- Les outils basés sur l'Intelligence artificielle rendent désormais la lutte contre le paludisme plus efficace, plus équitable et plus résiliente, face aux changements climatiques en Afrique.
- Les responsables sanitaires rwandais veulent développer une compréhension mathématique sur le comportement de certaines maladies, dont la malaria.
- La mise en œuvre des systèmes de santé résilients aux changements climatiques est entravée par leur fragmentation en Afrique.
Face aux défis persistants en matière de diagnostic, de traitement et de prévention de la malaria, l’Institut africain des sciences mathématiques (AIMS, sigle en anglais) a dévoilé, ce mois, un outil basé sur l’intelligence artificielle, capable d’anticiper les impacts futurs du changement climatique sur le risque de transmission du paludisme, à partir de l’analyse des modèles climatiques.
« Ces systèmes prédictifs d’intelligence artificielle sont efficaces dans le lancement des alertes précoces et capables de mener des interventions opportunes, telles que la distribution ciblée de moustiquaires imprégnées, des campagnes de pulvérisation ou des avis sanitaires au niveau communautaire », souligne Dr Joseph Yawo Dzakpa, chercheur postdoctoral en sciences du climat, économie et santé, à l’Institut africain des sciences mathématiques (AIMS), au Rwanda.
Dzakpa a expliqué à Mongabay que le nouvel outil est destiné à simuler et analyser les interactions entre le climat et la malaria, à transformer la modélisation en vue de prévenir les conséquences désastreuses causées par cette maladie par l’utilisation d’outils de prévention très efficaces et sûrs.
Au Rwanda, selon les statistiques officielles, le nombre de cas de paludisme est passé de 114 804 à 162 020 entre septembre et novembre, soit un record de 47,216 nouveaux cas enregistrés pendant une période de trois mois.
Pourtant, ce pays fait partie des rares pays ayant réussi à réduire le nombre de cas de paludisme dans le monde.
Dans les districts ayant enregistré les taux les plus élevés de cas de paludisme, ces derniers temps, comme Gisagara (Sud), Nyanza (Sud), Bugesera (Est) et Kirehe (Est), les responsables sanitaires affirment que les variations de température et les pluies ont influencé les habitats des moustiques, vecteurs principaux de la maladie.
Selon Dr Aimable Mbituyumuremyi, chef division de l’unité paludisme et maladies tropicales négligées, au Centre biomedical du Rwanda, plusieurs facteurs, dont notamment le changement climatique, contribuent de manière significative à une hausse de la transmission du paludisme au niveau de ces zones.

Parmi les solutions de lutte mises en œuvre au Rwanda, figure l’exploitation des modèles mathématiques, de l’intelligence artificielle (IA) et des données en temps réel pour prédire les tendances des maladies.
Un centre de renseignement sanitaire de pointe a été lancé en avril 2025, pour développer des outils prédictifs, permettant aux instances compétentes d’anticiper les épidémies et les maladies infectieuses, dont la malaria, jusqu’à trois mois à l’avance, ce qui favorise des interventions plus rapides et ciblées.
En collaboration avec l’Institut africain des sciences mathématiques, les responsables sanitaires rwandais veulent développer une compréhension mathématique sur le comportement de certaines maladies, dont la malaria, en vue de réduire leur transmission et améliorer la détection précoce des risques, grâce à l’analyse de vastes ensembles de données.
Selon Dzakpa, le changement climatique constitue une menace sérieuse à même de compromettre les progrès réalisés, jusqu’ici, en matière de lutte contre le paludisme, en Afrique.
« La transmission en hausse du paludisme [en Afrique] est aujourd’hui influencée par l’élévation des températures, les changements des régimes de précipitations et les événements météorologiques extrêmes », affirme-t-il.
Pour sa part, Felipe J. Colón-González, responsable technologique des données et de l’innovation numérique pour le climat et la santé, à Wellcome Trust, une Fondation caritative axée sur la recherche en santé et basée à Londres, au Royaume-Uni, affirme que la mise en œuvre des systèmes de santé résilients aux changements climatiques est entravée par leur fragmentation en Afrique.
« Avec l’intelligence artificielle, ces données nous permettent de déterminer, avec exactitude, si le changement climatique pose un impact néfaste qui aggrave le risque d’expansion du paludisme en Afrique », dit-il à Mongabay.
Image de bannière : Dans certains pays en Afrique dont le Rwanda, les chercheurs dans le domaine de la santé et celui du changement climatique travaillent désormais en étroite collaboration pour apporter des réponses aux maladies comme le paludisme et la diarrhée. Image de Institut africain des sciences mathématiques fournie par Aimable Twahirwa.
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