- Une entreprise sociale individuelle, basée dans le Nord de Madagascar, figurent parmi les initiatives sélectionnées en Afrique subsaharienne pour intégrer une plateforme mondiale dédiée aux paysages durables.
- L’entreprise fait de la reforestation communautaire un moyen pour renforcer la résilience locale sur un espace géographique avec des paysages exceptionnels en proie à un déclin progressif.
- L’extension de la plateforme mondiale vise la mutualisation des compétences bâties sur la solidarité, la réciprocité et un objectif commun.
- L’intégration de la plateforme ouvre aux initiatives sélectionnées des perspectives de partenariat technique et financier, pour renforcer les compétences et enrichir les expériences.
ANTANANARIVO, Madagascar — Légalement fondée vers fin 2024, l’entreprise sociale individuelle SoaRoots ReForest, basée à Antsiranana, pointe Nord de Madagascar, figure parmi les cinq initiatives, en Afrique subsaharienne, sélectionnées pour intégrer la nouvelle cohorte du Global Landscapes Forum (GLF).
Le GLF, à l’origine de l’annonce faite le 19 février 2026, est « la plus grande plateforme mondiale de connaissances en matière d’utilisation intégrée des terres, reliant les personnes autour d’une vision commune, pour créer des paysages productifs, rentables, équitables et résilients ». Celui-ci a son réseau mondial de sections ou GLFx.
SoaRoots Reforest opère dans la vallée du Sambirano, le nom d’un fleuve long de 124 kilomètres traversant le district d’Ambanja, région Diana, dans le Nord-Ouest malgache. En rejoignant le réseau mondial GLF, l’entreprise se drape de l’appellation de GLFx Sambirano.
La vallée couvre environ 2 980 kilomètres carrés avec des paysages exceptionnels, où vit, – dans des aires protégées (71 % du territoire d’Ambanja), le microcèbe du Sambirano (Microcebus sambiranensis), une petite espèce de lémurien d’une longueur totale de 25 à 27 centimètres, dont 13,5 à 14,5 cm de queue, pour un poids de 38 à 50 grammes seulement, décrite pour la première fois en 2020. L’espèce est en danger, selon la Liste Rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Bénéficiant d’un climat chaud et humide, l’espace géographique en question, fait de plaine extrêmement fertile d’une altitude moyenne de 27 mètres entre terre et mer, est favorable à des cultures de rente variées avec le cacao érigé en produit-phare de la vallée.

Reforestation communautaire
Parmi les produits de rente de Madagascar, le cacao de Sambirano est un cacao d’exception, de renommée pour sa qualité et son goût unique. Annuellement, la vallée en produit en moyenne 18 000 tonnes, soit 95 % de la production nationale, dont environ 14 000 tonnes destinées à l’exportation ou 0,4 % de la demande mondiale estimée à 4,4 millions de tonnes.
Même à ce taux, l’apport de la filière – un héritage colonial vieux de plus de 120 ans – est vital pour les résidents locaux qui en ont fait leur principale source de revenu. C’est aussi une grande fierté pour les paysans de faire balader des visiteurs à travers les champs de cacaoyers. La vallée est un véritable jardin tropical adoré des randonneurs et des fans de VTT.
Mais ces atouts de la vallée sont aujourd’hui menacés par le changement climatique, la déforestation, les feux de brousse et la dégradation des terres, entre autres. « Nous faisons de la reforestation communautaire un moyen de résilience locale, car les écosystèmes du Sambirano se dégradent », a dit à Mongabay, dans une interview en ligne, Soavola Myrina Waed, fondatrice et gérante de SoaRoots ReForest.
Sur le terrain, l’érosion du sol et l’ensablement des cours d’eau détruisent les plantations dont la productivité est en baisse constante à cause du vieillissement des plants. « Le manque de diversification des ressources a un impact tangible sur le revenu des ménages. Les jeunes et les femmes en particulier n’ont pas accès à de nouvelles terres de culture », a indiqué l’écopreneure.
Pour remédier à la situation, SoaRoots ReForest mobilise les communautés autour des projets de restauration et d’éducation environnementale en collaboration avec les acteurs locaux à travers le Comité de gestion du bassin versant du Sambirano (COGEBS), créé en 2021.
L’équipe de l’entreprise sociale, à 95 % féminine, gère des pépinières de proximité, afin que les paysans puissent s’approvisionner en jeunes plantes sur place pour remplacer les vieux cacaoyers. « Nous associons des joueurs de football à nos actions. Ils sont nos ambassadeurs auprès de leurs communautés », a précisé Myrina Waed.
Suivant le principe de l’agroforesterie, d’autres espèces de plantes de rente sont aussi valorisées pour permettre aux paysans de diversifier leurs cultures et leurs sources de revenu.
De temps à autre, la participation à la plantation de la grande graminée ligneuse de type roseau qui pousse dans des zones humides de Madagascar ou Phragmites communis, appelée bararata en langue malgache, est au programme. L’initiative émane du COGEBS pour protéger les berges contre l’érosion causée par les crues et aussi pour freiner l’envasement du lit des cours d’eau.
Une attention particulière est portée sur l’espèce d’arbre endémique nommé Khaya madagascariensis. A croissance rapide et avec un feuillage vert foncé brillant et persistant, cet arbre majestueux présente de réels intérêts économiques et écologiques à l’ère du réchauffement planétaire.

Éducation environnementale
Pour l’heure, l’éducation environnementale implique une école publique primaire et un collège d’enseignement général. Des pépinières sont installées dans les mêmes quartiers que ces établissements. « Des cours théoriques sont donnés en salle. Les jeunes plantes sont gratuitement distribuées aux élèves qui sont tenus de les planter chez eux et d’en prendre soin », a expliqué Myrina Waed.
Elle songe déjà à l’augmentation du nombre d’établissements avec lesquels son entreprise coopérera à l’avenir. L’organisation des formations à prix modique pour les intéressés, l’incitation des habitants à valoriser des terrains agricoles en friche et la prestation de service de reboisement à grande échelle font aussi partie de l’approche adoptée.
L’extension du réseau GFLx vise la mutualisation des compétences. Certes, Madagascar compte déjà une autre section du GLF, en l’occurrence le GLFx Farankaraina par le biais de l’ONG Fandroakando, intervenant dans le district de Maroantsetra, au Nord-Est de l’île.
« Devenir une section GLFx, c’est rejoindre une communauté bâtie sur la solidarité, la réciprocité et un objectif commun. Les organisations continuent de mener des actions de restauration sur leurs territoires, mais avec des liens plus étroits, de nouvelles opportunités d’apprentissage et une voix collective qui contribue à garantir que la restauration menée par les communautés soit reconnue et soutenue à l’échelle mondiale », a dit, par courriel, Ana Yi Soto, coordinatrice de GLFx.
Myrina Waed s’en tient au bienfait des partages d’expériences entre les différentes sections. « Les autres peuvent avoir trouvé des solutions aux mêmes problèmes que les nôtres », a-t-elle dit.
Réseau mondial aussi signifie, pour elle, opportunité de formation et de partenariat technique et financier. « Je suis économiste de formation. Je ne suis pas agronome. Les membres de mon équipe non plus. Nous agissons par amour. Par contre, nos compétences et nos expériences peuvent ne pas être à la hauteur des exigences de notre engagement », a-t-elle affirmé.
Elle insiste de plus sur la visibilité de sa région d’origine au plan international par le biais de l’adhésion de son organisation au réseau GLFx. « Cette initiative des jeunes et des femmes de la région Diana pourrait changer des choses à la longue », a-t-elle conclu.
Image de bannière : Plantation de la grande graminée ligneuse de type roseau qui pousse dans des zones humides de Madagascar ou bararata (Phragmites communis) par l’équipe de SoaRoots ReForest pour protéger les berges contre l’érosion. Image fournie par SoaRoots ReForest.
Citation :
Blanco, M., Dolch, R., Ganzhorn, J., Greene, L.K., Le Pors, B., Lewis, R., Rafalinirina, H.A., Raharivololona, B., Ralison, J., Randriahaingo, H.N.T., Rasoloarison, R.M., Razafindrasolo, M., Sgarlata, G.M., Wright, P. & Zaonarivelo, J. (2020). Microcebus sambiranensis. The IUCN Red List of Threatened Species 2020:e.T41572A115579341. https://dx.doi.org/10.2305/IUCN.UK.2020-2.RLTS.T41572A115579341.en
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