- Le 3 mars, un groupe de militants a pris d’assaut le quartier général du Parc national de l’Upemba, dans le Sud de la République démocratique du Congo.
- L’attaque a coûté la vie à sept personnes et a gravement endommagé les infrastructures du siège.
- Le groupe qui a revendiqué l’attaque a déclaré lutter pour l’indépendance du Katanga, une région minière stratégique englobant le parc de l’Upemba.
- Des membres du personnel du parc se sont confiés à Mongabay sur l’attaque et ses répercussions.
Lorsque Christine Lain, directrice du Parc national de l’Upemba, a entendu des coups de feu provenant du périmètre extérieur du quartier général, peu avant 6 heures du matin le 3 mars, elle a d’abord pensé qu’il s’agissait d’un simple exercice.
L’Upemba, qui s’étend sur 11 730 kilomètres carrés (km2), soit 4 530 miles carrés (mi2), de prairies et de forêts dans le Sud-Est de la République démocratique du Congo (RDC), n’est pas étranger aux menaces sécuritaires. Ses gardes forestiers affrontent depuis des années les milices locales, connues sous le nom de Maï-Maï, et, en janvier, l’équipe de sécurité du parc avait même organisé des exercices de combat au siège pour se préparer à une éventuelle attaque.
Lain se demandait s’il y avait un autre exercice en cours.
Mais très vite elle a réalisé que la situation était bien plus grave.
« Dès les premières rafales, nous avons compris que l’intensité était bien trop élevée pour un simple exercice », confie-t-elle à Mongabay lors d’un entretien téléphonique depuis Lubumbashi, chef-lieu du Haut-Katanga, l’une des trois provinces où s’étend l’Upemba.
Les coups de feu entendus par Lain ont déclenché 12 heures de violence ayant entraîné la mort de trois gardes forestiers et de quatre employés civils, ainsi que le pillage du quartier général du parc.

L’Upemba, géré par l’organisation à but non lucratif Forgotten Parks en partenariat avec l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), n’en est pas à son premier épisode meurtrier. En 2024, deux gardes forestiers et deux pisteurs communautaires avaient été tués lors d’affrontements avec des miliciens.
Mais l’attaque de ce mois-ci, par son ampleur et son intensité, dépasse de loin tout ce que le parc avait connu jusqu’ici. Elle fait craindre une progression des affrontements de l’Est de la RDC vers le Sud et menace les efforts de conservation engagés depuis des années à l’Upemba.
Un groupe séparatiste de la région, jusqu’alors inconnu, le Mouvement debout Katanga pour la libération du Congo (MDKC), a revendiqué l’attaque, la présentant dans un communiqué comme une action politique dirigée contre le gouvernement du président Félix Tshisekedi.
Cette attaque survient alors que les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) continuent d’affronter le groupe rebelle M23, soutenu par le Rwanda, à plusieurs centaines de kilomètres au nord. L’accord de paix signé l’an dernier par les deux pays n’a pas permis d’enrayer les affrontements, qui se sont étendus à d’autres hauts lieux de la biodiversité.
À Kinshasa, capitale de la RDC, le gouvernement a publiquement rattaché l’attaque de l’Upemba au M23, sans toutefois préciser la nature de ce lien.
Lain confie à Mongabay que les forces ayant attaqué Upemba étaient plus agressives que les milices rencontrées jusque-là dans le parc. Pour l’heure, on ignore encore pourquoi le quartier général a été ciblé.
« Ils étaient plus nombreux, et certains d’entre eux étaient manifestement très bien entraînés. Ils étaient différents des Maï-Maï. Ils avaient aussi des armes plus lourdes, pas seulement des AK‑47, mais aussi des PK [mitrailleuses]. Ils nous ont totalement pris de court », explique Lain.

Joint par téléphone, Maxime Devolder, responsable du développement du parc, confirme qu’au sein du groupe, une vingtaine d’assaillants se distinguaient des Maï-Maï par leur discipline et leur coordination.
« Ils portaient des uniformes militaires noirs, des bottes, et étaient bien équipés pour la pluie, avec des tenues imperméables. Ils avaient aussi des sacs à dos et des armes flambant neuves », précise-t-il.
L’Upemba compte 243 gardes forestiers au total, mais seuls 40 d’entre eux étaient armés et présents au quartier général lors de l’assaut. Dépassés en nombre et en puissance par un groupe armé que Lain a estimé à au moins 80 hommes, la plupart des gardes ont battu en retraite, laissant un noyau réduit protéger le reste du personnel.
Devolder, ressortissant belge, retenu en otage avant d’être libéré, se souvient avoir entendu les combattants les mieux entraînés communiquer en swahili et en anglais : « Le [commandant] n’avait pas d’arme, mais il avait une radio et transmettait les ordres. Il disait par exemple : “Voici les ordres de notre général” ».
« Deux gardes forestiers non armés ont été tués alors qu’ils tentaient de s’enfuir, et un autre a été exécuté après s’être rendu », a déclaré Lain.
Une fois les coups de feu retentis, un garde forestier est venu chercher Lain dans ses quartiers et l’a escortée jusqu’au centre de commandement de l’établissement, où quelques membres du personnel et d’autres gardes forestiers s’étaient réfugiés. Ils se sont blottis les uns contre les autres tout en essayant d’élaborer un plan d’évacuation. Mais à mesure que les tirs se rapprochaient, il est devenu évident que la ligne de défense de l’établissement avait été franchie et qu’il n’y avait aucune issue dégagée. Le commandant des gardes forestiers a dit au groupe de dix personnes qu’ils devaient trouver un endroit où se cacher.
Un par un, ils ont alors grimpé sur une étagère pour se hisser dans un espace étroit sous le toit du bâtiment. Ils ont tenté de rester silencieux pendant des heures tandis que les assaillants fouillaient le poste de commandement et les bâtiments alentour à la recherche d’armes, de munitions et de matériel.
« Ils sont entrés et ont commencé à tout fouiller et à tout piller, sauf le toit », dit-elle.
Elle ajoute qu’à un moment donné, ils étaient si proches que le groupe pouvait suivre leur conversation. « Ils me cherchaient, ainsi que l’endroit où nous stockons nos armes ».

Selon Lain, il est possible qu’ils aient cherché à la prendre pour cible pour entraver les opérations du parc. La gestion du parc a été confiée à Forgotten Parks en 2017, après la signature d’un contrat de 15 ans avec le gouvernement de la RDC dans le cadre d’un partenariat public‑privé.
Devolder rapporte à Mongabay que les assaillants lui ont demandé où se trouvait Lain et ont dit vouloir lui parler.
« En fait, ce qu’ils voulaient, c’était lui ordonner de mettre un terme aux actions contre les Maï-Maï ou les braconniers, et de cesser de recruter [du personnel] », explique-t-il.
En février, Mongabay a publié une interview de Lain, dans laquelle elle détaille l’approche de l’organisation en matière de gestion du parc.
Dans des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux après l’attaque et examinées par Mongabay, on aperçoit des groupes d’hommes en civil, armés de fusils d’assaut, sortir des caisses de matériel des bâtiments et emporter des ordinateurs portables et divers équipements. On y voit également des membres du personnel de l’Upemba ligotés et allongés au sol ou encore emmenés de force, les mains levées, certains visiblement blessés.
Alors qu’il était retenu en captivité, Devolder a intercepté un message radio adressé au commandant du groupe, lui ordonnant d’épargner les étrangers.
« La consigne du message était claire : “Surtout, ne les touchez pas. Ne les tuez pas” », relate-t-il.

Le groupe réfugié sous le toit a attendu jusqu’à 14 h, soit huit heures après le début des tirs, avant d’entendre le commandant des forces de l’ordre du parc appeler d’éventuels survivants. Ils sont alors descendus et, tandis qu’ils administraient les premiers soins aux blessés, ils ont entendu un véhicule approcher.
« Nous avons d’abord pensé qu’il s’agissait de renforts ou de quelque chose de ce genre, mais malheureusement, ce n’était pas le cas », rapporte Lain. « Il s’agissait en fait d’un groupe d’[assaillants] qui revenait avec un autre véhicule pour continuer le pillage, et ils nous ont vus ».
Sous les tirs, Lain et les autres survivants ont couru à travers un champ boueux vers la lisière de la forêt.
« Nous avons eu de la chance que ce soit la saison des pluies et que l’herbe soit suffisamment haute. Cela nous a permis de ramper tout en espérant ne pas nous faire tirer dans le dos », poursuit-elle.
Le groupe a fini par gagner la forêt et a marché toute la nuit avant d’atteindre un village au petit matin. Rejoints progressivement par d’autres survivants, ils ont demandé une évacuation aux équipes de Forgotten Parks, revenues au quartier général pour évaluer l’ampleur des dégâts. Avec les dépouilles de leurs collègues à l’arrière, ils ont été transportés en camion vers Lubumbashi.
Au total, trois gardes forestiers de l’ICCN placés sous le commandement de Forgotten Parks, ainsi que quatre membres du personnel civil de l’organisation, ont été tués lors de l’attaque. Parmi les victimes figuraient Subira Bonhomme, responsable des subventions, et la vétérinaire Ruth Osodu.
Selon Louise de Bruin, présidente-directrice générale de Game Rangers’ Association of Africa, l’attaque du 3 mars constitue l’épisode le plus meurtrier qu’ait connu la conservation en Afrique depuis l’embuscade qui avait coûté la vie à 17 personnes dans le Parc national des Virunga, également en RDC, en 2020.
« En examinant les données des dernières années (en se limitant à la période 2020-2026), on observe que des homicides surviennent chaque année dans les parcs protégés. Il s’agit d’une tendance particulièrement alarmante », souligne-t-elle.

Le Katanga, l’une des quatre provinces administratives créées sous la colonisation belge et qui englobe aujourd’hui le Parc national de l’Upemba, est depuis longtemps le théâtre de mouvements séparatistes. Quelques jours seulement après l’indépendance du pays en 1960, la province avait déjà tenté de proclamer son autonomie, une rébellion finalement réprimée avec l’intervention des forces de l’Organisation des Nations Unies (ONU) et des États‑Unis. Depuis lors, un groupe Maï-Maï connu sous le nom de Bakata Katanga (ou « couper le Katanga » sous-entendu : du reste de la RDC), a régulièrement mené des attaques contre les forces gouvernementales, dont une offensive en 2013 à Lubumbashi qui avait fait 33 morts.
Mal armées, les forces de Bakata Katanga opérant dans l’Upemba mènent depuis des années une lutte acharnée pour le contrôle du parc et de ses ressources. Interrogés par Devolder sur les raisons de leur attaque contre le quartier général, les assaillants ont répondu qu’elle s’inscrivait dans un effort visant à « libérer le Katanga » et à saisir les armes.
« Nous avons peut-être aussi été pris pour cible parce que nous étions perçus comme faisant partie d’un système qui leur est hostile », dit-il.
Région stratégique de la RDC, le Katanga concentre la « ceinture de cuivre », dont l’exploitation rapporte des milliards de dollars à l’État, et abrite l’essentiel de la production de cobalt du pays. Son importance géopolitique s’est renforcée ces derniers mois, les États-Unis cherchant à obtenir un accès privilégié à ces gisements offerts à des entreprises américaines en échange d’un soutien contre le Rwanda et la milice M23 dans l’Est du pays.
S’exprimant devant Tshisekedi lors d’une réunion ministérielle le 14 mars à Kinshasa, le ministre de la Communication et des Médias de la RDC, Patrick Muyaya Katembwe, a présenté l’attaque de l’Upemba comme le prolongement du conflit avec le M23.
« Il s’est observé une incubation du mouvement insurrectionnel, en lien probable avec l’AFC/M23 et assimilé au groupe armé Bakata-Katanga, dans le Haut-Katanga. Cette dynamique a été marquée par la récente incursion au quartier général du Parc national de l’Upemba et dans la localité de Lusinga », a déclaré le ministre.
Muyaya n’a présenté aucun élément étayant un lien entre les deux groupes.
Alors que les FARDC sont largement mobilisées par la crise du M23, une répétition de ce type d’attaque à l’Upemba viendrait encore alourdir le fardeau sécuritaire de Kinshasa.
« À mon sens, une rébellion supplémentaire dans le sud pourrait sérieusement fragiliser [l’armée] et l’obliger à se disperser », souligne Ladd Serwat, analyste principal au sein du groupe de recherche à but non lucratif Armed Conflict Location & Data Event Project.
Selon Lain, les FARDC ont dépêché des soldats pour sécuriser le quartier général de l’Upemba après l’attaque et apportent désormais leur soutien à d’autres postes opérationnels du parc.
Forgotten Parks dispense actuellement un accompagnement psychologique aux employés survivants, dont nombre d’entre eux, Lain compris, ont été évacués vers Lubumbashi.
« Tout le monde a été traumatisé », souligne-t-elle. « Le parc entier a été bouleversé. Certains ont vu leurs collègues tomber sous les balles, d’autres ignoraient s’ils allaient s’en sortir ».

Une page GoFundMe, créée par Forgotten Parks pour soutenir les familles des victimes et aider à la reconstruction des infrastructures endommagées, a été supprimée en raison des restrictions du site sur les collectes de fonds liées à des conflits, mais Lain espère qu’elle pourra être prochainement remise en ligne.
« Il va falloir repartir de zéro », conclut Lain. « Nous allons devoir réévaluer notre plan opérationnel et l’adapter, mais d’autres aires protégées du pays sont déjà passées par là et tant que notre équipe reste forte, nous pensons pouvoir relever ce défi ».
Merci à Jahëna Louisin d’avoir contribué à cet article.
Image de bannière : Un garde forestier au Parc national de l’Upemba. Image de Justin Sullivan via Forgotten Parks.
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