- Aphonsine Colombe Irahali, est une médecin rwandaise, en poste à Bayanga, une localité isolée près du Parc national de Dzanga-Sangha en Centrafrique.
- Son quotidien se résume à aller de village en village pour administrer des soins aux communautés y ayant rarement accès.
- Elle dit assumer pleinement sa vocation de médecin dans des communautés presque exclues du système sanitaire formel, avec des résultats très appréciables.
- À travers des cliniques mobiles, son équipe réalise des dépistages de la tuberculose et du VIH, sensibilise les populations et encourage la vaccination, contribuant ainsi à améliorer les conditions sanitaires des populations vivant autour de l’aire protégée.
BAYANGA, République centrafricaine — Avant les consultations, les dépistages et les échanges discrets autour de la maladie, un enclos est installé au milieu du village, où les habitants se rassemblent peu à peu, au son de la musique qui retentit, d’abord curieux, puis attentifs. Là, au cœur des forêts du sud-ouest de la République centrafricaine, Aphonsine Colombe Irahali, médecin rwandaise, passe une grande partie de son temps, allant de village en village pour administrer des soins aux communautés y ayant rarement accès.
« Ce que nous faisons, c’est d’aller de village en village pour avoir un impact important », a-t-elle confié récemment à Mongabay, lors d’une mission de clinique mobile. « Le matin, quand nous arrivons, nous commençons par mettre de la musique. Ensuite, nous faisons de la sensibilisation : les signes à surveiller ? quand aller à l’hôpital ? à quoi s’attendre ? ».
À 36 ans, Irahali aurait pu choisir un autre parcours. De nombreuses médecins à travers l’Afrique sont attirées par les villes, ou quittent le continent à la recherche de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. Mais Irahali a plutôt choisi Bayanga, un poste isolé près du Parc national de Dzanga-Sangha, là où la forêt dense est confrontée à un système de santé fragile, et où l’accès aux soins de base est difficile.
Aphonsine Colombe Irahali dit avoir postulé au poste à trois reprises au moins, avant d’être finalement retenue.
« Je me suis engagée à prendre soin des communautés mal desservies », a-t-elle déclaré. « Je pense que ce travail est en accord avec mon serment ». Pour elle, c’est un choix assumé, car elle a saisi l’opportunité de travailler en République centrafricaine lorsqu’elle s’est présentée.

Cliniques mobiles
À Bayanga, les besoins sont immédiats et visibles. La région abrite à la fois des communautés autochtones Ba’aka et des Bilo, les populations non autochtones. Beaucoup vivent loin des structures de santé. Certains privilégient la médecine traditionnelle. D’autres n’arrivent à l’hôpital que lorsque leur état est déjà critique.
« Les communautés autochtones ne viennent généralement pas à nous, c’est pourquoi nous allons vers elles », explique-t-elle.
À travers des cliniques mobiles, son équipe réalise des dépistages de la tuberculose et du VIH, sensibilise les populations et encourage la vaccination. Elle travaille en étroite collaboration avec l’hôpital local et coordonne les données avec le ministère de la Santé. Mais malgré ces efforts, beaucoup de problèmes subsistent.
« Nous ne vaccinons pas sur place, nous encourageons les mères à venir à l’hôpital », dit-elle. « Le premier vaccin lutte contre la tuberculose. Les communautés autochtones ne viennent généralement pas, c’est pourquoi nous allons vers elles ».

De bonnes et de mauvaises histoires
L’accès n’est pas le seul défi. Les ressources sont limitées. « Parfois, nous ne pouvons pas les soigner, parce que nous n’avons pas les médicaments », dit-elle. « Nous devons les commander ».
Les équipements font également défaut. Sans outils de base comme l’appareil de radiographie ou le matériel spécialisé, certains diagnostics et traitements deviennent extrêmement difficiles. Pour les patients venant des villages éloignés, les retards peuvent être fatals.
« Les enfants meurent encore du paludisme à cause de l’anémie », explique-t-elle. « Souvent, parce qu’ils arrivent trop tard à l’hôpital ».
Le travail laisse des traces à la fois agréables et douloureuses. Certains jours, dit-elle, tout semble possible — un patient guérit, un enfant va mieux, la communauté fait confiance. Et puis, il y a les autres jours, ceux qui restent longtemps après les soins.
« J’ai de bonnes et de mauvaises histoires », dit-elle. Elle se souvient d’un cas récent, où une mère et son enfant avaient été amenés pour des soins. L’équipe a réussi à stabiliser l’enfant. Mais la mère, qui ne semblait pas, initialement, gravement malade, est décédée.
« Nous avons sauvé l’enfant », dit-elle. « Mais la mère… c’était difficile ».
De tels moments affectent non seulement les patients, mais aussi le personnel. Dans un environnement sans psychologues, ni dispositifs de soutien, les soignants portent souvent ce poids seuls.
« Voir des patients mourir n’est pas facile », dit-elle. « Il faut continuer à travailler, même quand les gens ne sont plus motivés ».
Et pourtant, il y a aussi des moments qui lui rappellent pourquoi elle reste encore pour faire ce travail.
Elle évoque le cas d’un patient attaqué par un gorille — une situation rare, mais grave dans une région où les hommes et la faune cohabitent. Les blessures étaient importantes, et le traitement a nécessité des improvisations avec les moyens disponibles.
« Nous avons dû gérer l’infection, la plaie et les vaccinations », dit-elle. « Nous avons donné des antibiotiques, nettoyé la plaie, administré un rappel antitétanique et un vaccin contre la rage ».
Le patient s’est rétabli. « Il va mieux. Il peut marcher », dit-elle.
Pour Irahali, ce sont les cas les plus difficiles qui donnent tout le sens à son travail. « Ce qui me donne vraiment de l’espoir, ce sont les cas difficiles », dit-elle.

Au rythme des impératifs
Son travail à Bayanga est en partie soutenu par le WWF, opérant dans le paysage de Dzanga-Sangha aux côtés du gouvernement centrafricain. Le programme de santé, mené en collaboration avec le ministère de la Santé, vise à améliorer les conditions sanitaires des populations vivant autour de l’aire protégée et en son sein.
Pour les responsables du parc, le lien entre santé et conservation n’est pas anodin. La fourniture des services de base, expliquent-ils, contribue à renforcer la confiance entre les communautés et les acteurs de la conservation, dans une région où cette relation n’a pas toujours été évidente.
Mais pour Irahali, la motivation est avant tout personnelle. Depuis son arrivée, dit-elle, les progrès sont visibles. De plus en plus de personnes acceptent de se faire soigner. Les communautés commencent à signaler les cas critiques. La confiance se construit, lentement.
« C’est comme marcher main dans la main », dit-elle. « Nous avons beaucoup fait, mais il reste encore beaucoup à faire ».
Son parcours est loin d’être achevé. Parallèlement à son travail de terrain, elle poursuit un Master en santé internationale, avec un intérêt pour les systèmes de santé et l’amélioration des soins, dans des contextes à faibles ressources. Elle espère aller plus loin — peut-être jusqu’au doctorat — et contribuer à des réformes plus larges, au-delà de Bayanga.
« On peut travailler ici », dit-elle, « mais ailleurs, quelqu’un fait face aux mêmes défis ».
Pour l’instant, cependant, son travail reste ancré dans les communautés forestières du sud-ouest de la République centrafricaine, rythmé par des matinées de terrain, les cliniques mobiles, la musique mobilisatrice et la persévérance silencieuse à administrer les soins dans un endroit, où ils ne sont jamais garantis.
Merci à Rhett A. Butler pour sa contribution à cet article.
Image de bannière : Aphonsine Colombe Irahali dispense des soins lors d’une campagne de santé mobile dans un village forestier près de Bayanga, en République centrafricaine. Elle explique que son travail auprès des communautés isolées est guidé par une vocation personnelle à servir des populations souvent exclues des systèmes de santé formels. Image de Colombe Irahali, WWF République centrafricaine.
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