- Le bourgou est une herbe aquatique présente dans les zones inondables, où l’eau s’attarde après la crue.
- En réponse à la raréfaction des pâturages, les communautés misent sur le bourgou, un fourrage naturel qui assure l’alimentation du bétail en saison sèche et permet d’atténuer l’insécurité alimentaire animale au Mali.
- Les bourgoutières sont des champs de pâturage flottant, des espaces ensemencés de bourgou et entretenus par des bourgouculteurs, généralement paysans.
- Selon les données des services techniques de l'élevage, les bourgoutières représentent près de 77 000 hectares des espaces pastoraux du delta central du fleuve Niger.
Le village de Toya, chef-lieu de la commune Alafia dans la région de Tombouctou au nord du Mali, est producteur par excellence de bourgou (Echinochloa Stagnima). Avec ses 135 hectares de bourgoutières, ses paysans répondent aux besoins alimentaires du bétail et assurent les charges quotidiennes des ménages, grâce aux revenus générés par la vente.
Hamadoun Ibrahim est l’un des bourgouculteurs de ce village. Il est à la tête de la coopérative villageoise des producteurs. Il confie à Mongabay que le bourgou leur permet de nourrir leurs animaux, de faire des économies et de financer les autres campagnes agricoles.
Avec les décennies de sécheresse et les impacts du changement climatique que le Sahel a connus, le bourgou s’est imposé dans le régime alimentaire du bétail. « Si autrefois, les producteurs avaient des difficultés à le vendre, aujourd’hui le bourgou est vendu avant même la récolte », ajoute-t-il.

Une aubaine pour les éleveurs
À en croire le producteur Ibrahim, pendant la saison sèche, le bourgou reste la seule alternative pour les éleveurs. « Vous verrez que tous les animaux souffrent d’une faim extrême. Le bourgou permet donc de faire face à la soudure pastorale et d’apporter plusieurs éléments nutritifs au cheptel ; car, en réalité, il renferme plusieurs vitamines assurant la croissance et l’embonpoint du bétail ».
Une affirmation corroborée par les éleveurs eux-mêmes : « Sans le bourgou, surtout en saison sèche, les animaux souffrent beaucoup », dit Alhousseini Alassane, éleveur à Tombouctou. « Il remplace les résidus de récolte du riz responsables de plusieurs maladies chez les animaux », ajoute-t-il.
Mongabay a tapé à la porte de la direction régionale des productions et des industries animales de Tombouctou (DRPIA). Catégorique, son directeur, Oumar Diarra, estime que le bourgou est une plante pérenne, riche en énergie et ayant une importance capitale dans l’alimentation du bétail, des poissons, des oiseaux et même des hommes en raison de sa teneur en sucre et en protéines.

Réinventer l’élevage
Contrairement aux autres éleveurs qui parcourent des kilomètres par jour, Alhousseini Alassane possède une ferme de deux vaches et trois taurillons. « Je fais l’embouche bovine, j’élève les animaux pendant trois mois pour ensuite les revendre pour la consommation », confie Alhousseini. Pour lui, ce système tient grâce aux possibilités offertes par le bourgou « moins cher, disponible et nutritif ».
Au Mali, le système pastoral repose essentiellement sur la transhumance, c’est-à-dire la mobilité des troupeaux à la recherche de pâturages. Selon les données issues du rapport provisoire du recensement général agricole (RGA) de 2025, le pays compte 22,49 millions de bovins, 23,60 millions d’ovins et 22,20 millions de caprins. La disponibilité du bourgou bouscule ce système traditionnel et sédentarise de façon progressive le bétail.

Vers une résolution du conflit entre éleveurs et cultivateurs
Si les bourgoutières permettent de réduire les déplacements à risque et de limiter l’exposition du bétail aux vols, elles ne résolvent pas totalement les conflits entre les éleveurs et les agriculteurs. « Le bourgou seul ne suffit pas ; il faut nécessairement un dialogue intercommunal constructif pour sensibiliser les éleveurs », dit Ibrahim.
Selon ce dernier, les éleveurs veulent simplement faire paître les animaux dans les champs, malgré les avertissements, les convocations auprès des autorités locales et les menaces persistantes. « Bien que nos traditions nous interdisent de recourir à la gendarmerie, chaque année, l’histoire finit par arriver devant les juridictions compétentes », a-t-il souligné.
Madou Bocari, éleveur rencontré non loin du village de Toya, pointe du doigt les producteurs, estimant que l’essentiel du bourgou est destiné à la commercialisation. « Ils ne produisent pas pour nous, le bourgou est vendu et transporté hors du village, souvent au détriment du bétail local », dit-il, stupéfait.

Une réponse locale au changement climatique
Face à l’irrégularité des pluies et à la baisse des crues, les bourgoutières jouent un rôle écologique dans une région, qui reçoit moins de 100 millimètres de pluie par an. Les producteurs estiment que la culture du bourgou est sans conséquence pour le sol. « Elle permet de stabiliser le sol et même de contribuer à sa restauration. Contrairement aux autres cultures, le bourgou ne demande aucun apport chimique ou organique pour germer », précise Hamadoun Ibrahim.
En effet, le bourgou ne demande pas une grande préparation du sol ; il faut juste de l’humidité et une présence de l’eau pour transplanter les jeunes plants produits en pépinière. Le sol ne nécessite pas de labour, la production suit simplement le mouvement de l’eau du fleuve Niger.
Pour la DRPIA, le bourgou ne doit pas être présenté comme une solution miracle, car « il supporte des crues de l’ordre de cinq mètres de hauteur d’eau, et sa production en biomasse est très faible lors des crues faibles, inférieure à 1,5 mètre », ajoute Diarra.
Malgré leur importance, les bourgoutières sont aujourd’hui menacées par la surexploitation et les aménagements hydrologiques, alors que sur chacune de leurs tiges, reposent les espérances d’une sécurité alimentaire pour l’homme et le bétail.
Image de bannière : Le bourgou est devenu un aliment de base pour les bovins en période de soudure et une source de revenus pour les agriculteurs et les éleveurs dans la région de Tombouctou au nord du Mali. Image de Albakaye Cissé pour Mongabay.
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