Nouvelles de l'environnement

À l’Est de la RDC, les journalistes environnementaux pris en étau entre guerre et intérêts miniers

  • Dans l’Est de la République démocratique du Congo, couvrir les zones minières est devenu extrêmement dangereux : pressions des autorités, risques d’arrestation, autocensures forcées. Certains journalistes renoncent même à enquêter.
  • Depuis le contrôle de certaines zones par le M23/AFC, les violences se sont aggravées : intimidations, agressions physiques, enlèvements, tortures, assassinats de journalistes environnementaux documentés par des organisations comme l’International Press Institute.
  • Ces journalistes sont ciblés parce qu’ils enquêtent sur des sujets explosifs mêlant les ressources stratégiques comme le coltan, la corruption, les conflits armés et les intérêts géopolitiques.
  • En 2025, La RDC, autrefois 123ème, a chuté à la 133e place sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse, établi par Reporter sans frontières.

Le 3 mars 2026, au moins 200 personnes ont perdu la vie dans l’éboulement d’une mine dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Un drame ayant été couvert par les équipes de Mongabay Afrique, mais qui aurait très bien pu rester dans l’ombre. « Moi, j’ai arrêté de couvrir ce qui se passe dans les zones minières, parce que vous pouvez être poursuivi quand vous parlez de ce qui se passe vraiment sur le terrain », décrit, lors d’un appel téléphonique, un journaliste vivant à Rubaya dans le Nord-Kivu, sous couvert de l’anonymat, pour des raisons de sécurité.

« C’est seulement les autorités qui ont la parole. Si, sur un site, après un éboulement, vous voyez même 100 personnes mortes, si l’autorité a parlé de cinq morts, vous devez parler de cinq morts. Si vous parlez de ce que vous avez vu vous-même, ça devient un problème ; vous pouvez aller en prison. Beaucoup sont d’ailleurs en prison », ajoute-t-il en référence à des confrères qu’il a vu arrêter, ces derniers mois.

Pourtant, après l’éboulement de la mine, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a parlé de l’évènement sur ses réseaux sociaux, en précisant qu’il s’agit d’un périmètre minier interdit à l’exploitation et à la commercialisation de minerais, tout en accusant le Rwanda d’être responsable de ces morts. Car, depuis janvier-février 2025, certaines zones de l’Est de la RDC situées le long de la frontière entre le Rwanda et la RDC, incluant Rubaya, sont sous le contrôle du M23/AFC, un groupe armé qui, d’après le Conseil de sécurité des Nations-Unies, serait soutenu par le Rwanda.

Depuis cette occupation, pour les journalistes couvrant des thématiques environnementales, les conditions de travail se sont dégradées. « Nous sommes muselés », confie à Mongabay, un journaliste, toujours sous couvert d’anonymat.

Son aveu est corroboré par ce que Nompilo Simanje, responsable plaidoyer pour l’Afrique de l’International press institute (IPI) et ses équipes ont pu observer. « Les journalistes environnementaux couvrant des sujets, tels que l’exploitation minière illégale ou la destruction de l’environnement liée aux conflits, ont été la cible de nombreuses agressions. Ils travaillent dans des conditions extrêmement difficiles et dangereuses. Nous avons constaté de nombreux cas d’intimidation et d’agressions physiques. Dans certains cas, on a même observé des actes de violence physique, voire de torture », souligne-t-elle avant d’ajouter : « Certains journalistes ont été contraints de fuir, d’autres pratiquent désormais l’autocensure… Certains médias ont même complètement cessé leurs activités en RDC ».

L’IPI a sorti plusieurs rapports sur la question. Rien qu’entre mars et septembre, l’organisation a rapporté neuf cas de menaces et d’attaques de journalistes environnementaux en RDC. Parmi ces cas, il y a celui de Fiston Wilondja Mazambi. D’après l’organisation de défense des journalistes, le 5 août dernier, le journaliste a été enlevé, torturé et tué par des membres du M23/AFC dans la province du Sud-Kivu.

Selon une source de l’IPI, il aurait été tué pour avoir enquêté sur des allégations de collaboration entre des groupes rebelles et les autorités gouvernementales de Kinshasa, dans le cadre de l’exploitation illégale de l’or.

Des militants défilent dans les rues de Goma, en République démocratique du Congo, pour réclamer la justice climatique et montrer leur refus de l’exploration pétrolière dans le Parc national des Virunga. Image de 350.org via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0).
Des militants défilent dans les rues de Goma, en République démocratique du Congo, pour réclamer la justice climatique et montrer leur refus de l’exploration pétrolière dans le Parc national des Virunga. Image de 350.org via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0).

« Dans la zone, les journalistes environnementaux couvrent des sujets assez sensibles. Là-bas, l’environnement englobe aussi des questions liées à la situation géopolitique, à la course aux minéraux essentiels à la transition énergétique, aux conflits…. Ces journalistes révèlent des cas de corruption impliquant des responsables gouvernementaux et d’autres parties prenantes dans le pays. C’est pourquoi certains d’entre eux sont pris pour cible », explique Simanje.

Les mines de Rubaya fournissent entre 15 et 30 % du coltan mondial, un minerai nécessaire pour la fabrication de nombreux appareils électroniques comme les téléphones ou les ordinateurs. 60 % des réserves mondiales de ce minerai critique se trouvent dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. De quoi attiser les convoitises. Ces différents sites miniers ne sont plus totalement sous le contrôle de l’État congolais depuis plusieurs années. En 2009, l’ONU rapportait que des groupes armés tels que les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), parfois en association avec Kinshasa, exploitaient et vendaient ce minerai à l’international. Plus récemment, avant la chute de Goma en janvier 2025, en 2024, ils étaient entre autres sous le contrôle du groupe armé Coalition des patriotes résistants congolais-Force de frappe (PARECO-FF), ayant ensuite fait alliance avec le M23 pour la contrebande des minerais.

Si aujourd’hui, l’État congolais l’a mise sur la Liste rouge, interdisant ainsi toute activité d’exploitation et de commercialisation des minerais, y compris artisanale, cela ne les a pas empêchés, selon l’agence de presse Reuters, de la proposer aux Etats-Unis dans le cadre du Partenariat stratégique entre Kinshasa et Washington, signé en 2025.

Si les troubles dans la zone ne sont pas nouveaux, les menaces qui pèsent sur les journalistes environnementaux dans ce milieu ne sont pas nouvelles. « En 2023, avant l’occupation des rebelles, j’avais eu ces problèmes avec les autorités gouvernementales », explique ce journaliste, aujourd’hui en fuite. « J’ai été arrêté à Rubaya et j’ai fini dans le cachot de l’ANR (l’Agence nationale de renseignement congolaise, ndlr) ; tout mon matériel avait été saisi et on m’avait frappé ».

Pour en savoir plus, Mongabay a contacté le ministère de la Communication et des médias, mais nos sollicitations sont restées sans suite jusqu’à la publication de cet article.

Sac de cuivre de la MMC en RDC. Image de Pascalmmp via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).
Sac de cuivre de la MMC en RDC. Image de Pascalmmp via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).

Seulement, aujourd’hui, l’IPI relève une intensification des atteintes à la liberté de la presse. « Nous constatons une détérioration générale des conditions de travail des journalistes en RDC, dans le contexte plus large du conflit, mais aussi un rétrécissement progressif de l’espace civique dans le pays », déclare Simanje.

Pour faire face à cette situation, l’Union africaine (UA), à travers la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), a adopté une résolution, le 9 mars 2026, sur l’accès à l’information concernant les questions environnementales. Une source de réjouissance pour l’IPI, même si l’organe international ne prévoit pour le moment aucune sanction pour ses États membres en cas de non-respect de cette résolution.

Or, dans l’Est de la RDC, les journalistes environnementaux ne sont pas les seuls à faire l’objet de menaces. Le 9 avril, deux journalistes travaillant pour RT (télévision Russe) et Africa News ont été arrêtés par le M23.

De son côté, Reporter sans frontières (RSF) a récemment publié une enquête sur des conteneurs utilisés par le M23 en 2025, pour emprisonner par dizaines, « sans lumière ni aération », des civils et des journalistes.

L’ONG de défense des journalistes souligne que ces conteners « correspondent bien à des sites de détention informels du M23, dans lesquels des actes de torture et des exécutions sommaires sont pratiqués », selon des informations précédemment révélées par Amnesty international. Ces actes sont contraires aux règles Nelson Mandela, des règles mises en place par les Nations Unies sur le traitement des prisonniers, afin de garantir leur sécurité et leur dignité.

Pour en savoir plus, Mongabay a contacté le M23, mais nos demandes d’interview sont restées sans réponse jusqu’au moment de la publication de cet article.

En 2025, La RDC a chuté, en occupant la 133e place sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse, établi par RSF.

En 2024, elle était à la 123ème place du même classement. Une chute que RSF attribue directement au conflit à l’Est du pays.

Image de bannière : Sac de cuivre de la MMC en RDC. Image de Pascalmmp via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).

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