- L’une des plus grandes mines de cuivre et de cobalt congolaises, Tenke Fungurume Mining, est accusée de pollutions, parfois mortelles, des populations à Fungurume dans le Lualaba.
- Le rapport de deux ONG, ayant enquêté pendant trois ans sur un millier de cas, met en cause une accélération de la production de cobalt.
- Mais, en RDC, les autorités ont annoncé l’ouverture d’une enquête tandis que l’entreprise, détenue par des capitaux chinois, dénonce des interprétations erronées dans le rapport.
En 2024, une mère assistait impuissante à la mort lente et douloureuse de son bébé, près de Fungurume, dans la province du Lualaba, en République démocratique du Congo (RDC). « Mon bébé de six mois a commencé par avoir de la fièvre. Puis, il a développé une toux sévère qui n’a duré que deux jours. Il toussait si fort qu’il ne pouvait plus respirer. (…) Un soir, il a commencé à vomir du sang. Il a vomi plus de trois fois, puis il est mort », confie cette mère à Environmental Investigation Agency (EIA), une ONG spécialisée dans l’investigation environnementale basée à Londres et à Washington, et Premi Congo, une ONG congolaise basée à Lubumbashi.
Selon le rapport publié en mars 2026 par ces deux associations, l’entreprise productrice de cobalt et de cuivre, Tenke Fungurume Mining, filiale de la chinoise China Molybdenum Corporation (CMOC), est responsable de la pollution de l’air à l’origine de la mort de ce nourrisson, d’autres décès et de plusieurs cas de maladies.
Ce rapport indique qu’entre 2023 et 2024, les structures sanitaires de Fungurume ont enregistré au moins 1 200 cas d’affections. Il cite entre autres les saignements de nez, les toux sanglantes, les vomissements qui seraient dus aux pollutions de l’air. Ces complications, selon le même rapport, ont été enregistrées autour de l’usine dite « 30K » de TFM, l’une des plus grandes au monde couvrant une superficie équivalente à 500 terrains de football et capable de traiter 30 000 tonnes de minerais de cuivre-cobalt par jour.
Selon la même source, cette usine a permis à CMOC de doubler sa production de cobalt, dans le but de continuer à dominer le marché mondial, dont la demande est notamment motivée par la fabrication des voitures électriques, qui consommeraient 43 % du cobalt mondial. Près de la moitié du cobalt mondial provenait de CMOC en 2024, grâce à ses mines de Fungurume et de Kisanfu dans le Lualaba, selon la même source.

Une vaste usine de cuivre-cobalt et une envolée d’incidents sanitaires
Le démarrage de 30 K correspond au pic des émissions nocives de dioxyde de souffre (SO2), reconnu par TFM, que l’entreprise dit par ailleurs avoir résolu. Cette période correspond en outre au démarrage des plaintes des victimes de pollution. Ce gaz favorise l’irritation des yeux et de la peau, et est responsable de complications respiratoires.
En réaction à ces accusations, le 18 mars 2026, TFM a dénoncé des « allégations et interprétations factuellement inexactes ou fondées sur des hypothèses qui ne sont pas étayées ». Elle a indiqué également que « les concentrations de SO₂ sont restées dans les limites réglementaires de la RDC et des normes internationales ». Toutefois, précise-t-elle en disant avoir communiqué sur l’incident, « un bref pic d’émissions s’est produit pendant la phase de mise en service de l’usine [30 K] en 2023, mais il a été rapidement identifié et corrigé ».
Le président de la plateforme Comprendre et agir dans les secteurs miniers industriel et artisanal (CASMIA), Schadrak Mukad, a expliqué qu’aucun incident de ce type n’était survenu avant l’implantation de ces usines.
« Avant la construction des différentes usines, la population ne s’était jamais plainte des effets de la pollution. Les effets de la pollution de TFM se vérifient irréfutablement sur le terrain dans la population ».
En novembre 2025, CASMIA a organisé à Kolwezi un Atelier sur l’identification des maladies imputables aux mines.
« Dans le cadre de TFM, il est important d’interroger la population pour en savoir plus sur les faits. Ici, il ne suffit pas seulement de se contenter d’entendre les allégations de la population présumée victime ou celles de TFM. Il est très simple de voir les effets ou les impacts sur les humains, les biens, les cultures et les animaux pour déterminer qui dit vrai ou conclure s’il y a pollution ou non. C’est déplorable, lorsque les communautés subissent des impacts graves sur le plan sanitaire, mais que des gens se permettent de modifier la vérité en minimisant les dégâts ou en niant l’existence d’une pollution », a déclaré Mukad.
Mais, comme dans la réaction de TFM au rapport EIA-Premi Congo, les représentants des sociétés minières et des professionnels de la santé, présents à l’Atelier sur les maladies imputables aux mines, expriment des divergences sur les liens de causalité entre ces maladies et les évidences de la pollution.

Évènements asynchrones et inversions thermiques
Dans sa réaction aux accusations de pollutions portées contre elle, TFM a également stigmatisé le fait que EIA et Premi Congo analysent des cas sanitaires recensés entre 2022 et 2024. Or, l’usine 30 K a démarré seulement en 2023. Contacté par Mongabay, Gauthier Kavwama, porte-parole du Cadre de concertation de la société civile, une structure fédératrice des associations locales, souligne que les cas sanitaires majeurs sur lesquels s’appuie le rapport et la pollution imputée à TFM remontent à 2023.
« La situation d’avant délocalisation [de Mano Mapya] a évolué après le départ des gens. Ceux qui n’ont pas quitté la région interdite [d’habitation] peuvent être exposés à la pollution. Mais pas comme elle avait été avant la délocalisation. [A l’époque] on trouvait même des arbres qui jaunissaient. Mais si vous venez maintenant, vous allez voir que tout est vert. Les gens se plaignent, mais pas comme avant la délocalisation », a expliqué Kavwama à Mongabay.

Par ailleurs, dans son intervention à l’Atelier sur les maladies imputables aux mines, tenu à Kolwezi, le professeur Banza Lubaba de l’université de Lubumbashi, dont les recherches portent notamment sur la toxicologie en environnements miniers, a montré que le relief de Fungurume et ses environs peuvent favoriser des intoxications au dioxyde de soufre.
Pour extraire le cobalt ou le cuivre, en hydrométallurgie, selon Banza, les miniers procèdent par lixiviation. Il s’agit d’un procédé chimique et physique de séparation des métaux au moyen des acides comme le soufre. Il s’ensuit alors que les cheminées des usines rejettent du soufre dans l’air. Or, a-t-il indiqué, les collines de Fungurume surplombent parfois les cheminées. « Ils rejettent le soufre dans l’air. Ce qui fait que si les cheminées sont d’une faible hauteur, ces fumées se répandent dans les populations et ce sont elles qui les inhalent. Le soufre est un gaz dont la densité est supérieure à celle de l’air. Donc, c’est un gaz qui pèse. Il ne va pas à haute altitude ».
L’inversion thermique est un phénomène par lequel une couche d’air chaude se place au-dessus d’une couche d’air froid, près du sol (où l’air devient froid), des polluants tels que la poussière ou la fumée des usines ou des automobiles.
Image de bannière : Du soufre déversé dans la rivière Dikuluwe près de Fungurume en octobre 2024. Image de Didier Makal pour Mongabay.
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