- La restauration des territoires insulaires du lac Kivu a permis de renforcer la résilience des sols, de fixer le carbone et la création de 300 000 emplois.
- La plantation d’arbres indigènes est une pierre angulaire de la restauration des écosystèmes du bassin du lac Kivu.
- Une solution naturelle et efficace qui favorise la restauration des écosystèmes du bassin transfrontalier du lac Kivu et de la rivière Rusizi.
À Nyamunini, un petit territoire insulaire situé dans la partie rwandaise des eaux du lac Kivu à l’Ouest du Rwanda, Philippe Nyandwi, un agri-pêcheur de cette localité isolée, se considère lui-même comme « gardien de la nature ».
Dans son quotidien, ce père de cinq enfants consacre une grande partie de son temps à travailler la terre de sa petite parcelle de deux hectares, alors qu’il doit se rendre à la pêche le soir pour gagner sa vie à tous les coups.
« L’agriculture et la pêche constituent un avantage, même si nous parvenons à nourrir nos familles avec difficulté », confie-t-il à Mongabay.
Sur les pentes abruptes des montagnes lacustres plongeant dans le lac Kivu, Nyandwi admet toutefois que dépendre entièrement de la terre et de la pêche est un combat au quotidien.
En effet, les habitants de cette petite île du lac Kivu exploitent les pentes abruptes surplombant les plages pour cultiver une grande variété de produits : du mais en passant par la patate douce, le manioc et les haricots. La région bénéficie de fortes précipitations annuelles de 600 à 700 mm, réparties sur deux saisons de pluies : la première allant de février à mai, la seconde de septembre à décembre.
Propriétaire d’une petite forêt d’eucalyptus et d’une plantation mixte de maïs, de haricots, de courges et d’autres légumineuses, Nyandwi affirme que les récentes inondations, ayant frappé cette zone, ont mis en lumière la vulnérabilité de l’agriculture de subsistance pour les habitants insulaires.
Si Nyamunini offre une variété de paysages spectaculaires abritant une biodiversité unique, comprenant de nombreuses espèces endémiques de poissons, d’oiseaux et de plantes aquatiques, plusieurs acteurs de la conservation, dont notamment les experts de l’Institut des ressources mondiales (WRI, sigle en anglais), déplorent des réalités alarmantes qui se cachent derrière cette verdure paisible.
Il s’agit notamment d’une agriculture peu soutenue, de la déforestation, de la dégradation des paysages,ainsi que de la pêche menacée.
D’après l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), les petites îles du lac Kivu abritent une riche biodiversité composée de 142 espèces de plantes, 80 espèces d’oiseaux, 52 invertébrés, six mammifères, six reptiles, cinq espèces d’amphibiens et 26 espèces de poissons.

Démarche écoresponsable
Pour faire face à cette menace, l’Organisation pour la conservation de la biodiversité (BIOCOOR), une ONG rwandaise dirigée par des jeunes, en étroite collaboration avec les communautés locales, s’est mobilisée dans cette région de plus de 11 millions d‘habitants pour la restauration des paysages forestiers, à travers la plantation d’arbres indigènes.
« La plantation des arbres indigènes est un outil puissant pour faire face aux crises environnementales qui pèsent sur le bassin du lac Kivu », explique Dr Ange Imanishimwe, fondateur et directeur exécutif de l’ONG BIOCOOR spécialisée dans la restauration des écosystèmes dégradés.
Selon lui, la valorisation des services écosystémiques fournis par ces petites îles, comme les forêts, avec des solutions visant la diminution des pressions exercées sur la nature, reste essentielle.
En 2023, l’organisation BIOOCOR a mené une enquête pluridisciplinaire sur la connaissance passée des écosystèmes du bassin du lac Kivu, focalisée notamment sur l’évaluation de la quantité de carbone stockée dans l’intégralité des paysages insulaires du bassin du lac Kivu, ainsi que l’inventaire sur les espèces végétales et animales recensées dans cette zone.
L’enquête a ensuite permis à l’ONG de reconstituer l’évolution de ces écosystèmes pour mieux comprendre l’origine des pressions qu’ils subissent, d’en mesurer l’ampleur et de proposer des actions concrètes pour intégrer une démarche écoresponsable dans la restauration,
Dans la mise en exécution de son initiative dénommée « Restore Locals » au niveau du bassin du lac Kivu et de la rivière de Rusizi, partagée entre le Rwanda, la République démocratique du Congo et le Burunda, la priorité a été donnée à la plantation d’arbres indigènes, en vue d’atténuer les risques de glissement de terrain dus aux fortes pluies ayant frappé les villages insulaires isolés.
Les îles du lac Kivu, notamment les districts de Rutsiro, Karongi et Nyamasheke, situés à l’ouest du Rwanda, ont été, à plusieurs reprises, victimes de glissements de terrain, en raison des fortes précipitations survenant chaque année, au mois de février et de mai. Le relief accidenté, les pentes abruptes et le climat tropical humide de cette région sont favorables à ces aléas climatiques. Le tout récent glissement de terrain, survenu au mois de mai 2023, à Rutsiro et à Karongi, a causé d’importants dégâts matériels et des pertes humaines.

Restaurer conjointement 12 millions d’hectares
Par ailleurs, l’objectif est aussi de faire pousser naturellement des arbres indigènes qui sont ensuite pris en charge par les communautés locales, au niveau du bassin du lac Kivu et de la rivière Rusizi.
La dégradation généralisée des terres a incité les gouvernements du Burundi, de la RDC et du Rwanda à s’engager en 2021, à restaurer conjointement 12 millions d’hectares dans le cadre de l’Initiative africaine pour la restauration des paysages forestiers (AFR100), un effort visant à restaurer 100 millions d’hectares de terres en Afrique d’ici à 2030.
A travers TerraFund, une initiative globale qui finance des projets communautaires pour la restauration des paysages en Afrique, la campagne en cours dans le bassin du lac Kivu cible également la province du Sud-Kivu à l’Est de la République démocratique du Congo avec notamment la plantation de 200 000 espèces d’arbres indigènes (des noix de macadamia) supplémentaires et la restauration de 800 hectares de terres dégradées.
Jackson Ndera, chercheur et gestionnaire de portefeuille pour l’initiative du bassin du lac Kivu et de la rivière Rusizi, pour le compte de l’Institut des ressources mondiales (WRI, sigle en anglais), affirme que la collaboration avec les communautés insulaires, les gouvernements et les partenaires été essentielle pour accélérer la restauration en cours.
« La plantation d’espèces indigènes et la formation des populations aux pratiques de restauration ont amélioré leurs moyens de subsistance », dit-il à Mongabay.
Image de bannière : Les estimations de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature montrent que les petites îles du lac Kivu abritent une riche biodiversité, composée de 142 espèces de plantes, mais que des terres productives ont été perdues à un rythme alarmant. Image de Aimable Twahirwa.
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