- La demande mondiale du cuivre et du cobalt demeure en nette croissance depuis une décennie environ, et dans les zones minières comme le Katanga, au sud-est de la République démocratique du Congo, la pression sur les forêts s’amplifie chaque année.
- Les défenseurs de l’environnement craignent une perturbation du système hydrologique pouvant toucher le fleuve Congo, l’un des plus puissants au monde en termes de débit.
- Pour éviter une dégradation irrémédiable, ils recommandent davantage de suivi des activités minières, identifiées comme la principale menace sur les écosystèmes.
L’exploitation minière s’accélère dans le Katanga, au sud-est de la République démocratique du Congo, dopée par la demande mondiale croissante de cuivre et de cobalt, principaux minerais produits dans la région. La forêt claire de miombo et les cours d’eau qui arrosent la région portent le poids des dégradations générées, selon les experts.
Dans la dépression de Kamalondo, naît le fleuve Congo. Ce dernier connecte le sud et le nord-est, en passant par le centre, serpentant à travers la forêt équatoriale dans le nord et l’ouest, puis le sud-ouest, où il se jette dans l’Atlantique après 4 700 km. C’est le fleuve le plus puissant d’Afrique par son débit qui est de 41 000 m3/s, et le deuxième plus long sur le continent après le Nil.
La dépression de Kamalondo, abritant le bassin de la Lufira, affluent du Congo à sa source, a vu s’installer depuis près de deux décennies de nombreuses entreprises exploitant le cuivre et le cobalt, minerais les plus recherchés dans l’industrie électronique. Il y aurait en tout 804 industries le long de la ceinture congolaise du cuivre, dont 337 dans le Lualaba et 467 dans le Haut-Katanga, d’après l’Observatoire des ressources naturelles (Afrewatch), une ONG locale. Toutes sont majoritairement contrôlées par des capitaux privés.
L’extraction, la transformation, le transport ainsi que les infrastructures industrielles (bâtiments, routes, usines) exercent une forte pression sur la région, spécialement en termes de déforestation et de dégradation des forêts, selon Afrewatch.

Des activités industrielles intenses dans un écosystème stratégique
Les conséquences sur les aires protégées, les parcs nationaux de l’Upemba et de Kundelungu, derniers refuges des espèces fauniques rares comme les zèbres et les antilopes, sont décrites comme persistantes par les responsables de ces parcs. Ils l’ont fait savoir au cours de l’atelier sur la gouvernance des ressources forestières et la conservation dans le Grand Katanga organisé à Lubumbashi, du 16 au 18 février 2026, par la Coalition des organisations de la société civile pour le suivi des réformes et de l’action publique (CORAP), l’ONG Défense de l’environnement et développement durable (DEDUR), le Parc national de l’Upemba et l’Initiative Forest People Climate.
Pour Tinal Lain directrice du Parc national de l’Upemba, les pressions anthropiques engagent l’avenir du bassin du Congo dans cette région.
« Beaucoup de gens ignorent que le fleuve Congo, qui joue un rôle central même dans les forêts du bassin du Congo, vient de quelque part, et elle vient justement de cette zone de la forêt [de miombo] qui est aujourd’hui menacée », a déclaré Lain, au cours d’une présentation axée sur l’importance écologique du Parc national Upemba.
Ces forêts ont complètement disparu par endroits, principalement autour des sites miniers. D’après la récente étude d’Afrewatch, dont les résultats préliminaires ont été présentés à cet atelier, les camps, les routes, les installations industrielles bâtis par les miniers sont responsables d’une perte du couvert forestier de l’ordre de 10 000 à 68 000 ha entre 2000 et 2024.
Des effets indirects : la dégradation et la déforestation
Cette étude a procédé par l’imagerie satellitaire, avec une précision de 30 m avec des outils tels que Landsat en données ouvertes. Malgré cette limite, une résolution limitée à30 m contre 5 m avec la plateforme Sentinelle payante, André Ntumba, qui a présenté cette étude pour Afrewatch, a soutenu qu’elle a l’avantage de quantifier pour la première fois un phénomène peu étudié dans la région.
« Avec plus de 870 000 hectares de couvert forestier perdus, cela a pu générer 108 millions de tonnes d’émissions de CO₂ », a déclaré Ntumba.
Principal facteur d’attraction des flux d’émigration vers le Katanga, les mines exercent aussi des pressions indirectes sur les forêts. Sans emplois à leur arrivée, plusieurs personnes s’installent dans la région et s’adonnent à l’agriculture itinérante. D’autres encore se livrent à la fabrication de charbon de bois lucratif pendant un temps, profitant du déficit d’électricité dans plusieurs ménages. En décembre 2024, Afrewatch a rapporté, dans une autre étude publiée, 7120 km2 de couvert forestier entre 2001 et 2023, dont 498,4 km2 dus à l’exploitation minière dans le Haut-Katanga. Sur la même période, le Lualaba perdait 5550 km2, 388,5 km2 étant imputés à l’exploitation minière.
Une autre étude, publiée dans la revue Biological Conservation, et ayant a pris en compte une vingtaine de pays africains incluant la RDC, a montré qu’il suffit qu’une mine soit installée dans une zone pour que la déforestation y augmente de 47,5 %.

Une fragilisation du régime hydrologique du fleuve Congo
Tous ces facteurs réunis, c’est-à-dire la dégradation des forêts, la déforestation industrielle directe ou indirecte, notamment du fait de l’agriculture itinérante, de la fabrication de charbon de bois ou encore de la sédimentation des cours d’eau due aux pertes du couvert forestier, contribuent à l’affaiblissent des capacités de régulation dans les bassins hydrologiques alimentant le fleuve Congo dans son cours inférieur, selon les experts.
Parmi ces derniers, figure Jean-Pierre Djibu, climatologue et professeur à l’université de Lubumbashi. Selon lui, le miombo contribue à la recharge des nappes tandis que la forte évaporation, qui suit la forte pluviométrie de la dépression de Kamalondo dans le bassin de la Lufira par exemple, « devient une zone d’alimentation d’autres zones. Parce que les nuages qui se forment peuvent ne pas donner des précipitations uniquement dans cette zone. Cela peut donner des précipitations dans d’autres zones, grâce aux mouvements des masses d’eau. Ça dépendra de la direction des vents », explique-t-il à Mongabay.
« C’est-à-dire que si l’on n’y prend garde, les conséquences seront réelles au-delà même simplement de miombo du Katanga. Elles vont toucher carrément le pays dans sa globalité et vont certainement toucher aussi l’Afrique centrale », pense Lain.
Pour les participants à l’atelier de Lubumbashi dédié au miombo, l’Etat et les industriels ont la responsabilité de préserver les écosystèmes. Cela implique par ailleurs d’harmoniser les lois environnementales et les décisions administratives entre services intéressés par les mines, les énergies et la conservation.
Image de bannière : Image1/légende1 : Le fleuve Congo, dans la région de Soyo, en Angola. Image de Adam Reeder via Flickr (CC BY-NC 2.0).
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