- La certification forestière, censée être obligatoire en 2022, pour les entreprises au Gabon, n’est toujours pas effective.
- Plusieurs crises, en l’occurrence la Covid-19 et la crise politique, sont évoquées par l’expert gabonais Fabrice Ollomo Nguema, pour justifier l’ineffectivité de cette mesure.
- Le Gabon a environ 90 % de son territoire recouvert de forêts.
En Afrique centrale, le Gabon est un modèle de conservation, avec près de 90 % de son territoire recouvert de forêts, que les scientifiques qualifient à juste titre de « dernier Eden d’Afrique ». Le pays abrite environ les deux tiers des éléphants de forêt dans le monde, selon l’ONG WildAid, et de nombreuses autres espèces fauniques emblématiques à l’instar de la panthère, de l’hippopotame, du chimpanzé ou du pangolin.
En 2025, le pays affiche un taux de déforestation extrêmement bas, estimé à 0,03 %, selon la Banque mondiale, confortant ainsi son statut de modèle en matière de gestion des ressources naturelles en Afrique. Cette performance devrait s’améliorer au cours des prochaines années, si le gouvernement parvient à rendre effective l’obligation de certification forestière pour les entreprises exerçant dans le domaine forestier.
Dans un entretien avec Mongabay, Fabrice Ollomo Nguema, chef du département audit certification et formation au cabinet d’ingénierie gabonais Global forest environment consulting (GFEC), fait un état des lieux de cette politique prônée par le gouvernement gabonais, et évoque le contexte local d’application de cette mesure.

Mongabay : Quel est l’état des lieux de la certification durable dans le domaine des forêts au Gabon ?
Fabrice Ollomo Nguema : S’agissant de la certification, le Gabon n’a pas encore pris des mesures d’obligation. En 2018, l’ancien président, Ali Bongo, via une déclaration, avait annoncé que toutes les entreprises forestières devraient être certifiées entre 2018 et 2022. Ce qui a tout de même créé une émulation auprès des entreprises, et certaines ont pris l’initiative d’aller à la certification. Il est important de préciser d’entrée qu’il existe deux grands types de certification : la certification de durabilité et la certification de légalité. La seconde a été mise en place par certains organismes de certification, ce qui sert de pont pour aller à la certification de durabilité. Au Gabon, nous avons deux grands labels dans la certification de durabilité, à savoir le FSC (Forest Stewardship Council) et le PAFC (Pan African Forest Certification). Mais nous avons des bureaux de certification qui ont créé des sous-normes à l’instar de l’OLB (Origine et légalité des bois) créée par le Bureau Veritas, le Timber Legality Verification (TLV) créé par Control Union, etc.
En résumé, on est parti de la déclaration du président ayant permis à beaucoup d’entreprises d’entamer le processus de certification. Certaines ont pu être certifiées alors que d’autres n’ont pas pu arriver au terme des activités qu’elles avaient entamées.
Mongabay : Avez-vous accès aux données sur les entreprises forestières certifiées au Gabon ?
Fabrice Ollomo Nguema : Je n’ai pas le nombre exact, mais le pourcentage est très faible. En termes d’estimation du nombre d’hectares, nous nous situons aujourd’hui entre 20 à 25 % de concessions certifiées. Je ne pense pas qu’on dépasse les 10 % d’entreprises certifiées. L’annonce du président avait motivé les entreprises, mais après 2022, ça a commencé par piétiner, parce que les entreprises ne subissaient plus de pression de la part du gouvernement.
Mongabay : Qu’est-ce qui est l’obstacle à l’effectivité d’une certification forestière obligatoire au Gabon ?
Fabrice Ollomo Nguema : Il faut dire que la certification est un processus. Il y a des mécanismes à mettre en place. Il y a une évaluation que chaque entreprise doit pouvoir faire. La question de la trésorerie est d’abord l’une des raisons principales qui limitent les entreprises à aller jusqu’au bout. La certification demande des moyens. Malheureusement, entre 2020 et 2025, nous sommes allés de crises en crises. Il y a eu la Covid-19, puis la crise politique, et tout ça coïncide avec la période où beaucoup d’entreprises ont commencé à se mobiliser. Ces différentes crises ont aussi influé sur les entreprises, touchées par ailleurs par la crise du marché du bois, celle-ci étant entre autres due à la guerre en Ukraine, et la Chine n’achète plus le bois comme par le passé, et je n’en connais pas les raisons.
Mongabay : Quels sont les critères d’éligibilité d’une concession forestière à la certification ?
Fabrice Ollomo Nguema : Il faut dire que chaque organisme de certification ou chaque norme de certification peut avoir ses critères d’éligibilité. Le Gabon, en lui-même, fait, de par sa loi, la promotion de sa gestion durable. Le but de la certification est d’amener à une exploitation responsable conduisant à une gestion durable. Normalement, il ne devrait pas y avoir de complications pour les entreprises gabonaises. La certification devrait être une formalité. Si toute entreprise gabonaise respecte les 90 % de la loi gabonaise, la certification devrait juste être une formalité, car ce que demande la certification est déjà prévu dans la loi gabonaise à 95 %. En termes de critères d’éligibilité, la première chose, c’est de respecter d’abord la loi du pays. Dans toutes les normes de certification, c’est le premier principe qu’on met en avant. Ensuite, il faut disposer d’un plan d’aménagement : vous ne pouvez pas exploiter sans élaborer un plan d’aménagement validé par l’administration, l’autorité reconnue pour pouvoir le faire ; la zone dans laquelle l’entreprise opère doit être une zone dédiée pour ce type d’activité. Il ne faut pas qu’une entreprise postule pour la certification et qu’on se rende compte qu’elle exploite dans une aire protégée. Donc, la base de l’éligibilité à la certification forestière, c’est le respect de la loi. Maintenant, les critères vont évoluer selon les normes de certification.

Mongabay : La certification forestière contribue-t-elle réellement à réduire l’exploitation illégale du bois au Gabon et à protéger la faune ?
Fabrice Ollomo Nguema : Il faut reconnaitre que dans nos États, malgré les efforts des gouvernements, il y en a toujours qui réussissent à passer par la petite porte, et ne font pas preuve de transparence. Forcément, lorsqu’une entreprise est certifiée, et qu’arrive l’évaluateur, celui-ci ne saura décrire que ce qu’il a vu sur le terrain. Et l’entreprise a l’obligation de bien se conformer.
Dans la certification, pour ce qui est des normes de gestion durable des forêts, on prend en compte les composantes comme l’environnement, le social et l’économie. Et dans l’environnement, on voit tout ce qui a trait à la faune, à la biodiversité. Quand on réalise une évaluation, on ne se limite pas qu’aux pratiques de l’entreprise, mais on se rassure que ses pratiques soient appropriées pour l’environnement. Dès lors qu’on se lance dans la certification, on accepte de participer au développement durable.
Dans la certification, il y a ce qu’on appelle l’audit initial et les audits de surveillance. On n’audite pas seulement une fois. On renouvelle l’audit chaque année, pour vérifier si toutes les dispositions sont mises en place, afin de respecter la norme par rapport à laquelle l’entreprise a postulé pour être certifiée. On audite dans l’entreprise, on discute avec les gens, et on fait également des observations de terrain.
Mongabay : Quels sont les avantages économiques dévolus aux entreprises certifiées dans le domaine forestier au Gabon ?
Fabrice Ollomo Nguema : Le Gabon, de par sa volonté à avoir toutes ses concessions forestières certifiées, a pris des mesures fortes pour encourager les entreprises. Dans la loi des finances 2020, il y a eu des exonérations pour les entreprises certifiées sur la taxe de superficie, qui est la principale taxe applicable aux concessions forestières. Cette loi, pour décourager les entreprises qui ne sont pas certifiées, a été revue en 2024. On est parti de 800 francs CFA l’hectare, pour les entreprises non certifiées, à 1000 francs CFA. On est en train de décourager celles qui ne le sont pas, en encourageant celles qui y vont, ou qui le sont déjà.
Pour le moment, l’État n’oblige pas encore, mais il existe des initiatives encourageantes dans ce sens. Il y a également le Code forestier qui est en cours de révision, et qui prévoit beaucoup de changements en faveur de la certification.
En somme, d’un point de vue économique, lorsqu’une entreprise est certifiée, elle est créditée d’une bonne image et est considérée comme une entreprise responsable respectueuse des normes de gestion durable. Cela favorise également l’accès au portefeuille d’une certaine clientèle, alors que ce n’est pas le cas avec une entreprise non certifiée.
Image de bannière : L’exploitation des forêts anciennes est une industrie majeure au Gabon, en Afrique centrale. Image de David Stanley DU Canada via Wikimédia Commons (CC BY 2.0).
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