- Le foreur du tronc du manguier (Batocera rufomaculata) s'est mis à infester une population isolée de baobabs africains (Adansonia digitata) dans le Sultanat d'Oman, au Moyen-Orient, et a causé le premier cas connu de mortalité sur des baobabs adultes en 2021, selon une récente étude.
- Les chercheurs d'Oman ont utilisé des techniques de lutte chimique pour sauvegarder les spécimens adultes restants et empêcher la propagation de l'insecte.
- La présence de l'insecte n'a pas encore été signalée en Afrique continental, mais a déjà été signalé sur les baobabs adultes à Madagascar.
- Les chercheurs recommandent des mesures de prévention telles que les contrôles au niveau des ports, pour endiguer sa propagation jusqu'en Afrique continentale. « La prévention demeure l'approche la plus efficace et la plus viable économiquement ».
Selon une étude, des chercheurs ont documenté le premier cas recensé d’infestation et de mortalité de baobabs adultes, dû au foreur du manguier.
D’après l’étude, le Batocera rufomaculata, un coléoptère longicorne (un genre de petit scarabée à longues antennes), originaire d’Asie du Sud-Est, ravage les cultures de manguiers, de jacquiers et de mûriers dans de nombreuses régions dans le monde, dont La Réunion, Maurice, Madagascar, le Bangladesh, l’Inde, le Népal et plus récemment le Sultanat d’Oman au Moyen-Orient.
Cet insecte infeste les troncs des baobabs par le biais de ses larves jusqu’à les nécroser et entraîner finalement leur effondrement sous leur propre poids.
Les premiers cas de mortalité d’arbres au Moyen-Orient, dus à cet insecte, ont été observés dans les années 1990 chez les figuiers sauvages et d’autres cultures du sud d’Oman. Les insectes se sont mis à infester une population isolée de baobabs africains (Adansonia digitata) il y a quelques années, dans la région Wadi Hinna dans le sud d’Oman, et ont causé la mort du premier de ces géants en 2021, d’après la nouvelle étude publiée le 4 février 2026, dans la revue Global Ecology and Conservation.
Six autres baobabs se sont effondrés au cours des cinq années qui ont suivi, et des dizaines d’autres ont été infestés de larves. « Notre étude documente le premier cas recensé d’infestation et de mortalité de baobabs adultes par le foreur du manguier. Il s’agit du premier cas connu d’un insecte causant la mortalité de baobabs adultes », a expliqué dans un courriel à Mongabay, Mohammed Mubarak Suhail Akaak, chercheur indépendant en environnement dans le gouvernorat de Dhofar à Oman et coauteur de l’étude.
L’équipe de chercheurs recommande d’établir des mesures de prévention et de lutte chimiques et biologiques pour endiguer sa propagation. « Cette découverte est importante, car B. rufomaculata n’a pas encore été recensée en Afrique continentale, où le baobab est indigène et revêt une importance écologique et socio-économique majeure », souligne Mubarak Suhail Akaak.
Ces insectes peuvent constituer une menace latente pour tous les baobabs s’ils venaient à se propager jusqu’en Afrique continentale et à Madagascar, qui abrite six des huit espèces connues, dont l’un, Adansonia perrieri, en danger critique d’extinction figure sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Des arbres tombant au bout de cinq ans
Parmi les 91 baobabs africains évalués par Mubarak Suhail Akaak et ses collègues, 12 (13 %) étaient infestés de larves de B. rufomaculata, trois (3 %) étaient gravement endommagés (nécrose du tronc ≥ 30 %) et six (4 %) sont morts entre 2021 et 2025 des suites directes de l’infestation.
Le mécanisme d’infestation de l’insecte sur les baobabs diffère légèrement de la manière dont il infecte d’autres arbres comme les figuiers, où les larves creusent des galeries bien définies jusqu’à endommager complètement le bois et entraîner la mort de l’arbre.
Chez les baobabs, les larves ne creusent pas de galeries, mais semblent plutôt provoquer une nécrose tissulaire localisée autour de la zone où elles nichent. « C’est comme si l’arbre tentait de compartimenter ou d’expulser la partie infectée. La fibre endommagée devient foncée, très humide, molle, friable et saturée d’eau, souvent accompagnée d’une odeur perceptible », rapporte le chercheur.
La nécrose finit ensuite par se propager et affaiblir la structure du tronc. Ce processus progressif fait que les baobabs ne présentent généralement pas de dépérissement immédiat du tronc contrairement aux autres arbres, mais c’est l’affaiblissement de la structure qui entraîne l’effondrement de l’ensemble sous son propre poids.
Et si l’étude de Mubarak Suhail Akaak indique être la première à rapporter l’infestation de B. rufomaculata sur des baobabs, des chercheurs malgaches affirment avoir observé l’insecte sur des baobabs adultes Adansonia madagascariensis (endémique à Madagascar) depuis 2009.
« Ce qui nous a étonné, c’est qu’on ait trouvé ces insectes au niveau de pieds sains, alors que les longicornes préfèrent généralement le bois mort ou pourri », a indiqué lors d’un appel téléphonique avec Mongabay, Tantelinirina Rakotoarimihaja, l’entomologiste ayant effectué l’étude dans le cadre de son diplôme d’étude approfondie (DEA).
Les impacts semblent cependant moins importants que ceux sur les baobabs de Wadi Hinna, l’équipe malgache n’ayant observé que des spécimens adultes à la surface des écorces, mais pas de larves incrustées.

Des interventions continues pour préserver la stabilité des arbres
Les mesures de contrôle mises en œuvre sur les baobabs de Wadi Hinna comprenaient des insecticides systémiques (qui peuvent pénétrer le bois et circuler dans la sève) et non systémiques (qui agissent uniquement en surface), le retrait manuel des larves près de la surface des troncs, de la peinture avec des mélanges de chaux agricole et de fongicides sur les tiges et des pièges lumineux ciblant les insectes adultes.
Selon les chercheurs, l’infection par B. rufomaculata n’est pas immédiatement mortelle pour les baobabs, mais en l’absence de traitement et avec la prolifération des larves, l’affaiblissement structurel répété de l’arbre devient fatal. Une fois que l’arbre n’est plus capable d’isoler de nouveaux sites de ponte, l’infestation s’accélère.
« Nous avons observé le cas d’un arbre traité une seule fois, en juillet 2021, qui s’est effondré en octobre 2025, suite à la rupture de son tronc. Des interventions continues auraient pu prolonger sa stabilité », estime Mubarak Suhail Akaak. Afin de limiter les impacts des insecticides sur d’autres insectes tels que les pollinisateurs, l’équipe a appliqué les traitements en dehors des périodes de floraison ou pendant les saisons de chute des feuilles. Elle a également utilisé des doses minimales efficaces et priorisé les traitements en saison sèche.
Quant à la possibilité d’utiliser les mêmes stratégies sur d’autres baobabs, « l’utilisation d’insecticides m’inquiète, du moins pour les baobabs malgaches », a déclaré lors d’une discussion avec Mongabay, Onja Razanamaro, chercheuse associée sur la conservation des baobabs au Département de botanique du Parc botanique et zoologique de Tsimbazaza, à Madagascar. Razanamaro faisait partie du groupe de recherche ayant détecté B. rufomaculata sur des baobabs malgaches en 2009.
En effet, bien que le longicorne semble avoir moins d’impact sur les baobabs malgaches, leur présence à Madagascar reste préoccupante dans la mesure où il n’y a pas encore, selon la chercheuse, de stratégies de prévention malgré leur détection il y a presque 20 ans.
Toutefois, « il faudrait d’abord étudier le cycle de vie de l’insecte, car son régime alimentaire en dépend, avant de pouvoir établir des stratégies de lutte et de prévention. Or, nous n’avons pas de budgets pour ce genre d’étude », a-t-elle indiqué.
Mubarak Suhail Akaak recommande d’autres mesures de prévention telles que le contrôle au niveau des ports pour la surveillance de plants importés et du bois non traité. « Les coléoptères adultes sont capables de parcourir des distances considérables en volant, ce qui augmente le risque de dispersion. La voie de propagation internationale la plus probable est le transport de plantes ornementales et agricoles », explique-t-il.
Il suggère également la mise en place de programmes de dépistage précoce ainsi qu’une recherche proactive sur des stratégies de lutte biologique. À La Réunion, où B. rufomaculata infecte les manguiers, les stratégies de lutte consistent, par exemple, entre autres, en des méthodes prophylactiques incluant l’équilibrage de la fumure, l’irrigation régulière, les inspections actives pour éliminer les larves. « La prévention demeure l’approche la plus efficace et la plus viable économiquement », souligne le chercheur.
Cependant, « ces stratégies [de lutte appliquée à La Réunion] pourraient ne pas être adaptées aux baobabs, car ils vivent principalement au sein d’écosystèmes de forêts sèches », précise Rakotoarimihaja.

Un indicateur de santé des baobabs ?
Pour expliquer la colonisation de baobabs adultes en apparence sains par B. rufomaculata, les chercheurs avancent plusieurs théories. La première est tout simplement l’expansion de l’éventail d’hôtes typique des insectes opportunistes, mais pas nécessairement un comportement nouveau.
« B. rufomaculata est un coléoptère foreur de tiges très polyphage qui a démontré une capacité manifeste à étendre sa gamme d’hôtes au fil du temps. Historiquement, sa présence n’a pas été recensée sur toutes les espèces végétales qu’il infeste actuellement, ce qui suggère que l’expansion de ses hôtes peut se faire progressivement, les populations s’adaptant aux conditions écologiques locales », explique Mubarak Suhail Akaak.

Rakotoarimihaja suggère que la présence du longicorne sur les baobabs pourrait constituer un indicateur de santé. Elle rapporte notamment avoir constaté la présence de nombreuses chrysalydes tombées aux pieds de baobabs et ayant provoqué d’importantes défoliations. Ce déclin physiologique aurait, selon elle, pu rendre les arbres plus attractifs pour les insectes phytophages.
Sa théorie concorde avec le constat de Razanamaro selon lequel les insectes phytophages étaient davantage attirés par les baobabs ayant subi plusieurs passages de feux. Une étude menée au Canada a également montré que la répartition des insectes longicores, dans les arbres, était influencée par les feux de forêt. La lutte contre les incendies de forêts peut ainsi déjà constituer une stratégie de prévention supplémentaire, pour protéger les baobabs contre ces insectes.
« Je pense qu’il faudrait davantage se concentrer sur la régénération, car on ne peut donc pas savoir si les baobabs adultes et debout sont réellement sains ou non », conclut Rakotoarimihaja.
Image de bannière : L’allée des baobabs à Morondava, à l’Ouest de Madagascar. Image de Nirina Rakotonanahary et Valisoa Rasolofomboahangy pour Mongabay.
Citations :
Venter, M. S., Akaak, S. M. A. & Suhail Akaak, M. M. (2026). A new pest threatens Africa’s iconic baobab trees, Global Ecology and Conservation, Volume 66, e04108, ISSN 2351-9894, https://doi.org/10.1016/j.gecco.2026.e04108.
Rakotoarimihaja, T., Analyse des relations trophiques entre les insectes et les baobabs malgaches. http://www.biblio.univ-antananarivo.mg/pdfs/rakotoarimihajaTantelinirina_SN_M2_11.pdf
Cadorette-Breton, Yannick. Publication : Étude des facteurs régissant la répartition des longicornes (Coleoptera: Cerambycidae) dans les arbres tués par le feu en forêt boréale. https://hdl.handle.net/20.500.11794/25409
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