- La prise en compte du capital naturel, dans les prises de décision à Madagascar, s’est révélée largement insuffisante, selon un constat général.
- Après la première édition en 2021 et la deuxième en 2022, le troisième forum capital naturel, tenu à Antananarivo du 2 au 3 avril 2026, a pondu un nouvel outil d’aide à la décision, dont les grands axes sont alignés sur le Cadre de Kunming-Montréal.
- Une idée, ayant émergé des discussions, suggère l’inscription de la valorisation des ressources naturelles de Madagascar à la nouvelle Constitution de sa République, qui sera adoptée en 2027.
- Madagascar doit s’inspirer du modèle botswanais, qui réinvestit une partie des revenus issus du secteur minier dans les aires protégées et les réserves animales couvrant aujourd’hui 40 % du territoire de ce pays de l’Afrique australe.
ANTANANARIVO, Madagascar — Madagascar s’engage à prendre en compte le capital naturel dans sa gouvernance.
C’est en substance ce qu’il faut retenir de la troisième édition du « Forum capital naturel » axée sur l’« intégration effective du capital naturel et de ses multiples valeurs dans les décisions politiques, économiques et financières », tenue à Antananarivo du 2 au 3 avril 2026.
Cette rencontre a eu pour but de mettre à jour les acquis des éditions 2021 et 2022, ayant donné naissance au réseau NatCap Madagascar et à une feuille de route (2022-2024) avec des projets pilotes.
« Le capital naturel procure aux humains des services écosystémiques. Mais ceux-ci sont invisibles lors des prises de décision. Cet oubli figure parmi les facteurs sous-tendant la dégradation de la nature », a dit à Mongabay Lie Haar Andriamanalina, la Natural Capital Officer chez WWF Madagascar, qui assure le secrétariat technique du réseau NatCap Madagascar.
L’experte a précisé que la prise en considération du capital naturel dans la prise de décision, même pour de petits gestes quotidiens, est indispensable.

Inscrire la valorisation du capital naturel dans la Constitution
Pour Ndrantomahefa Razakamanarina, expert en plaidoyer et président de l’Alliance Voahary Gasy, une plateforme des organisations de la société civile œuvrant pour l’instauration de la bonne gouvernance environnementale à Madagascar, il est plus qu’opportun de faire inscrire la valorisation du capital naturel à la nouvelle Constitution de la République. En théorie, celle-ci sera adoptée en 2027.
L’organisation de la troisième édition du forum, ayant réuni des responsables ministériels, des représentants du secteur privé et de la société civile, des chercheurs ainsi que des représentants de partenaires techniques et financiers, a été cadrée par le contexte de la refondation amorcé à la suite de l’arrivée au pouvoir de nouvelles autorités, en octobre 2025.
En même temps, Madagascar s’est doté de la Stratégie et plan d’action nationaux pour la biodiversité ou SPANB (2026-2030) dont la mise en œuvre a besoin de 812 millions USD.
L’entrée en vigueur à partir de janvier 2025 de nouvelles règles et procédures de l’évaluation environnementale et sociale, pour la mise en compatibilité des investissements avec l’environnement, est aussi un autre facteur déterminant.
« Nous ne pouvons pas non plus ignorer le contexte géopolitique marqué par des guerres et leurs conséquences sur le capital naturel », a affirmé Nanie Ratsifandrihamanana, directrice pays pour WWF.
« Nous avons un nouvel outil d’aide à la décision. Jusqu’ici, tellement de décisions ont été prises sans tenir compte du capital naturel. La donne change désormais. Nous assistons au déclin des ressources naturelles, dont nous disposons et que nous devons valoriser dans nos prises de décision », a dit à Mongabay Dr Clark Edmond Tsiresy, directeur de l’Unité de coordination de la recherche, de l’éducation et de la formation auprès du ministère de l’Environnement et du développement durable (MEDD), à l’issue du troisième forum.

Une ressource à impact sur la communauté locale
La feuille de route actualisée sera combinée au résultat des assises pour l’environnement et le développement durable. Lancées à Antananarivo, le 4 mars 2026, en présence du colonel Michaël Randrianirina, le président de la Refondation de la République de Madagascar, celles-ci devraient se clôturer à la fin de ce mois.
Mais, d’ores et déjà, la finance publique du pays est alignée sur les exigences de la prise en compte du capital naturel en vertu de la Stratégie nationale de financement intégré du développement durable, validée cette année, et du changement du système de comptabilité nationale prévu, à partir de 2027-2028.
« Le ministère de l’Économie et des finances se sert déjà d’un décret portant gestion des investissements publics, conformément à la protection et à la valorisation de l’environnement », a expliqué Patrick Razafimandimby, coordonateur auprès du MEF, lors du troisième forum.
Il a aussi insisté que des fenêtres d’opportunité existent pour montrer que la monétisation du capital naturel est une ressource pour le développement durable, qui aura un impact sur la communauté locale.
Dans l’ensemble, tout se joue au niveau des collectivités territoriales décentralisées, car il s’agit d’arbitrages, d’intelligence et de planification territoriaux.

Le secteur minier, laboratoire des mesures de protection de la biodiversité
Parlant au nom du secteur privé, Jean-Luc Marquetoux, président du conseil d’administration de la Chambre des Mines de Madagascar, a souligné que, pour un pays riche en ressources minières, la notion de création de valeurs économiques est indissociable de la santé des écosystèmes victimes des projets miniers (49 % des exportations du pays et 38 à 42 % de la rentrée des devises, Ndlr).
À son avis, le secteur minier est généralement perçu comme une sorte de prédateur exploitant, au sens propre et figuré du terme, les ressources naturelles non renouvelables, et il est intellectuellement malhonnête de soutenir qu’un projet minier n’a aucun impact environnemental et social.
« La reconnaissance et l’acceptation de ces impacts me semblent être un point de départ et un prérequis indispensable. Une activité minière responsable ne nie pas ces impacts, mais cherche, avant tout, à les identifier, les anticiper, les mesurer et les atténuer », a affirmé Marquetoux.
À ses yeux, le secteur minier à Madagascara été l’un des laboratoires des mesures de protection de la biodiversité.
Le président du conseil d’administration de la Chambre des Mines de Madagascar a aussi indiqué que le Botswana est considéré comme l’un des leaders en Afrique en matière d’exploitation minière et de gouvernance de son secteur national. Sur le plan international, ce pays de l’Afrique australe est régulièrement salué comme étant un modèle de préservation de la biodiversité, au travers d’un équilibre mine/nature.
« Aujourd’hui, 40 % de la surface du Botswana est occupée par des aires protégées et des réserves animales, qui sont en partie financées par l’État, à travers les revenus issus du secteur minier. Cela doit être un exemple, qui démontre que l’exploitation des ressources naturelles et la préservation du capital naturel peuvent avoir des objectifs communs », a-t-il conclu.
Les revenus du secteur minier sont versés dans un fonds souverain principalement destiné à soutenir la résilience du pays lorsqu’il sera arrivé au terme de son cycle minier. A Madagascar, ils sont totalement dilués dans le budget central de l’État.
Image de bannière : Sous l’effet de fortes pressions humaines, le capital naturel de Madagascar se dégrade rapidement à l’instar de ce petit lac de Mahaebo à Vohidiala Gare (MLA), à Ambatondrazaka, sur les Hautes Terres orientales de Madagascar. Il ne reste plus aujourd’hui que des ressources fortement dégradées sur cet écosystème, pourtant riche en biodiversité avant les années 1990. Photo aérienne prise le 15 octobre 2024. Image fournie par Rivonala Razafison.
Citation :
D.J. Bertioli, S.C.M. Leal-Bertioli, T. Erda, C.E. Simpson, S. Barrett, & P.H. Raven (2025). Reviving Vavilov’s vision : The tragedy of biodiversity governance and principles for reform, Proc. Natl. Acad. Sci. U.S.A. 122 (51) e2501753122, https://doi.org/10.1073/pnas.2501753122.
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