- Une étude montre que la dégradation de la fertilité des sols pourrait réduire les rendements du maïs en Afrique subsaharienne plus fortement que les effets du changement climatique.
- Les résultats indiquent une baisse moyenne de 24 % des rendements liée à la dégradation des sols, contre des impacts climatiques plus limités et variables, soulignant l’enjeu de la santé des sols dans la production agricole.
- Les spécialistes recommandent la gestion intégrée de la fertilité des sols, combinant intrants organiques et minéraux, ainsi que pratiques agroécologiques, pour restaurer les sols et améliorer les rendements.
Selon une étude, la baisse continue de la fertilité des sols pourrait réduire les rendements du maïs plus fortement que les effets du changement climatique en Afrique subsaharienne.
« Notre étude montre que la dégradation des sols pourrait entraîner des baisses de rendements du maïs de 20 à 50 % sur quelques décennies, un impact plus important que celui du réchauffement climatique, des changements de précipitations et de l’augmentation du CO₂ pris isolément. Négliger l’impact de la dégradation des sols dans les études prospectives entraînerait une grave sous-estimation des pertes de production à venir », a expliqué Antoine Couëdel, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), et auteur principal de l’étude, dans un communiqué de presse diffusé.
Pour parvenir à ces résultats, l’équipe de chercheurs du CIRAD, coordonnée par Couëdel, a analysé l’évolution corrélée du climat et de la fertilité des sols sur le long terme, dans plusieurs régions représentatives de la production de maïs en Afrique subsaharienne.
Les chercheurs se sont également appuyés sur des données issues d’expérimentations sur le maïs menées aussi bien en station de recherche qu’en milieu paysan, sur quatre sites en Afrique subsaharienne sur une période allant de 9 à 18 ans, en Côte d’Ivoire (Gagnoa), au Kenya (Embu et Machanga) et au Zimbabwe (Murewa).

Leurs résultats montrent que « la baisse simulée moyenne du rendement du maïs liée au déclin de la fertilité des sols atteint 24 % sur les quatre sites étudiés, nettement supérieure à celui des facteurs climatiques pris isolément : +2 % pour une hausse des températures de 2 °C, -4 % en cas de baisse des précipitations de 25 %, +8 % pour une augmentation équivalente des pluies, et +6 % sous des niveaux élevés de CO₂ ».
D’après ces résultats publiés début février dans la revue Global Change Biology, dans les systèmes maïsicoles en l’absence d’apports de carbone et d’azote, les simulations réalisées à partir d’un ensemble de 15 modèles sol-culture montrent que, sur une période de 30 ans, le déclin de la fertilité des sols a un impact plus important sur le rendement que les facteurs liés au changement climatique.
Zimare Issifou, ingénieur agronome et chargé du programme Agriculture durable et environnement à l’ONG SALUT basée à Lomé au Togo, de son expérience dans l’accompagnement des producteurs au Togo, soutient également que la baisse de la fertilité du sol a un impact direct sur les rendements agricoles.
« Le sol est un facteur clé de production. Pour que les cultures se développent correctement, il doit rester en bonne santé et fournir les nutriments nécessaires. Lorsque sa fertilité se dégrade, cela freine inévitablement la croissance des cultures et réduit leur productivité. Le maïs, en particulier, est très sensible au stress hydrique et à la disponibilité des éléments nutritifs. Dès que ces conditions ne sont pas réunies, son développement est compromis, avec des répercussions directes sur les rendements », explique Issifou à Mongabay.

La GIFS comme option d’adaptation « sans regret »
Les chercheurs du CIRAD indiquent dans la conclusion de leur étude que la dégradation des sols devra être une priorité à traiter parallèlement aux efforts d’adaptation au changement climatique. Ils recommandent donc la Gestion intégrée de la fertilité des sols (GIFS).
« En tenant compte explicitement des changements de la fertilité des sols, nos résultats soutiennent la valeur de la GIFS, par l’application combinée d’intrants organiques et minéraux, en tant que stratégie d’adaptation efficace à long terme et sans regret, pour soutenir et augmenter les rendements dans les climats actuels et futurs », ont écrit les auteurs dans la conclusion de l’étude.
Cette recommandation corrobore les travaux d’autres chercheurs, publiés en 2020, dans la revue Geoderma, et qui soulignent que « la mise en œuvre de l’agriculture de conservation et de la Gestion intégrée de la fertilité des sols (GIFS) a globalement des effets positifs sur l’augmentation de l’infiltration, la réduction du ruissellement et de l’érosion des sols, ainsi que sur l’amélioration de la biodiversité des sols ».

Essowè Pitassa, ingénieur environnementaliste-forestier, chef de division, agriculture durable et protection de l’environnement à l’ONG CADR, basée au Togo, appelle à adopter des stratégies de restauration des sols en dégradation.
« Les résultats des chercheurs du CIRAD sont tout à fait vérifiés, parce qu’il est aujourd’hui clair que les producteurs agricoles du Togo font réellement face à des soucis dans la gestion de leurs terres. Et ces difficultés vont de l’érosion à l’appauvrissement continu des sols. Il y a alors urgence de mettre en place des actions ou des techniques, pour pouvoir lutter contre la perte de la fertilité des sols », dit Pitassa.
Il invite les producteurs à adopter des pratiques telles que l’agroforesterie, qui consiste à introduire des arbres fertilitaires dans les champs.
« Les feuilles issues de ces arbres contribuent progressivement à la formation d’une couche de matière organique, améliorant ainsi la fertilité des sols. Nous promouvons également la culture en terrasse, notamment par la réalisation de planches dans le sens contraire de la pente, ce qui permet de ralentir l’écoulement des eaux de pluie et de limiter l’érosion, laquelle contribue à la perte de fertilité des sols », ajoute Pitassa.
En plus de l’utilisation des intrants recommandés par les auteurs, Issifou appelle à, l’introduction de plantes fertilisantes comme le Leucaena, l’Albizia, le Samanea, le mucuna, ainsi que certaines cultures comme le pois d’Angole, et, de manière générale, les légumineuses comme le haricot ou l’arachide ayant la capacité de capter l’azote et de le restituer au sol.
Pour une meilleure adoption des pratiques de gestion des sols, l’Union africaine, dans son « Initiative en faveur des sols africains (SIA) » élaborée en 2024, appelle à « renforcer les dispositifs institutionnels et les capacités humaines, tout en accélérant le déploiement d’outils numériques et de mécanismes d’investissement pour une gestion durable des sols ».
Elle évoque également la nécessité de mettre à la disposition des producteurs les connaissances et les techniques, pour améliorer les décisions de gestion des sols à l’échelle du continent.
Image de bannière : Récolte de maïs jaune. Image de Step may via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).
Citation :
Couëdel, A., G. N. Falconnier, M. Adam, et al. (2026). Beyond Climate Change: The Role of Integrated Soil Fertility Management for Sustaining Future Maize Yield in Sub-Saharan Africa. Global Change Biology 32, no. 2: e70720. https://doi.org/10.1111/gcb.70720.
Kihara, J., P. Bolo, M. Kinyua, S. S. Nyawira, and R. Sommer. (2020). Santé des sols et services écosystémiques : enseignements tirés de l’Afrique subsaharienne. Geoderma 370: 114342. https://doi.org/10.1016/j.geoderma.2020.114342.
Union Africaine, Initiative en faveur des sols en Afrique : Document cadre. 32 p. https://au.int/sites/default/files/documents/43208-doc-FR_Soil_initiative_for_Africa_Framework_Document_-_edited.pdf