’étude exige aux gouvernements de promouvoir les politiques exigeant aux entreprises forestières d’obtenir au préalable l’approbation sous forme de plans d’aménagement forestier (PAF).
Ces plans établissent les normes d’exploitation forestière au niveau des zones de conservation et communautaires, les calendriers de rotation établis à partir d’inventaires forestiers détaillés, ainsi que les responsabilités sociales des entreprises forestières envers les communautés vivant à proximité ou à l’intérieur de la concession.
Dr Denis Jean Sonwa, directeur Afrique des projets de Recherche, données et impacts (RDI) pour le compte de l’Institut des ressources mondiales (WRI, sigle en anglais), objecte que, dans le bassin du Congo, le plan d’aménagement forestier reste l’un des meilleurs outils de gestion et de planification, à condition d’être affiné.
« Il y a toujours un besoin pressant de renforcer les capacités des pays engagés dans cette voie », affirme-t-il dans une interview exclusive à Mongabay.
Image de bannière : Peuple Bayaka dans la réserve de Dzanga Sangha Ndoki. Forêt tropicale de la République centrafricaine. Image de JMGRACIA100 via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).
Citation :
Houngbédji, K., Bouvier, M., Leblois, A. et al. (2026). Forest management plan validation gradually reduces forest loss in Congo Basin concessions. Commun Earth Environ. https://doi.org/10.1038/s43247-026-03429-8
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